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accusations que Caucliun fcsait [tcser sur clic. Au sujet du saut de Beaurevoir. elle recouiuit (ju'ellc avait en toit da^ir contre la volonté de ses voix, mais elle protesta qu'elle avait eu l'intention de s'échapper et non de se tuer; elle ajouta qu'elle avait demandé pardon à Dieu, et qu'elle savait par sainte Catherine que ce pardon lui avait été accordé '. »
Au début du septième interrogatoire secret, le jeudi 15 mars, l'accusation entra brusquement dans une voie nouvelle, et tendit à la Pucelle l'horrible embûche où elle devait succomber. Les informations recueillies par levèque de Beauvais pour servir de base au procès avaient fondu, comme le dit M. Quicherat, dans le cours des interrogatoires. Jeanne était demeurée victorieuse sur tous les points; elle avait tout éclairci, tout expliqué à son avantage. En abondant, au. sujet du signe donné au roi, dans le sens de ses juges, elle les avait, pour ainsi dire, désarmés-. Bestaient, il est vrai, les habits d'homme, et l'on comptait bien, en effet, sur ce moyen pour mener Jeanne au supplice. Mais le principal motif de la persistance que montrait sur ce point délicat la chaste jeune fille était trop facile à concevoir, et lui faisait trop d'honneur, pour ne pas les troubler quelque peu dans leur œuvre d'iniquité, s'ils ne trouvaient, pour appuyer leur sentence, d'autre raison que les dangers mêmes auxquels leur lâcheté et leur perfidie exposaient sa pudeur. (l'est alors que Cauchon résolut de prendre en flagrant délit de désobéissance à l'Église celle qu'il n'avait pu convaincre de sorcellerie. Il conçut un }»lan d'une infernale habileté. La conviction de Jeanne au sujet de ses visions était inébranlable; elle ne croyait pas moins à l'existence de ses rapports avec le monde surnaturel qu'à sa propre existence. C'était donc là pour elle une question résolue, et qui ne pouvait souffrir aucun doute. Toute hésitation à cet égard lui aurait semblé un grave péché. En lui demandant de soumettre ce point, qui avait pour elle l'évidence d'un fait matériel, à la détermination de l'Église, c'est-à-dire, dans le cas présent, de Cauchon, son implacable ennemi, en lui demandant de douter provisoirement de sa mission, on avait
' Procùs, t. I, pp. 148-171.
^ Les juges pouvaient, il est vrai, découvrir par des informations postérieures que l'accusée avait simplement accepté le thème fourni par l'accusation; mais, après tout, à supposer qu'il y eût faute, le péché était véniel. Ils n'auraient pu la condamner à une peine bien sévère pour des réponses si évidemment provoquées par eu.\'.
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des chances pour obtenir de Fignorante jeune fille, qu'on se proposait bien de n'éclairer qu'imparfaitement sur un des points les plus difliciles de la théologie, un refus plus ou moins direct, sans les atténuations requises, qui permi'ttiait de la condamner connue hérétique opiniâtre. Ce plan, qui pourtant faillit échouer, grâce à la loyaut*' de quelques assesseurs, réussit, grâce à des machinations souterraines, et surtout gr;\ce à l'intimidation exercée par Cauchon sur les hommes qui cherchèrent à éclairer la Pucelle et ne purent parvenir à la sauver'. Le piège redoutable où tomba la jeune fille, et dont plus tard, mieux instruite, elle essaya, mais en vain, de se débarrasser, lui fut présenté par le juge hypocrite sous la forme indignement trompeuse d'une exhortation charitable. Poussé par lui et en dépit de sa conscience, le délégué Jean de la Fontaine invita doucement l'accusée à s'en rapporter au jugement de l'Eglise, si elle avait fait quelque chose contre la foi. « En bien! dit Jeanne, que mes réponses soient vues et examinées par les clercs, puis que l'on me dise si l'on y trouve quelque chose contre la foi chrétienne : je saurai bien dire par mon conseil ce qu'il en sera. Si toutefois il y a réellement quelque chose contre la foi chrétienne, je ne le voudrais soutenir. Je serais bien courroucée d'aller contre la volonté de Dieu. »
Ces paroles, empreintes d'une exquise humilité, étaient loin de répondre à l'attente de l'accusation. Aussi s'empressa-t-on d'enfermer l'accusée dans le cercle d'où l'on jugeait (ju'elle ne pourrait sortir. Elle désavouait par avance ce qu'elle pouvait avoir fait de mal; on lui demanda de renier ou du moins de mettre en doute le bien même qu'elle avait fait. Après une explication de la différence existant entre l'Église triomphante et l'Église militante, qui ne dut pas produire un effet bien puissant sur cet esprit sublime, mais peu versé, on le conçoit, dans la science, d'ailleurs si Ix'lle et si nécessaire, des distinctions théologiques, on la requit formellement « de s'en remettre surle-champ à la détermination de l'Église pour tout ce qu'elle avait
' Cauchon a concentré sur cette question de la soininssion à l'Eglise toutes les ressources de Son infernale habileté. Mais cette habileté mémo, qui, dans l'espèce, n'est qu'une insigne déloyauté, frappe de suspicion et de discrédit, quoique l'historien soit obligé d'en faire usage, les procès-verbaux de cette procédure. Ce qu'on peut affirmer sans crainte, en dépit de Cauchon et de ses complices, c'est que la vie et la mort de Jeanne attestent suffisamment non seulement son patriotisme, si haut et si désintéressé, mais encore la pureté de sa croyance et sa parfaite orthodoxie , dont l'éclat réussit même, de temps en temps, à percer les ténèbres accumulées par Pierre Cauchon.
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fait, soit en bien, soit eu mal ». Gûuiine Cauchon l'avait piévii, Jeanne refusa de répondre. « Je ne vous en répondrai, dit-elle, autre chose pour le présent. » On se garda bien d'insister immédiatement sur ce point décisif, et, avant d'y revenir, on passa aux questions qui avaient jusqu'alors défrayé les interrogatoires. On appuya principalement sur les habits d'homme, qui, joints à l'accusation d'hérésie, prenaient une grande importance. Jeanne désirait vivement entendre la messe. On lui tendit un nouveau piège, au moyen d'une feinte concession : « Aimez-vous mieux prendre un habit de femme et entendre la messe, ou demeurer en votre habit d'homme et ne pas l'ouïr? — Certifiez-moi que j'entendrai la messe, et je vous répondrai. — Je vous certifie que vous entendrez la messe, povu^vu que vous soyez en habit de femme. — Et que direz-vous, si je vous déclare ici que j'ai juré à notre roi de ne pas quitter cet habit? Toutefois je vous réponds : Faites-moi faire une robe longue, traînant jusqu'à terre, sans queue, et donnez-la-moi pour aller à la messe; et puis au retour je reprendrai l'habit que j'ai. — Voulez-vous entendre la messe? prenez définitivement un habit de femme. — Je me conseillerai là-dessus, et puis je vous répondrai. Mais, au nom de Dieu et de Notre-Dame! qu'il me soit permis d'entendre la messe en cette bonne ville. — Prenez un habit de femme, simplement et absolument. — Donnez -moi un habit semblable à celui que porte la fille d'un bourgeois, c'est à savoir une houppelande longue, et je la prendrai; et je prendrai même un chaperon de femme pour aller entendre la messe. Mais, le plus instamment que je puis, je vous requiers de me laisser cet habit que je porte, et de me laisser entendre la messe sans le changer. »
L'accusation revint alors brusquement sur la question principale, l'obéissance à l'Eglise : « Voulez-vous soumettre tout ce que vous avez dit et fait à la détermination de l'Église? — Toutes mes œuvres, tous mes actes sont en la main de Dieu, et je m'en rapporte à lui, et je vous certifie que je ne voudrais rien faire ou dire contre la foi chrétienne; et si j'avais fait ou dit quelque chose qui fût à ma charge, et que les clercs reconnussent contraire à la foi chrétienne, je ne le voudrais soutenir, mais je le jetterais dehors. — Voulez-vous, oui ou non, vous soumettre à l'ordonnance de l'Église? — Je ne vous en répondrai maintenant autre chose; mais, samedi prochain, envoyezmoi un de vos clercs, si vous ne voulez revenir vous-même, et je
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VOUS répondrai à ce sujet avec l'aide de Dieu, et l'on mettra ma réponse en écrit. » L'accusation se sentait en bonne voie, mais c'en était assez pour ce jour-là, et, abandonnant ce terrain, l'on ramena la question des voix et des visions, qui reprenait aussi son importance, dès lors qu'on se croyait assuré de faire de Jeanne une hérétique. Le surnaturel, par rapport à une hérétique, ne pouvait plus être en effet, aux yeux de l'opinion, qu'une émanation du mauvais esprit, et Cauchon dut s'applaudir de la toiunure que son infâme habileté réussissait enfin à donner à ce beau procès \
Le samedi 17 mars, Jeanne subit un huitième et un neuvième interrogatoire secret. Ce furent les deux derniers du procès dit préparatoire. La première question eut trait aux visions, dont Jeanne maintint plus que jamais l'absolue vérité, et qu'on rattacha immédiatement à la question principale, en sommant de nouveau l'accusée de soumettre « tous ses dits et faits, soit en bien, soit en mal, à la détermination de notre sainte mère l'Église ». Jeanne répondit : « Quant à l'Église, je l'aime et je la voudrais soutenir de tout mon pouvoir pour notre foi chrétienne. Ce n'est pas moi que l'on devrait empêcher d'aller à l'église- et d'entendre la messe. Quant aux bonnes oeuvres que j'ai faites, et quant à ma mission, il faut que je m'en rapporte au Roi du ciel, qui m'a envoyée vers Charles, fils de Charles, roi de France, qui sera roi de France. Vous verrez, ajouta-t-elle dans un magnifique élan de patriotisme, que les Français auront bientôt un grand avantage qui leur sera envoyé par Dieu, au point qu'il y aura une étrange secousse dans presque tout le royaume de France. Je le dis afin que, quand ce sera advenu, on se rappelle que je l'ai dit. — Quand cela arrivera-t-il? — Je m'en rapporte à Notre- Seigneur. — Voulez-vous, oui ou non, vous en rapporter à la détermination de l'Église? — Je m'en rapporte à Notre-Seigneur, qui m'a envoyée, à Notre-Dame et à tous les benoîts saints et saintes du paradis. M'est avis que c'est tout un de Notre-Seigneur et de l'Église,
' Procès, t. I, pp. 171-172. — Apcrrus iwinvaux, pp. 109--111, -123. — Wallon, t. H, pp. 130-137.
- Ce mot église, pris dans deux sens très dillerents, à deux lii^ncs de distance, a fait croire à quelques personnes que, dans sa naïve ignorance, la sublime enfant ne distinguait )!as toujours nettement Vêglixe, maison de Dieu, de VÉglise, assemblée des fidèles. Ce mot, dit -on, lui rappelait surtout la paroisse, le lieu où elle entendait la messe et où elle communiait. J'avoue que, pour ma part, cette observation, faite pour la première fois par un savant docteur consulté lors du procès de réhabilitation, me paraît un peu tro|) subtile. — Procès, t. II, p. 52.
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et que l'on n'en doit point faire de diilicultés. Pouiquoi faites- vous difficulté que ce ne soit tout un? »
On lui expliqua plus à plein la différence existant entre l'Église triomphante et l'Église mililante. « LÉglise triomphante, c'est Dieu; ce sont les saints, les anges et les âmes sauvées. L'Église militante, c'est notre saint-père le pape, vicaire de Dieu sur la terre; ce sont les cardinaux, les prélats de l'Église et tout le clergé, ainsi que tous les bons chrétiens et catholiques. Cette Église, bien et dûment assemblée, ne peut errer; car le Saint-Esprit la gouverne. — Voulezvous vous en rapporter à l'Église militante? — Je suis venue au secours du roi de France au nom du Seigneur, de la Vierge Marie et de tous les benoîts saints et saintes du paradis, au nom de toute l'Eglise victorieuse de là-haut , et par son commandement , et à cette Église-là je soumets toutes mes bonnes actions, et en général tout ce que j'ai fait et tout ce que je ferai encore. — • Vous soumettez- vous à l'Église militante? — Je n'en répondrai maintenant autre chose. » L'accusation triomphait; elle s'empressa de rattacher le plus étroitement possible à la désobéissance la question des habits d'homme, comme elle y avait rattaché les visions, en passant sans transition d'un sujet à l'autre. « Que dites-vous aujourd'hui de l'habit de femme que l'on vous offre, pour que vous puissiez entendre la messe? — Quant à l'habit de femme, je ne le prendrai pas encore; j'attendrai qu'il plaise à Notre-Seigneur que je le fasse. Et cependant, si l'on doit me conduire au supplice dans l'appareil ordinaire des condamnés, je requiers aux seigneurs de l'Église qu'ils me fassent la grâce que j'aie une chemise de femme et un couvre -chef en la tête. J'aime mieux mourir que de renier ce que Notre-Seigneur m'a fait faire. — Vous dites que vous portez un habit d'homme par le commandement de Dieu; pourquoi donc demandez-vous une chemise de femme en article de mort? » Jeanne écrasa son juge sous cette réponse d'une effrayante simplicité : // me suffit qu'elle soit longue.
On revint ensuite sur divers points déjà suffisamment expliqués par Jeanne, mais qui, groupés autour de l'accusation d'hérésie, reprenaient maintenant la force qu'ils avaient perdue. Vers la fin du dernier interrogatoire. Cauchon. en voulant accuser trop nettement son triomphe, faillit perdre d'un seul coup tout le terrain qu'il avait conquis. Il demanda ou fit demander à la Pucelle : « Vous semble-t-il que vous seriez- tenue de dire pleinement la vérité au pape, vicaire
de Dieu, sur tout cv qu'il vous demanderait touchant la foi ou votre conscience? » Jeanne répondit sans hésiter : « Je requiers d\Hre menée devant lui; devant lui je répondrai tout ce que je devrai répondre. » C'était presque un appel en forme; un mot de plus, et la victime allait rompre les filets captieux de l'équivoque ' où elle se débattait depuis plusieurs jours. On se hâta de lui parler d'auti-e chose. La dernière question posée amena une réponse demeurée célèbre, une
» 11 avait été à la peine, c'était bien raison qu'il fut à l'iionneur. »
de ces paroles qui se transmettent dans notre patrie de génération en génération, et que les pères rapportent à leurs enfants avec un patriotique orgueil, un de ces éclairs qui, déchirant brusquement les nuages amassés sur la mémoire de Jeanne par l'iniquité de ses adversaires, et aussi, il faut Ijien le dire, par la négligence et l'ingratitude de ceux qu'elle avait sauvés, frappent soudain d'une céleste mais trop rapide lueur la radieuse figure de la Pucelle de France.
' Cette équivoque me parait facile à dénièler, pour nous ([ui pouvons apprécier le procès dans son ensemble. Cauchon, ù aucun prix, n'aurait laissé juger à Rome celle qu'il n'avait même pas voulu laisser juger à Paris. L'Église, le pape, si Jeanne obéissait à ses injonctions, devaient disparaître derrière lui, Cauclion; si, au contraire, elle refusait de se soumettre, c'était lui qui se couvrait de l'autorité du jjape et de l'Église, dont il se constituait le vengeur. Si Jeanne avait pu être librement défendue, un appel pur et simple en cour de Rome, fait dans les formes requises, déconcertait l'évèque de Beauvais et le constituait lui-même en état de rébellion. Aussi s'attaclia-t-il à tourner cet écneil par tous les moyens.