‹ Jeanne d'ArcChapitre 33 sur 48 · M I C II !•: L · texte numérisé non relu

M I C II !•: L

Adieu, Jeanne, franche pucelle, Qui êtes de Dieu bien aimée ; Ayez toujours ferme pensée D'être son humble pastourelle.

LA PUCELLE

Par son saint nom, je serai celle Qui le servira, s'il m'agrée.

M I c H E L Adieu, Jeanne, franche pucelle.

Qui êtes de Dieu bien aimée.

LA PUCELLE

^lon bon seigneur, votre nouvelle Sera par ma bouche annoncée Au seigneur de cette contrée ; Je veux suivre une route telle.

-MICHEL

Adieu, Jeanne, franche pucelle, Qui êtes de Dieu bien aimée ; Ayez toujours ferme pensée D'être son humble pastourelle.

' Nous avons suivi l'édition donnée par MM. C.ucssart et de Certain dans les Dociiiiienls incdits sur l'histoire île France, sauf quelques légers changements que nous nous sommes

3G4 jka.nm; n'A ne

Plus d'un sirclr ainvs que le Mktère du sirge d'Orléans eut ("té représenté sous sa forme la plus ample, — ;ui mois de mai 1580, — le roi de France Henri III et sa femme, la reine Louise de Vaudemont, devaient se rendre à Plombières pour y prendre les eaux. La ville de Pont-à-Mousson se jin'p.irait à les bien fêter lors de leur passage, i'armi les divertissements projetés ligurait une repré.sentation dramatirpie. La pièce devait être jouée au collège des Jésuites, et la composition en avait été confiée au P. Fronton du Duc. alors âgé de vingt-quatre ans, et (|ui professait la rhétorique. Le savant et modeste religieux accepta pai- obéissance la tâche que lui imposaient ses supérieurs, et, dans le peu de temps qui lui était accordé, il écrivit en cinq actes VHistoire tragique de la Pucelle d'Orléans. La peste ayant l'ompu le voyage royal , la représentation fut ajournée au 7 septembre suivant. Elle eut lieu devant Charles III, duc de Lorraine, qu'accompagnaient quelques grands seigneurs de la cour de France. Le duc en fut tellement satisfait, qu'il fit présent de cent écus d'or à l'auteur, qui, dit le P. Abram. historien de l'université de Pont-à-Mousson, lui avait paru couvert d'une robe qui représentait la pauvreté évangélique. Sa pièce fut imprimée sans nom d'auteur en Lj81.

Ce n'est pas une merveille assurément, ('-est une vraie tragédie de collège : dépourvue d'action, elle se compose d'une succession de tirades rimées d'un style trop rapide et trop inégal. ]\Iais il faut savoir gré à l'auteur du sujet qu'il a choisi, le plus national de tons, et de l'avoir choisi précisément pour cela :

Or ou n'a point choisy ung argument estrange, Sçachant que cil est fol, lequel ayant sa grange Plaine de grains cueilliz, emprunte à son voisin , Laissant pourrir chez soy son propre magasin.

11 y a là une sorte de protestation contre les excès de la Renaissance alors triomphante. De j^lus, le savant et pieux Jésuite, par sa science et par sa piété, en consultant de bons documents et en consultant son cœur, plein de patriotisme aussi bien que de foi, a su sinon mettre dans son plein jour, du moins entrevoir et montrer à demi la vraie figure de la Pucelle, si étrangement travestie avant

permis pour remédier un peu aux fantaisies prosodiques du copiste, lesquelles, à la vérité, sont peut-être aussi de l'auteur.

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et après sa iiiècc par les bistoiiens et par les poètes. Ce n'est pas lui qui ferait de Jeanne une viraiio chevaleresque, ou une sorte d'intrigante dont usèrent habilement les politiques. Jeanne est l'envoyée de Dieu pour le salut de la France. Cette vierge héroïque est luie pieuse, une humble, une charitable chrétienne. Voici connnent la peint, à Tacte V, un gentilhomme qui déclare avoir quelque temps fait partie de sa garde :

Tous ses propos n'estoient que de choses honnestes :

Son oreille abhorroit les paroles mal nettes.

Louant le nom de Dieu en chacune action ,

Elle excitoit les gens à la dévotion,

Editioit chacun par sa doulceur humaine;

Elle jeusnoit aussi ti'ois jours en la sepmaine,

Et, au jeusne joignant l'aumosne, soulevoit

Les pauvres de ses biens, aultant qu'elle pouvoit.

Et sachant les dangers auxquels est exposée

La vie des soldats, humblement confessée

Elle alloit recevoir le très saint Sacrement

Jusqu'au jour de Dymenche, et d'icehiy s'armant.

L'ame elle preparoit à la vie éternelle

Devant que son corps vinst à la mort temporelle.

Il y a quelque élégance et quelque vigueur d'expression dans l'une des strophes chantées par le chœur à la fin du quatrième acte. Cette strophe s'adresse à Pierre Cauchon :

Est-ce ainsi, ù Pasteur lasche, Qui doibs souflrir qu'on te hasche Et te tue pour ton troupeau.

Que ceste brebis tu donnes Au gré des bouches félonnes Des loups, craintifs de ta peau'.' Mais las ! ce n'est pas merveille Si tout pasteur poinct ne veille.

Car mesme le Roy des cieulx Eust pour disciple le traistre Qui livra son propre maistre Ez mains des Juifz envyeux.

Enfin le patriotisme de l'auteur a mis dans ces deux vers connue un accent cornélien :

366 jkan.m; DAItC

Rendez, selon le dniil de la s;di(iui' luy,

Nostre Roy à la France, <'t la France à sou Roy.

VHistoire tragique de la Pucelle d'Orléans, (juoique très médiocre en elle-même, nous représente assez bien pourtant ce qu'auraient pu devenir, sans l'excessive réaction de la Renaissance contre les habitudes littéraires du moyen âge, les sujets nationaux maniés par les grands poètes du xviie siècle '. La pièce du P. Fronton du Duc a beaucoup, et même trop, des caractères de la tragédie classique, telle quon devait la comprendre et la pratiquer en France; mais elle tient encore pourtant à la tradition nationale des mystères, et il y a même une scène (les quolibets des soldats anglais devant Orléans) qui les rappelle tout à fait par sa familiarité naïve, et parait précisément analogue à celles (jui persistèrent dans le drame shakspearien. Ce drame représente sans aucun doute, en face de la tragédie classique, la tradition littéraire du moyen âge. Il la représente, il est vrai, soit pour la pensée, soit pour la forme, à la façon anglaise, naturellement différente de la façon française, qu'interrompit le triomphe de la Renaissance. Les haines soulevées par la guerre de Cent ans étaient encore vivaces cà la fin du xvie siècle, et la différence de religion, i-écemment survenue, devait contribuer à les entretenir. Jeanne d'Arc, aux yeux de la foule, était encore, en Angleterre, une ennemie détestable, une sorcière, que Bedford avait justement brûlée. C'est ainsi (ju'elle apparaît dans la première des trois parties de Henri VI, partie qui, dit-on, est de Green et a été seulement revue par Shakspeare. Détail surprenant, et ({ui atteste bien la grandeur et la beauté internes, si j'ose dire, de cette renommée, l'attrait inévitable exercé sur les âmes par cette chaste et radieuse figure, quelque chose de la vraie Jeanne parait à deux endroits de la pièce anglaise. Et d'abord dans ce dialogue avec le duc de Bourgogne (acte III, scène m) :

LA l'UGELLE

Brave duc de Bourgogne, l'infaillible espoir de la France, arrête un moment, et daigne accorder à ton humble servante l'honneur de l'entretenir.

' Cf. l'article du R. P. V. Delaporte : La vraie et la fausse Jeanne d'Arc au théâtre. Une tragédie de « Jeanne d'Arc » en 1580, dans les Éludes religieuses, etc., octobre 1890, p. 225.

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