‹ Jeanne d'ArcChapitre 40 sur 48 · DECRET · texte numérisé non relu

DECRET

C.ONCKP.NANT LA CAIISK ORI.ftANAlSE DE BEATIFICATION KT C. A N ON' 1 S AT ION liK I.A VÉNÉRABLE SERVANTE DE DIEU

.IKANXK D'AHC

SIR LE DOTTE

La commission cV introduction de la cause dans le cas d pour Vclfel dont il s'agit doit-elle être signée?

Dieu, qui, selon la parole de l'Apôtre, appelle ce qui n'est jjffls, comme ce qui est, de même que jadis il avait choisi dans ses desseins Déhora et Judith pour confondre les puissants, suscita, au commencement du xvo siècle, Jeanne d'Arc pour relever les destinées de sa patrie, presque ahaltue par la guerre acharnée entre les Français et les Anglais, et en même temps pour revendiquer la lilierlé et la gloire de la religion, dont les intérêts étaient menacés.

Elle naquit en Lorraine, le 6 janvier 1412, de parents de condition médiocre, mais remarquables par leur piété traditionnelle envers Dieu. Dès le premier âge, élevée dans les bonnes mœurs, elle se distingua par le mérite de toutes les vertus chrétiennes, principalement par la pureté angélique de sa vie. Encore petite fille, craignant Dieu dans la simplicité et l'innocence de son cœur, elle aidait de ses mains ses parents dans leurs travaux agricoles; k la maison ses doigts tour))aient le fuseau, et ilans les champs, où elle accompagnait son père, elle ne refusait pas de s'employer parfois à conduire la charrue. Pendant ce temps la très pieuse jeune fille s'enrichissait de plus en plus chaque jour des dons célestes.

Or, comme elle atteignait l'âge de dix-sept ans, elle connut par une vision d'en haut qu'elle devait aller trouver Charles, dauphin de Franco, pour lui révéler le secret qu'elle avait reçu de Dieu. La bonne et simple jeune fille, appuyée sur la seule obéissance et animée d'une admirable chai'ité, mit aussitôt la main aux grandes entreprises.

Ayant quitté son pays et ses parents, après les périls sans nombre du voyage, elle arriva devant le roi, dans la ville de (lliindii, cl, d'une àmo franche et virile elle communiqua à lui seul ce qu'elle avait appris du f'.iel ; elle ajouta qu'elle était envoyée de Dieu pour faire lever le siège

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d'Orléans et pour comluire le priiicf à Reims, où, Jésus-Christ étant déclaré suprême roi de France, Cliai'Ies recevrait en son lieu et place la consécration et les insignes de la royauté. Le roi fut stupéfait en entendant ces paroles; mais, afin d'agir avec plus de prudence et de sûreté dans une affaii'c si importante, il envoya Jeanne à Poitiers pour y être examinée par une commission d'hommes éminents. On y remarquait l'arclievêque de Reims, chancelier du l'oyaume, l'évêque de Poitiers et des docteurs distingués, tant du clergé séculier que du clergé régulier, lesquels tous, peu après, renvoyèrent la Pucelle avec une éclatante attestation où, après avoir rendu témoignage au l'oi de sa foi, de sa piété, de sa virginité et de sa simplicité, ils reconnaissaient sa mission divine.

Ensuite cette jeune fille, qui n'avait pas l'usage du bouclier et du casque, on la vit, à l'étonnement de tous, monter sur un cheval de guerre; tenant d'une main l'épée, de rautre lui étendard qui portait l'image du Rédempteur, elle se livra aux périls et aux travaux des combats et se précipita hardiment au milieu des ennemis. C'est chose incroyable combien elle a osé, combien elle a supporté patiemment d'insultes et de moqueries de la part des adversaires, combien de prières accompagnées de larmes et de jeûnes elle a répandues devant Dieu, afin que les vainqueurs fussent chassés d'Orléans, et qu'ayant ensuite enrichi la France de nouveaux triomphes, rétabli et assuré le droit du royaume, elle pût, même pour l'avenir, écarter, avec l'aide de Dieu, le péril menaçant de faire perdre la prospérité et la paix, et de porter atteinte à la religion des aïeux.

On voyait Jeanne, qui avait toujours à côté d'elle son confesseur, prendre tous les moyens pour préserver les soldats de ce qui pouvait corrompre les mœurs, prosciivant diverses excitations au mal et procurant l'assistance des saints prêtres pour favoriser la piété. Plus puissant encore était l'exemple de la Pucelle, qui offrait quelque chose d'angélique par l'exercice de toutes les vertus, principalement de la plus ardente charité envers Dieu et envers le prochain. Cette charité Ijrilla à tel point à l'égard même des ennemis, que non seulement Jeanne ne Idessa aucun d'eux de l'épée ou de la haclie, mais que ceux ([u'elle voyait gisant à terre blessés, elle les faisait relever sur-le-champ, secoui'ir et soigner, à la grande admiration de tous.

Enfin, se portant ici et là comme un vaillant capitaine, elle délivra des ennemis la ville d'Orléans et rendit la paix à la population effrayée. Outre cela il faut attribuer à Jeanne le retour dans l'obéissance au roi de tout le territoire avoisinant la Loire et des villes de Troyes, de Châions et de Reims, et aussi le sacre solennel du roi à Reims.

Pour tant et de si grands bienfaits, par la volonté de Dieu qui voulait éprouver sa servante, toutes sortes de souffrances furent infligées à la Pucelle. Abandonnée on trahie par les siens, elle tomlje aux mains cruelles

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ti'eiiiKMiiis qui lii voMdcnl.el, cliarg/'e île cliaiiies , soiiinise dans sa pi'isoii nuit el joiu' à mille vexations, elle est enlin, ])ar un ciime suprême, coninie luM'étique et relapse, en vertu de l'inlipie sentence des juges qui participaient au concile schismatique de Bàle, livrée aux llammes.

Nourrie de la sainte Eucharistie, les yeux attachés sur la croix pendant que son corps hrùlait, exhalant sans cesse le nom de Jésus, elle con(piit la mort précieuse des justes, qui, signalée |)ar des prodiges célestes, d'après ce que rapporte la renommée, excita à tel point l'admiration des assistants, que ses ennemis en furent épouvantés. Il y en eut qui s'en retournèreut de cet horrible spectacle eu se frappant la poitrine ; bien phis, le bourreau lui-même proclama hautement l'innocence de la Pucelle qu'il venait de tuer. Les hommes rentrèrent alors en eux-mêmes, et ils se mirent aussitôt à vénérer Jeanne comme sainte sur le lieu même de son supplice, de telle sorte que, pour soustraire au peuple les reliques de la Pucelle, son cœur, qui était resté intact au milieu des flammes, et d'où le sang coulait, fut jeté dans le fleuve avec ses cendres par les ennemis.

Charles VII étant rentré eu possession de son royaume, et les affaires publiijues étant rétablies en Finance, le pape Calixte III, sur la demande de la mère et des frères de Jeamie elle-même, institua des juges apostoliques pour la revision du procès en vertu duquel la Pucelle avait été condamnée au feu. Ces juges, après avoir entendu cent vingt témoins de tout âge et de toute condition, rendirent une sentence, le 7 juillet 1456, par laquelle le premier jugement était cassé et l'innocence de la Pucelle déclarée.

La renommée de sa sainteté s'étant continuée sans interruption pendant quatre siècles, il est arrivé enfin qu'à notre époque l'enquête ordinaire sur cette renommée de sainteté et de vertus a été faite dans la curie ecclésiastique d'Orléans. Cette enquête, régulièrement accomplie, ayant été transmise à la sacrée Congrégation des Rites, N. T. S. P. le pape Léon XIII a daigné concéder que le doute touchant la signature de la commission d'introduction de la cause de la servante de Dieu fût posé, comme il vient de l'être, dans la réunion ordinaire de la même sacrée Congrégation.

Eu conséquence, sur les instances du Ri"'- i-vêque d'Orléans et du Rme p. Arthur Captier, supérieur général de la Compagnie de Saint- Sulpice, postulateur de la cause, et étant prises en considération les lettres postulatoires d'un grand nombre d'Eiix^^ et R"":» cardinaux de la S. É. R. et d'évêques, non seulement de France, mais encore d'autres pays divers et très éloignés, lettres auxquelles d'innombrables membres du clergé et, pour ainsi dire, le monde catholique tout entier ont adhéré, dans la séance ordinaire de la sacrée CongréL;alion des Rites, tenue le joiu' sous-indiqu('' au Vatican, a ét(' [iroposé à la discussion par l'E™" et

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