I.E lUC DE liiirUllOC .\K
Parle, mais abrège.
LA ITCELI.K
Contemple ton pays, contemple la i'ertile France; vois ses villes et ses cités défigurées par les ravages destructeurs d'un ennemi cruel ; regarde ta patrie de cet œil de tendresse dont une mère contemple son jeune enfant mourant au berceau, et prêt à fermer les yeux. Vois, vois les maux qui consument la France. Vois les douleurs, les plaies barbares dont ta main dénaturée a déchiré son malheureux sein. Ah! détourne contre d'autres victimes le fer de ton épée; frappe ceux qui t'offensent, et ne blesse pas ceux qui t'aiment. Une seule goutte du sang de ta patrie devrait te causer plus de douleur que des flots d'un sang étranger. Expie donc ce sang par tes larmes, et guéris les plaies de ta malheureuse patrie.
LE Dit: DE BOURGOGNE
Il faut qu'il y ait dans ses paroles un charme surnaturel qui me subjugue, ou bien c'est la nature qui m'inspire cet attendrissement soudain.
Dans la dernière scène où paraisse la l'ucelle (acte V, scène v), l'auteur, complice des haines du public anglais, se laisse aller contre la mémoire de Jeanne aux inventions les plus outrageantes et les plus absurdes. Voici pourtant un fragment qui,, détaché de ce qui le précède et de ce qui le suit, ne paraîtrait pas indigne du génie, je ne dis pas de Green, mais de Shakspeare :
LA DU CELLE
... Jamais je n'eus de commerce avec les esprits infernaux. Mais vous, honniies corrompus par la débauche, souillés du sang des innocents, cliargés d'iniquités et de vices, parce que vous êtes privés de la grâce dont d'autres on reçu les dons, vous jugez impossible d'opérer les merveilles, si ce n'est par le secours des démons. Non, cette Jeanne d'Arc, que méconnaît votre ignorance, naquit et vécut vierge depuis sa plus tendre enfance; elle vécut chaste et sans reproche dans toutes ses pensées; et son sang pur, que vos mains barbares versent injustement, criera vengeance contre vous aux portes du ciel'.
On voudrait avoir des raisons de croire (|ue Shakspeare, en revoyant la i)irce de Green, et sans oser braver en face les haineux préjugés des spectateurs ^ y a intercalé ce fragment comme une sorte
' Nous citons d'après la tratluction de M. F. Michel. Paris, Firmin-Didot, 1809, in-4", t. II, pp. .545 et 562.
^ Les sentiments du peuple anglais avaient bien changé en 1700; car en cette année, au
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(11/ inutcstatiuii (le sou ycînie et de son cœur ('(iutiv le piililic. ('onlre Greeu et contre lui-mêiue.
C('i»eudaut l'école inytlioluL;i(|ue (h- l;i lieuais.sauce, laquelle sut se faire une place l)eaucoup Irop large jus<{ue dans le drame shahspearien, poursuivait en France le cours de ses succès au thcîàtre comme dans tous les autres genres. Alors mt'-me qu'elle ne dédaignait point de choisir ses sujets dans l'histoire ou la légende nationale, elle les travestissait en sujets mythologiques, et produisait par là le mélange le plus absurde. C'est ainsi que dans une tragédie représentée à Rouen en IGOO, reprise à Paris en 1603 et en 1611, et dont l'auteur est, à ce qu'on pense, un gentilhomme normand, Jean de Virey. sieur du Gravier, Jeanne d'Arc, ayant reçu sa mission de Jupiter, déclare qu'elle va quitter la compagnie des « Nymphes » pour endosser le harnois (( Vulcanien » et se consacrer toute à « l'homicide Mars ».
Or sus il faut quitter les belles Oi^éades,
Les Nimphes, le plaisir de ces ondes jasardes :
Le carquois de Diane, et son arc, et ses dards.
Et toute me sacrer à l'homicide Mars...
Ce casque martial pressant ma chevelure
Ne convient-il pas mieux qu'une riche coiffure?
Ce harnois endossé , œuvre "Vulcanien ,
N'est-il pas plus plaisant que du froid Serien
Les robes peintes d'or, ou de Tyr empourprée,
Ou les ronds diamants des Indiques contrées'?...
Depuis que le sommeil sous les pieds d'un ormeau
Me voila les deux yeux, assise près de l'eau.
Et les songes allez coulanz dedans mon ame
Echauffèrent mon cœur d'une divine flame.
Puis comme messagers du tdut-puissant Jupin
Me dirent en tels mots le but de mon destin :
Fille, le seul souci de la chaste Lucine,
Quitte, quitte les bois, arme, arme ta poitrine.
Venge l'injure laite à ton propre pays
Et chasse par le fer les douleurs, les ennuis
Qui comblent maintenant les sujets de ton Prince :
Arme- toi pour l'aider, et sa triste province...
tli(3àtrc de Govent-Gaiden, des acteurs s'étant avisés Je représenter Jeanne eutrainée aux enfers par une légion de diables, le public se révolta. Sur ses instances, on dut remplacer les démons par des anges et la damnation par une apothéose. ( J. Fabre, Jeanne d'Arc libératrice d-e la France, p. 'Ml.)
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L"héioïiR' du sieur Gravier, mettant à profil rérudiliou uiythulogique dont elle est pourvue, s'encourage en se citant d'illustres exemples :
Pourquoi ne piiis-jo pus,
Fille comme je suis, m'enduirii- aux combats? Les escus enlimez, les mains Amazoïiides Fendirent par le fer les ondes Thermontides, Et courant au secours du Troyen affligé Chassèrent jusqu'au port Texercite étranger Du Gregois inhumain, et la Panthasilée Vosmit la hache au poing une ame ensenglantée... Auis donc que le renom à cent œles porté En faveur des guerriers fend l'air de tout costé, Et s'ouvrant à la fois cent bouches ecumeuses Eclate les honneurs des femmes belliqueuses. Qu'attend -je plus long temps par un fait glorieux De pousser aussi bien ma teste dans les Cieux ? De chercher combattant parmy les morts la Parque, Et faire que Charon me traisne en mesme barque Et mon âme, et ma vie? hé, que songé-je tant? Empourprons, empourprons ce coutelas de sang! Si le destin le veu, si l'heur revient en France : Poursuyvon's coup sur coup, ayons bonne espérance.
Il faut avouer qu'il serait difficile d't'dre plus insensé. Une autre folie du temps fut la pastorale, imitée des Italiens. Nicolas Chrestien, sieur des Croix, en fit, comme tant d'autres poètes, une en cinq actes et en vers, avec un prologue. Il l'intitula les Amantes, et il eut l'idée singulière, mais après tout louable, de placer entre chaque acte, en guise d'intermède, un épisode héroïque tiré de l'histoire de France, sans doute pour relever la fadeur de la pièce principale. Clovis, Charlemagne, Godefroy de Bouillon, saint Louis et Jeanne d'Arc, sont les héros de ces intermèdes. Dans celui qui est consacré à la Pucelle, l'auteur a très bien su oublier les niaiseries des pastorales pour prendre le ton convenable à son sujet, qu'il a excessivement résumé , mais qu'il a relativement bien compris. Il a eu la sagesse de laisser la mythologie de côté. Son langage est net, ferme, et, dans certains vers coulés d'un jet, fait sentir l'approche de Corneille.
Quand l'éternel ouvi'ier nous advertisL d'uu fait, Il ne faut retarder à le mettre en effect;
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Je diiy donc, il le laiil, de loiilc mu piiissjmce Pi'udemmenl accomplir sa céleste ordoniiuiioe : C'est à hiy d'ordoniici', à nous de le suivir, A luy d(! commander, à nous de le servir.
Pucelle que je suis, et de race petite, Mais de sa main eluë, et de sa bouche instruite, J'espère en ma foiblesse avoir trop de pouvoir, Pour accomplir son vueil, et faire mon devoir. Dieu, de ce (jui luy plaist, se sert en ses ouvrages. Et qui le sert ne peut encourir de naufrages : A la honte des grands au vice apesantis. Il eleve en honneur les foibles, les petits, Et faisant la foiblesse apparoistre immortelle Entre les grands guerriers quand il est avec elle : Qu'on ne s'estonne donc si, lille que je suis, Je porte le cœur d'homme, et plus qu'homme je puis. Ayant l'épée au poin, au milieu de la guerre, Les hommes je combats, et renverse par terre. Jeanne je suis nommée, et née à Vaucouleurs, Je viens pour affrancliir la France de malheurs, La remettant en gloire, et d'une ame félonne, L'oster du joug anglois abhorant sa couronne. Pour ce, je vay treuver Charles le juste Roy, Afin qu'il soit sacré suivans l'antique loy...
Voici la scène de Chinon. C'est Baudricourt lui-même qui a mené Jeanne vers le roi et qui plaide sa cause devant Charles VII :