‹ Jeanne d'Arc [microforme]Chapitre 27 sur 59 · RER 5-9 T · texte numérisé non relu

RER 5-9 T

loin de suivre la retraite, Jeanne était demeurée presque seule sous les murs de la place. Aussitôt, craignant pour l’héroïque jeune fille, que le roi avait spécialement confiée à sa garde, il oublie sa blessure, monte à cheval, court vers elle, et lui demande ce qu’elle fait là, et pourquoi elle ne se retire pas comme les autres. La Pucelle, qui semblait animée d’une ardeur extraordinaire, lui répond en Ôôtant son casque de dessus sa tête : “Je ne suis pas seule : j'ai encore en ma compagnie cinquante mille de mes gens; je ne partirai point d'ici que la ville ne soit prise. ”—" Elle n'avait pourtant avec elle, j'en suis bien sûr, rapporte Jean d’Aulon, que quatre ou cinq hommes.” Le bon écuyer renouvelle ses instances, Pour toute réponse, Jeanne lui commande de faire apporter des fagots et des claies, pour faire sur les fossés de la ville un pont où les assaillants, puissent passer, Elle-même crie d’une voix forte : “ Aux favots, aux claies tout le monde, afia de faire le pont!” Les Français l'entendent, ils reprennent courage ; ils accourent en foule, Le pont est aussitôt établi: on arrive au pied des murs, on dresse les échelles, on escalade, La résistance cesse comme par enchantement, et voici que la ville est prise. Les vainqueurs se livrent au pillage, leur cupidité ne recule pas mème devant le sacrilège : ils }. aètrent dans une église, et veulent enlever les vases sacrés. Mais Jeanne ne le peut souffrir; elle les réprimande avec une vigueur singulière, et reprenant sur ces hommes farouches tout l’ascendant qu’elle exerçait sur eux naguère, elle préserve la maison de Dieu. Sa piété est toujours ln inême, aussi bien que son héroïsme, Mais, si ses aptitudes militaires lui demeurent, son inspiration n’a plus la netteté surnaturelle d'autrefois.

Après ce brillant fait d'armes, le conseil, poursuivant l'exécution de son plan, résolut d'envoyer Jeanne devant la Charité-sur-Loire. Mais tel n'était pas l'avis de la Pucelle; car ses voix demeuraient muettes, et pour elle, c'était en France, c'est-à-dire dans l'Ile-de-France et la Picardie, qu’elle voulait aller, dans ces bonnes villes qui l'avaient si bien reçue avant et après le sacre, près de ce Paris qui lui tenait toujours au cœur. Mais, comme on fit appel à son dévouement, elle se soumit. Iln'en fut pas de même de Catherine de la Rochelle, qu'on voulait envoyer avec Jeanne au siège de la Charité. Cette aventurière répondit qu'il faisait trop froid. Au surplus, cette indigne rivale de la Pucelle s’attribuait depuis quelque temps des aptitudes différentes de celles d'un chef de ouerre, Elle demandait qu'on mît à l'essai son talent diplo-

matique, et offrait d'aller trouver le duc de Bourgogne pour faire la paix.

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Toute l'artillerie tomba au pouvoir de l'ennemi, et

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Cest alors que Jeanne prononça cette belle parole, que nous avons déjà plusieurs fois citée, et qui ne fait pas moins honneur à son bon sens qu'à

son patriotisme : “ Il me semble qu'on n'y trouvera point de paix, si

ce n'est par le bout de la lance, ”

Dès qu’elle eut consenti à diriger l'expédition, Jeanne fit tout son possible pour en assurer le succès. Elle n'avait pas d'artillerie: elle en demanda aux habitants de Riom. Elle s’adressa aux bourgeois d'Orléans, le Bourges, pour avoir de l’arcent, des munitions, des vivres: car ln cour, qui l’envoyait faire ce siève mal

gré elle, la laissait Pourtant manquer de tout.

La Pucelle, accompagnée de Charles d'AIl

ret et du maré-

Elle court à bride abattue.

chal de Boussac, parut, le 24 novembre, sous les murs de la place; mais

le siège traîna bientôt en longueur, les assauts furent repoussés. Le

conseil royal s’abstenait d'envoyer aucun se. rs d'aucune espèce, Le

capitaine de la ville, Perrinet Grasset. Bourguignon plein de vaillance française s'user en d’infructueux efforts.

Enfin, après un mois de souffrances pour les soldats et d'angoisses pour la Pucelle, que ses conseils ne soutenaient point, il fallut lever le siève,

ainsi fut consommé

échec de Jeanne d'Arc. Parmi les causes de ce revers, il en

dit-on, l'on pourrait soupçonner

NV

la main de la Tr moille, Toujours est-1l que, le 11 janvier 14530, moins nage, d'un mois après la levée du siège, la Charité se rendit spontanément au d'Ang roi de France, après que treize cents écus d'or y eurent été expédiés de lu Si Bourves, jui lu Quand la Pucelle reparut à Mehun-sur-Yèévre en Berri, où le roi due di tenait alors sa cour, celui-ci eut du moins le bon sens de ne pas Sortar lui imputer un échec dont les conseillers de In couronne étaient seuls rassemr responsables, Charles, Dieu merci! n'eut jamais pour la Pucelle l'in- Cham] signe malveillance d’un Regnault de Chartres ou d’un la Trémoille. Il quiétu la soutint trop mollement durant ses vlorieuses campagnes ; il l’aban- archev donna trop aisément ensuite aux jalouses inimitiés de ses conseillers ; leurs d

mails, tant qu'elle vécut à ses côtés, il lui témoigna une affection réelle, it dé diatem

De

quitté

à dont il n'aurait pas demande mieux que de lui prodivuer les marques, pourvu qu'elle voulût se tenir tranquille, se reposer, ou servir d'instru-

ment docile à la politique tortueuse de ses favoris. En ce moment, loin vait en

le Sull

de lui témoigner de la froideur, il se montra à son égard plein de bonne

œrace et de générosité royale, Il lui maintint ua train de maison digne

d'un comte, lui fit don de belles armes, de riches vétements, de chevaux de ous 88

prix, Il fit plus : par lettres patentes donnnées à Mehun-sur-Yèvre, en res

décembre 1429, et contresignées l« Trémoille, il l'anoblit, elle et toute sa personr , 0 . ET . . . » + or i

famille; et, par un privilège tout particulier, il décida que la noblesse, tb u dans la famille de Jeanne, se transmettrait par les femmes comme par la can

mème, €

Cette fo

les hommes, Dès le 2 juin, il lui avait concédé des armoiries, et ce bla-

son était noblement et ingénieusement imaginé : c'était une épée d'or, la

pointe en haut, sur un champ d'azur, entre deux Heurs de lis, Mais MER Jeanne s’abstint d'en faire usave, préférant les religieux insignes qu'elle un lang: avait fait peindre sur sa bannière, “ Persécutée de prévenances et d'hon- Le 1 neurs, ” elle laissait faire, tout en gardant toujours sa naïveté angélique, venait d son héroïque simplicité, Mais son ame était pleine d'angoisses ; elle ce Jour-l

ES Ê . + / : / . Sal -Je souffrait vivement de ce repos qui lui était commandé par le roi, unt-Je

. : ; + + . u'elle tandis que la guerre se rallumait dans l'Ile-de-France et la Picardie, et [elle n » . , . le "n1 que le due de de Bourgogne, se rapprochant décidément des Anglais, se iendrai

disposait à reprendre les hostilités sans même attendre l'expiration de les lui

À = oyrrt à la trêve conclue avec Charles VII. rrible, . . * . . . V£ 1 ee Le gouvernement anglais avait fait les derniers efforts pour s'assurer ut fx 6e . t . . sr u’elle le concours actif du puissant vassal, si vivement courtisé par les con- velle m

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seillers du roi de France, au'il avait déià tant de fais dupés, Informé

que Charles VIT avait promis à Philippe le Bon de lui donner en apa- 16, eb qi

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de lis. Mais nsignes qu'elle ances et d’honveté angélique, ngoisses; elle dé par Île roi, la Picardie, et des Anglais, se

‘expiration de

pour s'assurer

par les con-

)nner en apa-

nage, s'il fuisait la paix, les comtés de Champagne et le cons:

d'Angleterre les lui avait immédiatement accordés par lettres patentes

lu 8 mars 1430, en y joignant un don de douze mille cinq cents livres qui lui furent immédiatement payées, maloré la pénurie du trésor, Le

duc de Bourgogne se mit alors à dessiner, plus nettement sn politique,

Sortant des ambiguités où il s'était complu depuis plusieurs mois, il

rassembla ses forces et commença à menacer les places francaises de la }; ;

Champagne et de la Picardie, Les habitants de Reims, dévorés d'in-

quiétude, s'adressaient au lieutenant général comte de Vendôme, à leur

archevêque, Regnault de Chartres, et surtout à ln Pucelle, Jeanne, dont leurs dépêches excitaient l'indignation et enflammaient le courage, résolut de rompre, s'il le fallait, avec le conseil royal,

et de se porter immédiatement sur le théâtre de ln guerre,

Depuis son retour du siège de la Charité, elle n'avait presque pas

En ce moment (derniers jours de mars 14:

vait en sa compagnie, et résidait

quitté le roi, 30), elle se troudepuis un mois environ au château fort

de Sully-sur-Loire, propriété du favori lu Trémoille, qui tenait ainsi Sous sa main, resserrés entre les étroites limites de son égoïsme, le gouvernement, dans la personne du roi, et le sentiment national, dans la

personne de la Pucelle, Jeanne, pour s'éloigner, usa de stratagwème, Elle

sous prétexte d'aller se divertir t la can:pagne; inais une fois aux champ:

ortit un jour sans prendre congé du roi,

, en pleine possession d'elleméme, elle prit avec une faible escorte le chemin de l'Ile-de-France.

Cette fois, hélas ! elle ne courait pas à la victoire, mais à la captivité et

an martyre, Ses voix, qui depuis quelque temps sans doute lui tenaient

un langage de plus en plus sombre, le lui furent bientôt entendre, ss

Le 15 avril 1430, la Pucelle se trouvait sur les fossés de Melun, qui

venait de reconnaitre l'autorité du roi de France, Ses saintes lui firent

ce jour-là une douloureuse révélation. Elles lui apprirent qu'avant la Saint-Jean prochaine elle serait prise, qu'il fallait qu'il en fût ainsi ; ju'elle ne s’étonnât donc point, mais prit tout en gré, et que Dieu lui ‘iendrait en aide. Depuis lors jusqu'à la fatale sortie de C

ompiègne, Îles lui répétèrent maintes fois, presque tous les

Jours, cette prédiction

errible. Mais Jeanne ne put savoir d'elles l'époque précise que Dieu

vait fixée pour sa captivité: et quand elle suppliait ses voix d'obtenir

u'elle mourût sans souffrir 3 tourments d'ane longue prison, elle ne

ecevait point d'autre réponse, sin tait que la prédiction s’accomlit, et qu’elle prit tout en gré. Jeanne alors, sans revenir sur la décision

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