i:.\.n.m; D'A kg
chcnt, se piciid à tn'iiil)l('r iioiir |,i ville. Il donne Tordre de fci'nier la porte et de baisser la herse. Jeanne cependant romliat tonjonrs dans la prairie '.
Avertie de la pani([ue <|ui avait saisi ses gens, suppiii'e de hallie en retraite, elle s'y refusa d'abord et répondit : « Taisez-vous, il ne tient qu'à vous qu'ils soient déconfits, ne pensez (pi'à frapper sur eux. » Cependant le d('sordre ne faisait qu'augmenter. Les Bourguignons, refoulant devant eux la petite troupe de Jeanne, inondaient déjà la plaine et la chaussée. La Pucelle, avec .son héroïsme accoutumé, soutenait vaillamment une lutte inégale. A la fin, son écuyer, Jean d'Aulon, s'emparaiit de la bride de son cheval, la force à retourner du côté de Compiègne. Par mallieur rentr('e du boulevard n'est plus accessible. La petite troupe de Jeanne, poussée par les Bourguignons victorieux sur les Anglais, maîtres des abords du pont, vint s'acculer dans l'angle formé par le liane du boulevard et par le talus de la chaussée. Il n'y avait plus d'espoir de salut, l'ordre donné par Flavy venait d'être exécuté. L'escorte de la Pucelle succombe en un clin d'œil, et une foule d'ennemis portent à la fois la main sur elle. Violemment tirée par sa casaque de drap d'or vermeil, elle tombe de cheval et enfin se laisse traîner par un archer du bâtard de Wandonne, lieutenant de Jean de Luxembourg. On l'emmène prisonnière au camp de Margny. Vaincue mais indomptée, elle refusa de donner sa foi. « Je l'ai donnée à un autre que vous, ditelle, et je tiendrai mon serment'-. »
Le duc de Bourgogne, qui venait d'arriver dans la plaine avec le corps de réserve pour secourir ses lieutenants, n'eut pas plutôt appris la captin^e de la Pucelle, qu'il alla voir Jeanne à Margny. Il eut avec elle un entretien dont le chr(:)ni(|ueur bourguignon Monstrelet, bien qu'il y ait assisté, nous dit n'avoir pas bien conservé la mémoire ^ La joie de Philippe le Bon était immense. Dès le soir
' Quicherat, Aperçus nouveaux, pp. 87, 88. — Procès, t. IV, p. -445.
^ Quicherat, Aperçus nouveaux, pp. 88, 89. — Procès, t. IV, pp. 32, 34G. — Henri Martin, p. 170, 171. — Valiet de Viriville, t. II, pp. 154, 155.
^ Le témoignag-e de Monstrefet, Procès, t. IV, pp. 402, est contredit par un autre auteur favorable au parti bourguignon , Jean Jouffroy , évêque d'Arras , qui , dans un morceau oratoire composé à la louange de Pliilippe le Bon et prononcé en 1459 devant le pape Pie II, affirme que ce prince ne lia point conversation avec la Pucelle et ne la regarda même pas. (Quicherat, Aperçus nouveaux, p. 65.) Mais, si bien informé qu'ait pu être Jean JoulTroy, il ne nous paraît pas que son assertion doive l'emporter sur le témoignage de Monstrelet, ([ui était présent. M. Quicherat pense que l'on peut concilier ces deux témoignages. « Il
JKA.NNi: D'ARC 189
même il expédia de toutes parts des courriers chargés de répandre la grande nouvelle. La joie des Anglais fut plus vive encore, s'il est possible, et ils en donneront bientôt de sinistres marques. Quant au sentiment éprouvé par les Français, il faut distinguer entre le peuple et le conseil royal. Les populations furent frappées de stupeur d'abord, puis ressentirent une vive douleur. La ville de Tours prescrivit un deuil public. Si le conseil royal ne se réjouit pas précisément, comme les Anglais et les Bourguignons, de la captivité de l'héroïne, on peut dire tout au moins qu'il ne s'en affligea guère et chercha à modérer la douleur des populations. C'est ce qui résulte d'une lettre de Regnault de Chartres aux habitants de Reims, dont l'analyse seulement nous a été conservée :
« Il donne avis de la prise de Jeanne la Pucelle devant Gompiègne. Elle ne voulait croire conseil, mais faisait tout à son plaisir. Il était venu vers le roi un jeune pâtre, gardeur de brebis des montagnes du Gévaudan, en l'évêché de Mende, lequel disait ni plus ni moins qu'avait fait Jeanne la Pucelle : à savoir, qu'il avait commandement de Dieu d'aller avec les gens du roi, et que sans faute les Anglais et les Bourguignons seraient déconfits. Et comme on lui dit que les Anglais avaient fait mourir Jeanne la Pucelle', il répondit que cela leur porterait malheur, et que Dieu avait souffert que la Pucelle fût prise parce qu'elle s'était constituée en orgueil, à cause des riches habits qu'elle avait pris, et aussi parce qu'elle n'avait pas fait ce que Dieu lui avait commandé . mais avait fait sa volonté. »
La première expédition que Regnault de Chartres fit faire à son berger, environ deux mois après la mort de la Pucelle, ne fut pas
suffit, dit- il (p. 001, de se représenter le duc de Itourgogne opiniâtre dans son dédain pour celle qu'il avait considérée comme une folle et dont ses armes étaient venues si facilement à bout. Maintes fois il dut se défendre d'avoir eu aucun rajiport avec une pareille créature, et il put le faire de très bonne foi, sans tenir compte ni d'un coup d'œil de curiosité qu'il avait jeté sur elle , ni de quelques paroles insig-nifiantes qu'il lui avait adressées. Monstrelet confesse n'avoir pas conservé la mémoire de ce qu'il lui dit : preuve que c'étaient des choses sans conséquence. » — La joie même du duc de Bourgogne, en apprenant la prise de Jeanne, prouve (ju'il ne la dédaignait pas tant, et le défaut de mémoire de Monstrelet pourrait bien être un peu volontaire.
' « La mention de la mort de la Pucelle, dit M. Quicherat, peut très bien s'expliquer comme un faux bruit rapporté au berger, soit de bonne foi, soit pour l'éprouver. » (Procès, t. V, p. -108, note 1.)
190 JKA.NM'; DAUC.
heureuso. l'':iil prisonnier )i;ir les Anglais, le pâtre du Gévaudan fut jeté à Feau dans un sac, sans autre forme de procès'.
Tandis (ju'on espérait ainsi la remplacer par le premier visionnaire venu, la Pucelle allait donnei' dans sa douloureuse captivité, pendant les longs interrogatoires de son procès, et jusque sur l'échafaud où elle écoutera sa sentence, de nouveaux témoignages de l'ineffable amour qu'elle portait à la France et an roi, qui pour elle en était le légitime représentant et comme la personnification vivante. On la sacrifiait, et elle répondait à cette marque d'une incroyable ingratitude comment? En se sacrifiant elle-même. Jamais un mot ne sortit de sa bouche qui pût être interprété défavorablement non seulement contre Charles VII, mais contre les conseillers de Charles VII. Il y a, dit-on, des silences qui sont éloquents : le silence de Jeanne fut sublime.
' Procès, t. IV, p. 462; t. V, pp. 108, -109. — Quicherat, Aperçus nouveaux, pp. 91-94. — Vallet de Viriville, t. Il , pp. 159, 100. — Henri Martin, pp. 172, 173.