LE PROCÈS
Les interrogatoires et les réponses. — Les Les douze articles. — Les consultations. —
Jeanne malade. — Les exhortations charitables. — Les délibérations. — Conclusion de la
cause.
Le tribunal. — Préliminaires de la cause, iniquités. — Réquisitoire du promoteur.
Jeanne était aux mains de ses ennemis; il s'agissait maintenant de la conduire juridiquement à la mort. « Nous allons, dit Pierre Cauchon, nous allons avoir un beau procès '. »
Il fallait tout d'abord constituer le tribunal. Par lettres patentes données à Rouen, le troisième jour de janvier 1431, au nom du roi Henri VI, le gouvernement anglais livrait la Pucelle à la juridiction de l'évêque de Beauvais, c'est-à-dire qu'il ordonnait à ses officiers « que, toutes les fois que bon semblerait audit révérend père en Dieu, Jeanne lui fût remise réellement et de fait ». Mais ni le conseil ni l'évêque n'entendaient qu'elle sortit des prisons royales pour entrer dans les prisons de l'Église, où elle aurait été traitée avec plus d'humanité. Le grand conseil stipulait e.xpressément que Jeanne ne serait point rendue à la liberté, et qu'elle resterait à la disposition du gouvernement, au cas où elle serait déclarée non coupable, n'ayant pu être convaincue « des cas... touchant ou regardant notre dite foi ». Mais c'était là vraiment un inutile surcroît de précautions. Les
' Procès, t. III, p. 137.
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lords du grand conseil pdiiv.iicnt se fier au juge qu'ils nvaicnl choisi'. Celui-ci n'avait (jualité poiu^ juger la Pucelle que comme évoque de Beauvais, ayant juridiction sur le territoire où Jeanne avait été prise. Mais le procès allait avoir lieu à Rouen. Dès le t>S décembre, Gauchoii avait oblenii du cliapilie de celte iin'trojKile <ies lettres de territoire, lui conférant, pour cette fois et pour ce cas seulement, juridiction spirituelle dans toute l'étendue du diocèse. Tl accomplit ensuite les formalités qui précédaient d'oidinaire les procès en matière de foi. Par lettres en date du 9 janvier 1431, il institua promoteur (organe du ministère public dans les causes ecclésiastiques) Jean d'Estivet, chanoine de Bayeux et d'Évreux, ancien promoteur du diocèse de Beauvais. Chassé de Beauvais en même temps que son évêque, dont il était le plus intime confident, cet homme se montra plus animé encore, s'il est possible, que Pierre Gauchon, et poursuivit impitoyablement la condamnation de la Pucelle. A la même date furent institués : conseiller, commissaire examinateur des témoins, Jean de la Fontaine, maître es arts, licencié en droit canon; exécuteur des ordres et citations, Jean Massieu, prêtre doyen de la chrétienté de Rouen; greffiers, (Juillaume Colles, dit Boisguillaume, et Guillaume Manchon, prêtres du diocèse de Rouen et notaires apostoliques. Toutes ces nominations furent promulguées dans une première séance tenue dans la salle ordinaire des délibérations du grand conseil, près du château de Rouen, et où siégèrent on qualité d'assesseurs : Gilles de Durmort, abbé de Fécamp; Nicolas Leroux, abbé de Jumièges; Pierre Miget, prieur de Longueville- Giffard; Raoul Roussel, trésorier de la cathédrale de Rouen; Nicolas de Vendères, archidiacre d'Eu; Robert Barbier, Nicolas Coppequesne et Nicolas Loiseleur, chanoines de Rouen. Les assesseurs n'avaient pas voix délibérative, mais seulement voix consultative. Leur nombre fut très varié, suivant les séances. L'évêque avait le droit de convoquer tels ecclésiastiques qu'il lui plaisait. En vertu de ce droit, il ne manqua pas de réclamer l'assistance de quelques-uns des plus renommés docteurs de l'université de Paris. C'était se montrer doublement habile. En elïet, Gauchon satisfaisait ainsi l'orgueil de l'université, qui pouvait bien avoir été légèrement blessée du peu de succès de ses démarches pour que le procès eût lieu à Paris; en
' Procèx, t. I, pp. 18, 19.
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même temps il donnait à sa procédure une grande autorité, et cela sans danger, puisqu'il restait toujours maître de la décision et qu'il tenait étroitement les assesseurs sous sa dépendance. Il eut soin, au reste, de n'appeler que des docteurs qu'il savait tout dévoués à sa personne et à la cause qu'il servait. Jean Beaupère, Pierre Maurice, Gérard Feuillet, Jacques de Touraine, Nicolas Midi, Thomas de Courcelles, ne furent pas ses moins utiles auxiliaires. Ce dernier notamment, qui fut chargé plus tard de revoir et de traduire en latin la minute des greffiers, joua durant le procès un rôle dos plus actifs, et qui ne laissa pas de-Fembarrasser très fort en 1 45G, lors du procès en revision ^
Le samedi 13 janvier, Tévêque fit donner lecture à six assesseurs, qu'il avait réunis dans sa maison, des informations recueillies par son ordre sur le compte de la Pucelle, tant à Domremy et aux environs que partout ailleurs, et il fut décidé qu'on en extrairait un certain nombre d'articles répondant à des imputations précises sur lesquelles on déciderait s'il y avait lieu de poursuivre. Le mardi 23, on lut ces articles, et l'on chargea Jean de la Fontaine, commissaire examinateur, de procéder à Finstruction préparatoire, '. qui dura quatre jours, les mercredi, jeudi, vendredi et samedi 14, 15, 16 et 17 février. Cependant, le mardi 13, les officiers institués par l'évêque de Beauvais avaient prêté sei'ment entre ses mains-.
La séance du lundi 19 février fut marquée par un incident assez important : l'évêque. après avoir fait lire Finstruction préparatoire rédigée par les greffiers Colles et ^Manchon, sous la direction du conseiller de la Fontaine, avait déclaré que les charges étaient suffisamment graves pour qu'il y eût lieu de faire citer Jeanne comme prévenue de crimes contre la foi. Cette décision prise de l'avis des assesseurs, quelqu'un d'entre eux, ou peut-être Cauchon lui-même, fit remarquer que, par respect pour le Siège apostolique, et pour donner plus de poids à la procédure et à la sentence, il était convenable d'appeler à siéger comme second juge l'inquisiteur de France; et puisque le titulaire de cet office, frère Jean Gravèrent, de l'ordre des Frères prêcheurs, résidait à Paris, et sans doute ne se pourrait point déranger, d'appeler en son lieu son vicaire pour le diocèse de
' Procès, t. I, pp. 5-8, 20, 27, 29, 30, et note 3. — Aperçus nouveaux . p. 102. — Abel Desjardins, pp. '143-'14G.
' Procès, t. I, pp. 25-.31.
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Rouen, Jean le Maître. Ce d(;rniei' fut, en effet, invit/; le jour même à prendre part à la procédure. Mais cette démarche n'ahdutil (pTà rui demi -succès. Le vice- inquisiteur se rendit à la séance du 20 février. Homme faible et timide, il ne se souciait pas de se mêler à cette affaire. Il se hâta donc de soulever une cpiestion de compétence. Aux termes de sa conmiission, disait-il, sa compétence en matière de foi ne s'étendait qu'au diocèse de Rouen; et comme Pierre Gauchon procédait dans cette cause en qualité d'évèque de Beauvais, il ne pensait pas, en conscience, avoir ie droit de se joindre à lui, jusqu'à ce qu'il eût reçu de son supérieur, l'inquisiteur de France, une délégation spéciale. L'évêque s'adressa immédiatement à frère Jean Gravèrent pour obtenir cette commission, et, en attendant, il passa outre. Il semble que Jean le Maître aurait bien voulu s'abstenir absolument de paraître aux séances. Mais Gauchon ne l'entendait pas ainsi. Il fit menacer le pauvre moine de la colère des Anglais. Averti qu'il risquait sa vie en s'opposant à l'évêque, le vice-inquisiteur consentit à siéger, mais comme simple assesseur. Le 13 mars, il fallut bien qu'il devînt juge, car il avait reçu la veille la commission spéciale sollicitée par Gauchon. Il institua promoteur Jean d'Estivet, et Jean Massieu exécuteur des citations, c'est-à-dire qu'il accepta les personnages déjà choisis par l'évêque pour remplir ces fonctions ; mais il adjoignit à Guillaume Golles et à Manchon un nouveau greffier, Nicolas Taquel, prêtre du diocèse de Rouen'.
Cependant, le mardi 20 février, Jean Massieu s'était transporté dans la prison de la Pucelle, et, au nom de l'évêque de Beauvais, l'avait citée à comparaître le lendemain, à huit heures du matin, dans la chapelle royale du château de Rouen, pour répondre aux questions qui lui seraient faites sur les crimes qui lui étaient reprochés contre la foi. Jeanne répondit qu'elle comparaîtrait volontiers, et dirait la vérité sur les points du procès; mais en même temps elle demanda, en premier lieu, que des ecclésiastiques du parti français fussent appelés à siéger parmi les assesseurs, et, en second lieu, qu'on lui permit d'entendre la messe la veille du jour où on la ferait comparaître; car on l'avait jusqu'alors privée de l'office divin. Gette double requête fut rejetée'.
1 Procès, t. I, pp. 31-37, 122-124, 134-138, 148-150. — Henri IMartin, Jeanne d'Arc, pp. 202,203.
^ Procès, t. I, pp. 42-44.
Le procès proprement dit préparatoire fut ouvert, le mercredi 21 février, par Pierre Cauchon, assisté de quatre assesseurs. L'évèque de Beauvais adressa à la Pucelle une « exhortation charitable », puis il lui enjoitinit de jurer sur les saints Evangiles de dire la vérité sur tous les points de son interrogatoire. « Mais, dit la jeune fille avec son admirable bon sens, je ne sais pas sur quels points vous voulez
Tour du château de Rouen où fut enfermée Jeanne d'Arc.
m'interroger. Peut-être bien me demanderez-vous telles choses que je ne vous dirai point. — Jurez-nous, reprit Cauchon, de dire la vérité sur ce qui vous sera demandé, si vous en avez connaissance? — En ce qui concerne mon père et ma mère, répondit Jeanne, et les choses que j'ai faites depuis que je suis venue en France, je jurerai volontiers; mais quant aux révélations qui m'ont été envoyées par Dieu, je ne les veux point découvrir en ce moment, quand on me devrait couper la tête. Je saurai bien dans huit jours, par le conseil de mes voix, si je les dois révéler. » Cauchon multiplia ses instances. Enfin Jeanne, fléchissant les genoux, les deux mains posées sur un grand missel, prêta serment de dire la vérité sur ce qu'on lui demanderait touchant la foi. Ce débat au sujet du serment se renouvela dans les séances qui suivirent. Ce fut une lutte opi-
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niàtre qui s'engagea entre le persécuteur el la victime, celui-là exigeant un serment pur et simple, celle-ci maintenant courageusement ses réserves. Ai>rès cet incident conunença Tinterrogatoire, qui fut borné, ce jour-là, aux questions d'usage : quels étaient ses parents, le lieu de naissance, l'âge de la jeune tille, etc. Pierre Cauchon lui enjoignit ensuite de réciter le Pater. Elle réi)ondit : « Veuillez m'entendre en confession, et je vous le réciterai de bon cœur. » Le juge fit la sourde oreille, et, renouvelant son ordre, il offrit à Jeanne de lui présenter deux respectables ecclésiastiques parlant français, devant qui elle réciterait le Pater. « Oui, répondit Jeanne, pourvu qu'ils m"entendent en confession. » Mais l'impitoyable évêque tenait, ce semble, à priver la captive des forces qu'elle avait toujoiu's puisées dans l'usage des sacrements. 11 termina cette séance en défendant formellement à la Pucelle de chercher à s'enfuir de sa prison, sous peine d'être convaincue, par ce seul fait, du crime d'hérésie. Jeanne répondit qu'elle n'acceptait point cette défense, et que si, par conséquent, elle réussissait à s'échapper, on ne pourrait lui reprocher d'avoir violé sa foi , puisqu'elle ne l'avait donnée à personne. Elle se plaignit d'être chargée de chaînes. Cauclion lui reprocha alors ses tentatives d'évasion à Beaulieu, à Beaurevoir, et lui dit que, pour plus de sûreté, elle demeurerait dans les fers. « Cela est vrai, s'écria-t-elle, j'ai voulu autrefois, et maintenant encore je voudrais bien pouvoir m'écliapper; c'est une idée naturelle et permise à tout prisonnier. » L'évêque, après avoir spécialement commis à sa garde Jean Gris, écuyer au service du roi d'Angleterre, Jean Berwoit et (luillaume Talbot, ordonna de la reconduire dans sa prison '.
La seconde séance publique eut lieu le jeudi 22 février, dans une salle située au bout de la grande galerie du château de Bouen. Ce fut un docteur de Paris, Jean Beaupère, qui procéda à l'interrogatoire. Ses questions portèrent sur l'enfance de Jeanne, ses pratiques religieuses, sa venue en France, ses entrevues avec Baudricourt, avec Charles VII, sa conduite devant I*aris, etc. Elles étaient liabilement calculées pour atteindre le but qu'on se proposait. C'est ainsi que, dans cette séance, on commença d'insister sur deux points qui, en y joignant l'obéissance à l'Église, étaient destinés à former le nœud de ce complot judiciaire, dont Pierre Cauchon tenait les fils : les
' Procès, t. I, pp. 37- i8.
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habits dlidinmo et les visions. Les Anglais tenaient beaucoup à savoir quel avait été le véritable rôle des apparitions miraculeuses dans les rapports de la Pucelle avec Charles YII. Le secret du roi les tourmentait extrêmement. Jeanne refusa de répondre. « Je ne vous le dirai pas; faites-le demander au roi, et il vous le dira. » C'est principalement sur ce point que l'interrogatoire prit bientôt le c;u-actère d'une véritable persécution '.
Le samedi !2i février, Jean Beaupère reprit le môme sujet et revint sur les visions avec insistance : « Depuis quand avez-vous entendu vos voix-? — Je les ai entendues hier et aujourd'hui...; elles m'ont dit de vous répondre hardiment, et que Dieu m'aiderait. » Puis, apostrophant soudain l'évoque de Beauvais : « Vous dites que vous êtes mon juge; prenez garde à ce que vous faites, car, en vérité, je suis envoyée de Dieu, et vous vous mettez en grand danger. » Jean Beaupère : « Cette voix dont vous parlez, est-ce celle d'un ange, vient-elle de Dieu immédiatement, ou bien est-ce celle d'un saint ou d'une sainte? » Jeanne : « Cette voix vient de la part de Dieu. Je ne vous dis pas tout ce que je sais. Je n'ai pas peur de vous répondre, mais bien plutôt de dire quelque chose qui déplaise à mes voix. — Cela peut-il déplaire à Dieu que l'on dise la vérité? — Mes voix m'ont parlé de certaines choses, afin que je les dise au roi et non pas à vous. J'ai appris d'elles, cette nuit, bien des choses qui feraient plaisir au roi. Je voudrais bien qu'il les connût; il en serait plus heureux à son diner; pourvu qu'il les apprît, je consentirais bien volontiers à ne point boire de via jusqu'à Pâques. » On le voit, malgré les sujets de plainte qu'elle avait eus durant sa couile et glorieuse carrière, malgré l'indifférence, au moins apparente, où Charles demeurait comme endormi, tandis qu'elle marchait à la mort à travers les angoisses d'un affreux procès, elle était toujours animée du même amour pour ce roi qu'elle avait sauvé et qui personnifiait la Fi'ance. Jean Beaupère la mit alors sur le fameux secret; mais elle déjoua, pour cette fois, son calcul. « Pourquoi vos voix ne parlent-elles plus maintenant à votre roi, comme elles l'ont fait quand vous étiez en sa présence? — Je ne sais si telle est la volonté de Dieu. N'était la grâce de Dieu, je ne saurais que faire. » Le docteur abandonna momentanément ce terrain. « Votre conseil vous a-t-il révélé que vous vous échapperiez de prison? — Il ne m'appar-
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tient pas de vous lo dire. — Cette voix, à qui vous demandez conseil, vient-elle d'une forme visible, et qui ait d(!S yeux? — Vous ne saurez pas cela encore. » Et elle ajouta : « Il est un dicton que répètent les petits enfants : Les hommes sont souvent pendus pour avoir dit la vérité. — Ètes-vous en état de grâce? » Cette question révolta l'un des assesseurs, Jean Lefèvre. « C'est une question terrible, s'écriat-il, l'accusée n'est pas tenue de répondre. — Taisez-vous, » lui cria Cauchon. Jeanne répondit : « Si je n'y suis, que Dieu m'y mette; et si j'y suis, que Dieu m'y tienne. Je serais la plus malheureuse du monde, si je savais que je ne fusse pas en la grâce de Dieu. » Le docteur, déconcerté, revint alors sur l'enfance de la Pucelle, et notamment il lui fit d'assez nombreuses questions sur les superstitions de son pays, sur le bois chesnu, l'arbre des Fées, la fontaine. Puis, à la fin de la séance, il lui tendit soudain un piège : « Voulez-vous un habit de femme? — Donnez- m'en un; je le prendrai, et je quitterai la prison de cette ville; autrement je ne le prendrai point. Je suis contente de celui que j'ai, puisqu'il plaît à Dieu que je le porte. » La tactique de l'accusation consistait à passer d'un sujet à un autre, soit brusquement, soit par des transitions habiles, afin d'embarrasser l'accusée et de la prendre dans ses propres paroles. Mais cette tactique fut souvent déjouée par l'admirable bon sens, la lucidité et la finesse de la vierge de Domremy, aidée du secours surnaturel de ses voix*.
Au commencement de la quatrième séance, le mardi 27 février, Jean Beaupère, aff"ectant de se montrer bienveillant, demanda à Jeanne, d'un ton plein de douceur, comment elle s'était portée depuis le dernier interrogatoire. « Vous voyez bien comment je me suis portée, répondit-elle; je me suis portée le mieux que j'ai pu. — Jeûnez-vous chaque jour du présent carême? — Est-ce de votre procès ce que vous me demandez là? » répliqua Jeanne; puis elle ajouta : « Certainement, j'ai toujours jeûné pendant ce carême. » Le docteur la remit alors sur ses voix, et sur ce point il la pressa sans miséricorde. Jeanne ne refusa point de donner quelques détails. « Ses voix, dit-elle, le lui avaient permis. « Elle refusa de tout dire, n'en ayant pas reçu licence expresse. Interrogée si ses voix lui avaient commandé de prendre des habits d'homme : « Pom^ l'habit, dit- elle, c'est peu de chose : c'est moins que rien. Je n'ai pas pris cet habit
1 Procès, t. I, pp. 58-08; t. III, p. 175.
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par le conseil d'homme ijui soit au monde. Je n'ai rien l'ait sinon par l'ordre de Dieu et de ses anges. « Elle renvoya à plusieurs reprises l'interrogateur au fameux registre de Poitiers : « Je voudrais bien, dit-elle, que vous eussiez une copie du livre qui est à Poitiers, pourvu toutefois que ce fût aussi la volonté de Dieu. » Elle persista à éluder les questions concernant le roi. « Y avait-il quelque ange sur la tête de votre roi quand vous le vîtes pour la première fois? — Par Notre- Dame! s'il y en avait un, je n'en sais rien, je ne l'ai pas vu. — Quelles révélations eut votre roi? — Vous n'aurez pas encore cela de moi cette année. » On l'interrogea ensuite sur son épée, son étendard, sa blessure devant la bastille du pont, à Orléans, la prise de Jargeau, etc.; puis la séance fut levée '.
Le cinquième interrogatoire public eut lieu le lei- mars. Jeanne, sommée une fois de plus de prêter un serment pur et simple, ayant répondu: « Je vous dirai ce que je sais touchant ce procès; je vous en dirai autant que si j'étais devant le pape, à Rome, » cette dernière parole fournit à Cauchon l'occasion d'interroger Jeanne sur un point qu'il jugeait de nature à l'embarrasser. Au mois de juillet 1429, avant l'abdication de l'antipape Clément VIII, la Pucelle avait reçu du comte d'Armagnac une lettre par laquelle il la suppliait de demander à Xotre-Seigneur Jésus-Christ, pour le lui faire savoir, quel était des trois prétendants au souverain pontificat le pontife légitime, celui à qui on devait obéir. Ces trois prétendants étaient, selon le comte d'Armagnac, Martin V, Clément VIII et un certain Benoit XIV, qui, après la mort de Benoît XIII, avait été, paraît- il, élu secrètement à Peniscola, en opposition à Clément VIII, par le seul cardinal de Saint- Etienne. Si l'on s'en rapporte à une réponse insérée au procès, Jeanne aurait remis la solution de cette question au temps où elle serait entrée dans Paris, étant pour lors trop occupée au fait de la guerre. Clément VIII ayant abdiqué le 26 juillet li20, Martin V, reconnu par l'univers catholique, n'avait plus, au temjjs du procès, aucun réel concuiTent, car il n'était pas possible de tenir compte du problématique Benoît XIV. Cauchon toutefois, feignant de regarder la question comme encore douteuse, demanda à l'accusée : a Vous parlez de notre seigneur le pape de Rome. Qui croyez-vous qui soit le vrai pape? — Y en a-t-il donc deux? » répondit Jeanne. — Cau- CHOv: « N'avez -vous pas reçu une lettre du comte d'Armagnac, vous
' Proccs, t.' I, |ip'. 68-80.
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demandant aaijuel des tiuis sciuvcrains pontifes il devait obéir? » Jeanne : « J'ai reçu, en effet, une lettre à ce sujet. J'ai répondu, entre autres choses, que quand je serais à Paris ou ailleurs, en repos, je répondrais. J'étais sur le point de monter à cheval quand je fis cette réponse. » L'évêque de Beauvais fit alors donner lecture de la lettre attribuée à Jeanne, puis il demanda à l'accusée si elle en reconnaissait les termes. « Je reconnais une partie de cette réponse, dit Jeanne, mais non le tout. — N'avez-vous pas dit que vous saviez, par le conseil du Roi des rois, à quoi le comte devait s'en tenir? — Non; là-dessus je ne sais rien. — Mais enfin vous étiez au moins dans le doute? — Je ne savais que répondre, parce que le comte nie suppliait de demander à qui Dieu voulait qu'il obéit; mais quant à moi, Jeanne la Pucelle, je crois et tiens que nous devons obéir à notre saint-père le pape qui est à Rome. J'ai encore dit à l'envoyé du comte une autre chose, qui n'est point contenue dans cette cdpie que l'on vient de lire. Si cet envoyé ne se fût retiré bien vite, on l'allait jeter à l'eau, mais non par mon ordre. — Vous dites que nous devons obéir au pape de Rome : pourquoi donc avez-vous écrit au comte que vous lui répondriez plus tard là-dessus? — Ma réponse portait sur un autre point que sur le fait des trois souverains pontifes. — N'avez-vous pas écrit que sur le fait des trois souverains pontifes vous auriez révélation de Dieu ? — Je n'ai jamais rien écrit ni fait écrire sur ce point. — Êtes -vous prête à jui^er cela? — J'y consens. » Et, en eifet, elle prêta serment. Cauchon alors, après une question sur les- mots Jésus, Marie, qu'elle avait coutume de metti^e en tête de ses lettres, lui en adressa plusieurs sur la fameuse lettre aux Anglais. S'enflammant à la pensée des ennemis de son pays, Jeanne, soudain éclairée des lumières de l'Esprit-Saint, s'écria d'une voix prophétique : « Avant que sept ans soient écoulés, les Anglais perdront un plus grand gage qu'ils n'ont fait devant Orléans. Les Anglais auront une plus grande perte qu'ils n'en ont jamais eue en France; et ce sera par une grande victoire que Dieu enverra aux Français. — Comment le savez-vous? — Je le sais par révélation. Gela arrivera avant sept ans, et pourtant je serais bien en peine que cela fût tant différé. Je sais cela par révélation; j'en suis aussi sûre que de vous voir là devant moi. — Quand cela arrivera-t-il ? — Je ne sais ni le jour ni l'heure. — En quelle année ? — Vous n'aurez pas cela de moi. Je voudrais bien que ce fût avant la Saint-Jean. —
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N'avez-vous pas dit à Jean Gris, Fuii de vos gardiens, que cela arri- A'erait avant la Saint- Jean? — J'ai dit qu'avant la Saint- Jean d'hiver on verrait beaucoup de choses. Il se pourra que les Anglais soient écrasés. — Par qui savez -vous ces choses à venir? — Je les sais par sainte Catherine et sainte Marguerite. » Cette réponse ramenait naturellement le sujet des visitms. Pendant tout le reste de l'interrogatoire, qui fut long, Jeanne fut accablée à cet égard de questions. Avec la précision subtile, bonne en elle-même, dont la théologie scolastique leur avait donné l'haljitude, et que leur malveillance était toute disposée à porter hors des justes bornes, les juges s'efforçaient d'obtenir des renseignements détaillés sur l'aspect matériel et les formes visibles des apparitions de Jeanne. Avaient-elles un corps, des cheveux? quelle langue parlaient-elles? Saint Michel portait- il une balance? etc. Jeanne répondit sur quelques points. Elle dit, par exemple, que les saintes avaient de magnifiques couronnes; que leur voix était belle, humble et douce; qu'elles parlaient français. « Sainte Marguerite parle-t-elle anglais? demanda Cauchon. — Comment parlerait -elle anglais, repartit la naïve enfant, puisqu'elle n'est pas du parti des Anglais? — Saint Michel est- il nu? — Pensez- vous que Dieu n'ait pas de quoi le vêtir ? » Sur beaucoup de points elle éluda les questions indiscrètes de son persécuteur; mais elle laissa entrevoir qu'elle serait délivrée dans trois mois, sans se douter que cette délivrance prédite par ses voix, c'était la mort. En ce qui concernait le signe que Jeanne avait donné au roi de la vérité de sa mission, l'accusation, trompée sans doute par la rumeur populaire, avait fait fausse route, et voulait absolument obtenir de l'accusée un récit détaillé d'apparitions surnaturelles qu'aurait eues Charles VII. La Pucelle persistait à ne pas s'expliquer sur ce point : « Vous ne m'arracherez pas cela..., j'ai promis de le tenir secret. » Le secret du roi n'étant pas le sien, elle ne voulait pas le révéler. « Je ne puis vous dire cela sans commettre un parjure. » Cauchon dut lever la séance sans avoir rien obtenu '.
Le sixième et dernier interrogatoire public eut lieu le samedi 3 mars. On commença par rebattre le thème ordinaire des visions, puis l'on revint sur les habits d'homme. On chercha à la convaincre de superstition à propos de son étendard : « N'avez-vous pas dit que les panonceaux que les gens d'armes faisaient faire à la ressemblance du vôtre portaient bonheur? — Je leur disais : Entrez hardiment
' Procès, t. I, Pli. 80-91, 245-24G.
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parmi les Anglais; et j'y entrais moi-même. » On Tacciisa de s'être laissé rendre des hoimenrs presqnc divins: « Savez-vons si les gens de votre parti ont fait dire des services, des messes, des oraisons en votre honneur? — Je n'en sais rien; s'ils l'ont fait, ce n'est pas par mon ordre. Mais, s'ils ont prié pour moi, m'est avis qu'ils n'ont p(jiiit fait mal. — Ceux de votre parti croient-ils fermement que vous venez de la part de Dieu? — Je n'en sais rien, je m'en rapporte à leur cœur; mais, qu'ils le croient ou non, je viens de la part de Dieu. — S'ils le croient, leur opinion est- elle bonne? — Oui, et ils ne se trompent pas. — Saviez-vous quelle était l'intention de ceux de votre parti, quand ils baisaient vos pieds, vos mains, vos vêtements? — Je ne laissais baiser mes mains et mes vêtements que le moins possible; mais les pauvres gens venaient volontiers vers moi, parce que je ne leur faisais point de mal, les soutenant selon mon pouvoir.» Elle fut encore longuement interrogée sur les divers incidents de sa courte et glorieuse carrière, sur frère Richard, sur Catherine de la Rochelle, et sur sa conduite à Lagny, à Soissons, à la Charité, à Beaurevoir, etc.; puis Pierre Cauchon donna l'ordre de la reconduire dans sa prison. Aussitôt qu'elle eut été emmenée, l'évêque de Beauvais prit la parole et annonça aux assesseurs que le procès préparatoire allait entrer dans une nouvelle phase. Il avait résolu de convoquer un certain nombre d'habiles docteurs, qu'il chargerait de relire les réponses et aveux de Jeanne, et d'en extraire les principaux points, sur lesquels, s'il y avait lieu, elle serait de nouveau interrogée, mais en secret, par quelques délégués spéciaux, afin, dit-il, de ne pas fatiguer la multitude des assesseurs. En réalité, il avait grand'peur de l'effet que produisaient déjà et ne pouvaient manquer de produire plus encore, si l'examen public se prolongeait, les réponses naïves ou sublimes de la Pucelle d'Orléans. Il termina son discours en défendant à tous les assesseurs, sous les peines de droit, de quitter la ville de Rouen sans sa permission'.
Le travail annoncé par Pierre Cauchon fut accompli dans sa demeure les dimanche, lundi, mardi, mercredi, jeudi et vendredi, 4, 5, 6, 7, 8 et 9 mars 1431. Il fut décidé qu'on procéderait à une série d'interrogatoires secrets. A cause de ses nombreuses occupations, l'évêque délégua, pour le remplacer au besoin, maître Jean de la Fontaine, maître es arts, licencié en droit canon.
' Procès, t. I, pp. 01-112. — Jeanne d'Arc, par Henri .Martin, pp. 2'23-'22'i.
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Le samedi 10 mars, Pierre Gauchon se transporta dans la prison de Jeanne, accompagné de son délégué Jean de la Fontaine, des docteurs Nicolas Midi et Gérard Feuillet, et de deux témoins, Jean Fécard, avocat, et Jean Massieu, prêtre. L'interrogatoire roula d'abord sur la fatale sortie de Gompiègne, et sur la révélation que Jeanne avait eue à Melun; puis, après diverses questions sur l'étendard, les armoiries que le roi avait accordées à Jeanne, l'argent qu'elle avait
Jeanne dans sa prison.
possédé, Jean de la Fontaine aborda l'éternelle question du signe donné à Gharles VIL Sentant bien qu'on ne la laisserait pas en repos sur ce point, persécutée sans relâche par son infatigable adversaire, la Pucelle, de guerre lasse, résolut de céder. Mais, ayant juré de ne rien révéler, coamient céder sans parjure? Elle prit un biais, et feignant d'abonder dans le sens de l'accusation, qui voulait à toute force lui faire dire qu'un ange avait apporté une couronne merveilleuse au roi de France, elle confondit à dessein sa propre personne avec les êtres invisibles qui l'avaient inspirée, et la mission de salut qu'elle était venue remplir avec cette couronne dont on lui parlait sans cesse. En d'autres termes, elle esquissa, à la fin de cet interrogatoire, les premiers traits d'une sorte de parabole destinée à donner le change à ses juges, et qui pût lui permettre de répondre désormais à leurs questions sans trahir le secret du roi et sans manquer à son serment'.
' Procès, t. I, pp. i'12--122. Jeanne a elle-même avoué cette fiction; mais cet aveu n'est consigné, il faut le dire, que dans un interrogatoire dénué de toute authenticité.
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Le lundi 12 mars, Jeaniu' subit dans la matinée un deuxième interrogatoire secret, et dans l'après-dîner un troisième. On lui demanda, entre autres choses, si ses voix ne l'avaient point appelée fille de Dieu, fille de l'Église, la fille au grand cœur. Elle répondit : « Avant la délivrance d'Orléans, et tous les jours quand elles me parlent, elles m'appellent souvent Jeanne la Pucelle, fille de Dieu. — Puisque vous vous dites fille de Dieu, i-cprit Jean de la Fontaine, pourquoi refusez- vous de dire Pater noster? — -Je le dis volontiers, et, l'autre jour, si j'ai refusé de le dire, c'était pour que monseigneur de Beauvais m'entendît en confession. » Elle se défendit du péché de désobéissance à l'égard de son père et de sa mère, expliqua la vérité au sujet du procès de Toul et de la délivrance du duc d'Orléans, projetée par elle, et, comme on lui demandait si c'était par l'ordre de ses voix qu'elle avait pris l'habit d'homme, elle répondit: « Tout ce que j'ai fait de bien, je l'ai fait par le commandement des voix '. »
Dans l'interrogatoire secret du mardi 13 mars, Jeanne, mise de nouveau en demeure de révéler le signe donné à Charles VII , se décida, après une vive résistance, à développer la parabole qu'elle avait esquissée le samedi précédent. Elle mêla dans la trame subtile d'un récit figuré les circonstances de ses entrevues avec le roi à Chinon, l'interrogatoire de Poitiers, et la scène du sacre à Reims, de façon que l'accusation, se croyant satisfaite, fut, au contraire, sur ce point définitivement déroutée. On l'inteiTOgea sur quelques-uns de ses faits de guerre : « Quand vous allâtes devant Paris, fut-ce par révélation de vos voix? — Non, mais à la requête des gentilshommes, qui voulaient faire une escarmouche ou une vaillance d'armes. — Et le siège de la Charité, vous fut-il commandé par vos conseils? — Non; j'y allai à la requête des gens d'armes. — Et à Pont-l'Évêque, eûtes -vous révélation d'y aller? — Depuis qu'il m'avait été révélé que je serais prise, je m'en rapportais la plupart du temps, pour le fait de guerre, à la volonté des capitaines, sans leur dire toutefois ce qui m'avait été révélé. — Croyez-vous avoir bien agi en attaquant Paris le jour de la Nativité de Notre-Dame? — Il est bon de garder les fêtes de Notre-Dame. En ma conscience, il me semble que c'était et que ce serait bien fait de gard(>r les fêtes dé Notre-Dame depuis un bout jusqu'à l'autre. — N'avez-vous pas crié devant Paris : Ren-
' Prijccs, f. I, pp. 122-139.
dez la ville, de par Jésus? — Non; j'ai dit : Rendez la ville au roi de France ' ! «
Le mercredi 14 mars eurent lieu deux interrogatoires secrets, l'un dans la matinée, l'autre dans l'après-midi. Entre les réponses que fit .leanne, il en est une bien remarqualjle et qui est une l'orle preuve de la réalité de ses visions. « Sainte Catherine, dit-elle, m'a promis que j'aurais du secours. Si je serai délivrée de prison, ou si, pendant le jugement, il adviendra quelque trouble par quoi je serai sauvée, je l'ignore; mais je pense que ce sera l'un ou l'autre. Mes voix me disent encore que je serai délivrée par grande victoire; et après elles me disent -.Prends tout en gré: ne te soude de ton martyre, tu t'en viendras enfin au royaume de "paradis. Mes voix me disent cela simplement et absolument, c'est à savoir sans faillir. J'entends par martyre la peine et adversité que je soufîre dans ma prison. Je ne sais si j'en soufïrirai un plus grand; mais je m'en rapporte à Notre-Seigneur. »
Ainsi la délivrance dont l'entretenaient ses voix, c'était le supplice, la flamme qui, consumant sur le bûcher sa chair mortelle, délivrerait son àme des souffrances d'ici -bas, et l'enverrait jouir d'un bonheur éternel avec ses frères du paradis. Cette prédiction, que l'événement a rendue pour nous si claire, Jeanne l'interprétait dans le sens d'une délivrance moins haute et aussi moins terrible, d'où Ton peut tirer cette double conclusion : les voix ne se confondaient point avec Fâme de Jeanne, avec son intelligence et son cœur; elles avaient une réalité, une existence propre; en second lieu, chose dont peut-être on n'a pas tenu suffisamment compte, les conseils surnaturels qui guidaient l'héroïque jeune fille ne l'ont pas toujours voulu éclairer d'une même lumière; ils n'ont parfois soulevé qu'à demi pour elle le voile épais qui couvre les desseins de la Providence, les événements à venir. « Mais, lui dit -on, depuis que vos î'o/x vous ont prédit que vous iriez en paradis, vous tenez-vous pour assurée d'être sauvée, et de n'être point damnée en enfer? — Je crois fermement, comme mes voix me l'ont dit, que je serai sauvée, pourvu que je garde ma virginité de corps et d'âme. Je le crois aussi fermement que si je l'étais déjà. — Cette réponse est de grand poids. — Je la tiens aussi pour un grand trésor. — A quoi bon vous confesser désormais, si vous devez être sauvée? — On ne saurait trop nettoyer sa conscience. » Elle se disculpa, en ces deux interrogatoires, de diverses
' Proccs, t. I. pp. 130-118.