JEAN M, DVUC
R"ie ciinliiial Ijicide-Miti-ie Paidcclii , (''vôque irAlliaiid, cl niiiporleiir (le la cause, le doute suivant, savoir : La commission d'inlroduciion de la cause dans le cas et, pour l'e/fet dont il s'agit doit- elle iHre sifjnéc ?
Et la mémo sacrée Cmigrégation, lnutes choses étant mûrement pesées, et après avoir entendu de vive voix el par écrit le R. P. Augusiin Ca|)rai'a, promoteur de la sainte foi, a jugé devoir répondre : La fonintissinn doit être sif/née, s'il plait à S<( Sainteté. Le 27 janvier liSUi-.
happiirl ay.iiil (■((■ l'ail île Imiles ces choses à N. T. S. I'. le pajie l.('on XIII |iar moi, soussigné, cardinal, préfet de la même sacrée t'<ongivgation, Sa Sainteté, ratifiant le rescrit de la sacrée Congrégation, a daigné signer de sa propre main la commissidu d'inti'oductidn de la cause de la Vénérable servante de Dieu, Jeanne d'Arc, le inéuie joni- du même mois de la même anni'e.
f'-A.iEïAN, card. Ai.oisi-Masei.i.a,
préfet flf la sarrée r;ongrégatinn ih*s Toiles.
Vincent Nrssi,
seri'iUaire lie la sarréo Congrégation 'les I\itej^.
Les termes mêmes de ce beau rlécret permettent cl"espérer une heureuse issue à la cause de béatification, puis de canonisation de Jeanne d'Arc, ijui va désormais poursuivre à Rome sa marche régulière, sous les yeux attentifs et particulièrement liienveillants du Vicaire de Jésus-Christ. Cependant l'admiration, l'amour de Théroïquc vierge grandit chaque jour dans tous les esprits, dans tous les cœurs. En France surtout, c'est un touchant et consolant spectacle, parmi les divisions qui malheureusement nous déchirent et rendent tant de forces inutiles à la patrie, de voir l'unanimité des sentiments de vénération, d'enthousiasme, qui, dans toutes les âmes honnêtes, éclatent à l'envi en l'honneur de Jeanne d'Arc. Sans laisser altérer, au profit d'idées fausses ou de vaines chimères, la vraie physionomie de la grande Française, qui fut avant tout une grande chrétienne, la fille de Dieu et de l'Eglise, et en qui s'est personnifiée, au xve siècle, la tradition nationale, n'allons pas. dans un esprit étroit d'exclusivisme jaloux, fermer nos bras ni nos cœurs à aucun de ceux qui, sous quelque bannière qu'ils se soient rangés dans nos discordes intestines, sentent l'élan de leurs âmes les emporter sincèrement vers la sublime figure de la vierge libératrice. C'est la France, c'est Dieu lui-même, qui, par l'entremise de Jeanne, leur fait un public aiipel.
.IKANNK H'AliC, 30:{
Oui, unissons- nous du moins, en attendant mieux, unissons- nous dans l'amour, dans le cuUe national de Jeanne d'Arc. Peut-être frayerons-nous ainsi le chemin à une réconciliation plus entière, à Talliance solide et durable des honnêtes gens. Puisse-t-elle se sceller enfin, selon les exhortations du saint-siège, cette noble et féconde alliance; puissions-nous voir bient(U. sous les auspices de rh('roï({ue vierge, sous l'impulsion d'un patriotisme sincère et pur, pour le plus grand bien de la religion et de la civilisation menacées, concourir au même but de régénération présente et de glorieux avenir les forces, depuis tro|i jonglcmps divisc'es, do la France, fille aînée de l'Église !
CONCLl SION
Une enfant nait dans un pays déchiré par les factions, et ([ue la division de ses forces laisse en proie à la conquête étrangère. Elle grandit dans un village, sous l'humble toit de chaume, cousant, filant, ou, aux champs, gardant les troupeaux. Elle est humble et douce, se confesse, communie, obéit à ses parents, soigne les malades, fait l'aumône aux pauvres. Un jour dans son jardin, proche de l'église, elle a une vision. Cette vision se renouvelle. Les anges, les saintes la visitent, conversent avec elle comme avec une sœur. L'œuvre à laquelle ces voix célestes la convient est aussi peu conforme que possible à son âge, à son sexe, à son huml)le état. Elle accepte pourtant la mission que Dieu lui donne; et, si étrange que cela paraisse, elle la remplit. Elle se présente devant un roi déliant, qui commence à douter de sa propre cause, et qui désespère de l'avenir. Elle le convainc. Elle est examinée par de subtils docteurs. Ne sachant ni lire ni écrire, elle les confond. Elle parait à la tête d'une armée, et voici qu'elle est soudain un grand général. Par la rapidité de ses coups elle déconcerte un ennemi à qui des succès répétés avaient acquis le nom d'invincible. De vieux et renommés capitaines fuient devant une paysanne de dix-sept ans. Elle n'est récompensée de ses services que par une jalousie opiniâtre et les efforts insensés des favoris pour l'empêcher d'en rendre encore. Elle poursuit son œuvre, et tout ce qui résiste à son élan, elle l'entraîne. Le roi est couronné par ses soins, peu après qu'il n'espérait plus de porter jamais ici -bas une couronne. Demeurée modeste au milieu de ce triomphe inouï, la guerrière est toujours ce qu'elle était dans son village. Elle fait l'aumône, elle secourt les malades, elle se confesse, elle communie, et de vieux soudards, soudain transformés, se confessent et commu-
•.m, .IIÎANNK IVAIIC
nient avec elle. Cependant Theure du triompVie a passé. On la suit de jour en jour avec plus de regret, les intrigants l'entravent à chacun de ses pas; elle essuie nu prcinirr revers. Elle en essuie un seeond. Elle lutte toujours, attendant son heure. Elle est prise et livrée à ses ennemis. Trois mois durant, elle boit au calice où la méchanceté humaine a versé et, pour ainsi dire, concentré tous les poisons, toutes les angoisses. Malgré l'adresse d'un juge rompu aux fraudes cruelles, elle reste fidèle invinciblement à Dieu, qui la envoyée, à sa patrie et à son roi. Elle confesse la vérité de l'Évangile et l'autorité de l'Église, malgré l'équivoque où on la maintient en ce ))oint. Api-ès un moment de faiblesse où il fallait que l'humanité perçât en elle, elle se retrouve, et ses paroles, comme inspirées du Saint-Es[»rit. foudroient une fois de plus ses juges. On la conduit au supplice, et ce supplice est le bûcher. Elle a pour ses ennemis des paroles de pardon , pour son roi un dernier souci de l'honneur royal , et quelle ferveur pour son Dieu! Liée au fatal poteau, environnée de flammes, elle prie encore. Enfin, toute sa vie se rassemblant dans son dernier soupir, elle l'exhale en criant : « Jésus ! » Aux yeux de l'historien, et sans vouloir préjuger la décision de l'Église, dont les lumières. Dieu merci! viennent de plus haut que les nôtres, la vie et la mort de Jeanne d'Arc sont d'une sainte, comme la vie et la mort do Jésus-Christ sont d'un Dieu.
Puissions-nous un jour voir la France rétablie dans sa gloire et dans sa grandeur passées, forte et chrétiennement libre, redire avec gratitude, prosternée au pied des autels : « Sainte Jeanne de France, priez pour nous ! »