JÉSUS, MARIE
“Très chers et bons amis, comme il ne tient qu'à vous de l'être, sei- ‘æneurs, bourgeois et habitants de la ville de Troves, Jeanne ln Pucelle ‘vous mande et fait savoir de par le roi du ciel, son souverain Seigneur,
lont elle accomplit tous les jours les ordres royaux, que vous fassiez vraie obéissance, comme à votre lévitime souverain, au gentil roi de ‘ France, qui sera bientôt à Reims et à Pari nimporte qui vienne à l'encontre, et en ses bonne villes du saint royaume, avec l'aide du Roi Jésus. Loyaux Français, venez au-devant du roi Charles, et qu'il n'y ait point de votre faute, ou sinon, prenez garde à vos corps et à vos biens, si vous ne faites ainsi. Et ainsi ne faites, je vous promets et certifie sur vos vies que nous entrerons, avee l'aide de Dieu, en toutes les villes qui doivent être du saint royaume, et v ferons
bonne paix et ferme, n'importe qui vienne à l'encontre. A Dieu vous
recommande, Dieu vous garde, s'il lui plait, Répondez au plus tôt, Devant la cité Troves, écrit Hi! Saint-Phal le mardi quatrième jour de lillet,
Le ins me jour, le roi écrivit aux habitants de Reims une lettre datée
le Brinon l’Archevèque. IT leur manduit"au'ils devaient avoir recu nouvelles de la bonne fortune et victoire qu'il avait plu à Dieu de lui donner sur les Anglais, ses vieux ennemis, devant la villle d'Orléans,
et depuis à Jargean, Beaugeney et Meung-sur-Loire, Ils ne pouvaient
quatre nille avaient été ou tués ou faits pri nniers Ces choses étant
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venues plus par grâce divine que par œuvre humaine, de l'avis des princes du sang et de son grand conseil, il s'était mis en route pour se rendre en cette ville de Reims, afin d'y recevoir son sacre et couronnement, C’est pourquoi il leur mandait qu'attendu la loyauté et l’obéissance qu'ils lui devaient, ils se disposassent à le recevoir de ln même façon qu'ils avaient reçu ses prédécesseurs. Quant au passé, il n'y avait point à craindre qu'il gardât le mémoire des offenses qu'on avait pu lui faire, et il leur certifiait que, s'ils se conduisaient envers lui comme ils le levaient, il était disposé à les traiter en toutes choses comme de bons et loyaux sujets. S'ils désiraient être informés plus à plein de ses intentions, ils n'avaient qu'à envoyer par devers lui quelques-uns des leurs, en tel nombre qu'il leur plairait ; il recevrait leurs députés avee grand plaisir, et leur donnerait toutes les sûretés désirables pour l'aller et pour le retour.”
Le mercredi 5 juillet, à neuf heures du matin, après une assez vive escarmouche avec la garnison anglo-bourguignonne, l’armée royale campa sous les murs de Troyes. Les habitants mandèrent aussitôt aux bourveois de Reims qu'ils allaient être assiégés, mais qu'ils étaient décidés à la résistance. Ils leur firent part en même temps de ln réponse qu'ils avaient faites aux propositions que le roi Charles leur avait adressées par lettre closes, signées de sn main et scellées de son sceau secret. Ces lettres avaient été lues en conseil ; mais on avait interdit l'entrée de la ville aux hérauts qui les apportaient, La réponse était conçue à peu près en ces termes :
‘ Les seigneurs, chevaliers et écuyers qui occupent la ville de Troyes au nom du roi Henri VI et du duc de Bourgogne, ont fait jurer aux habitants de ne pas admettre en ladite ville une force supérieure à celle de la garnison, sans l'exprès commandement du duc de Bourgogne. Les bourgeois n’osent violer ce serment, et ils prient qu'on les excuse; car, quel que soit leur bon vouloir, ils ne peuvent rien À cause de la multitue des gens de guerre qui occupent leur cité.”
[ls promettaient aux bourgeois de Reims de se défendre jusqu'à la mort: mais ils les suppliaient de demander en leur nom des secours au lue de Bedford et au due de Bourgogne. Quant à la Pucelle, ils la qualifiaient de coguarde (hâbleuse), “ C'est une folle. disaient-ils ; sa lettre n'a pas le sens commun. Nous en avons bien ri: puis nous l'avons jetée
iu fou sans v faire auouna i
[est aisé de démêler, au milieu de ces plaisanteries de mauvais
ss JEANNE D'ARC
goût et de ces protestations de fidélité à la cause anglaise, une double
frayeur, D'une part, en effet, les habitants de Troyes ne se souciaient
guère de courir le risque d'une prise d'assaut, et ils avaient beaucoup
plus de peur de la Puacelle qu'ils n'en voulaient avoir l'air, Kt puis ils
étaient Français dans le cœur: et, au fond. ils ne pouvaient souffrir
les Anglais, Mais, d'autre part, la garnison anglo-bourguignonne qui |
occupait leur cité tenait en bride leurs sentiments intimes : elle pouvait |
châtier cruellement une tentative de défection. et, dans leur prudence
bourgeoise, ils étaient fort embarrassés entre les deux dungers qui les menacalent, IIS avaient en ce moment dans leurs murs un personnage assez
étrange, C'était un cordelier nommé frère Richard. Au commence-
ment d'avril 1429, il était venu à Paris, et ses sermons avaient attiré,
tantôt à Sainte-Geneviève, tantôt au charnier des Innocents, jusqu'à cinq où six mille auditeurs. Le 30 avril au soir, une partie de la popution S'était portée à Montmartre, où il devait prêcher le lendemain matin, Mais l'orateur ne parut point; car l'autorité anglaise, toujours peu rassurée, et qu'effrayaient ces rassemblements qui pouvaient aisément tourner en émeute, l'avait contraint de s'éloigner, Frère Richard setait rendu à Auxerre; puis, toujours prêchant, il avait parcouru une partie ‘le la Bourgogne et de la Champagne. Il prétendait avoir été à Jérusalem, et en rapporter la nouvelle que l’on verrait vers 1430 les choses les plus étonnantes, Il citait à l'appui de sa prédiction l’Apocalypse et le témoignage, plus où moins exactement interprété par lui, d'un saint religieux, frère Bernardin de Sienne, qui, dans le même temps, préchait en Italie. Si l'on en croit la Chronique de la Pucelle, il était
déjà venu à Troves l’année précédente, pendant l'Avent, et tous les
jours il n'avait cessé de ri peter ix habitants :“$S ‘mez des fèves larcenent ; celui qui « nir viendra bientôt.” À tout prendre, ce n'était ï qu'un visiom il ivait aequis, par son tal parole, une assez granile aut SL 3 popuations il avait Ï itants l'rov: nvoverent à Pu afin «dde savoir quoi n tenir su) con e de cette fi l 1il alent pas éloirnés de croire sorcièr jt y fei niet ul 1} our tromper les æ De Anglais, de regarder comm: Ile ère R ul arrivant auprès + MER .de Jeanne, se mit à faire de oran sign le | l'asperger ;
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de Charles VIT et les conseils pusillanimes ou intéressés de son entourage, se hâta-t-elle de rejoindre à Sully-sur-Loire son noble dauphin. Elle le trouva de plus en plus dominé par la détestable influence du favori la Trémoille, et tout d’abord elle essuya un refus quand elle voulut tenir la promesse qu'elle avait faite à Richemont. Le roi refusa absolument d'admettre le connétable en sa présence, et lui fit renouveler à Beaugeney, où il attendait la décision de la cour, l'ordre de se retirer dans ses terres,
Charles, nous l'avons dit, avait contre le connétable de justes griefs ; mais, il pouvait redouter à bon droit de subir encore le joug que celuici avait fait autrefois pour peser sur Jui, comment, d'autre part, ne se sentait-1l pas le courage de secouer celui de la Trémoille, et agissant en roi, appuyé sur le dévouenent de Jeanne d'Arc, de reprendre personnellement la direction de son conseil et de ses armées, pour les conduire avec énergie dans le sens indiqué par le Ciel et par la victoire? Ce qui désolait surtout la Pucelle, c'était l’étranve froideur., l'inertie incompréhensible de ce prince, qu'il fallait, pour ainsi dire, mener de force au triomphe ; elle insista tellement, qu'elle réussit enfin à l’entrainer hors de la résidence de Sully, propriété de la Trémoille, Le 22 juin, il vint à Chàteauneuf, En passant à Saint-Benoit-sur-Loire, il dit à Jeanne qu'il avait pitié d'elle, qu'elle se donnait beaucoup trop de mal, et qu'il l’engaà se reposer. L'héroïque enfant se prit à pleurer. “ Pourquoi doutezvous ? répondit-elle; vous aurez votre royaume, et vous serez bientôt couronné.”
À Châteauneuf, Charles tint plusieurs conseils, où assistèrent les principaux seigneurs et chefs de guerre. Les objections contre le vovage de Reims furent nombreuses et obstinées, “ C'était, disait-on, sexposer à un échec presque inévitable, que de s'engager ainsi sans précautions en plein pays ennemi, où l'on rencontrerait des villes de guerre, des châteaux forts munis dé bonnes garnisons, Était-il prudent de laisser derrière soi des places comme Bonny, Marchenoiïr, Cosne et la Charité ? Ne valait-il pas mieux jouir tranquillement des victoires récentes, et les compléter en chassant ce qui pouvait rester encore d’enne-
la orande et
mis dans la vallée de la Loire ? Le roi d'ailleurs (c'était sempiternelle objection), n'avait pas d'argent pour payer ses troupes ; et sans argent il ne falluit pas compter reti pir beaucoup de soldats sous les drapeaux.” Jeanne les laissait dire et se bornait à leur répondre
qu'il fallait uiler à Reims, et que “c'était la volonté de Dieu”. Les