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en pénétrant dans le cachot, aperçurent Jeanne revêtue d: ; 4 habits d'homme. Cauchon, faisant l’'étonné, lui demanda pourquoi esie les avait repris, qui les lui avait fait reprendre. “Je les ai repris de moi-même sans contrainte, aurait-elle répondu, si l’on en croit le procès verbal, justement suspect, de cet interrogatoire ; j'aime mieux l’habit d'homme que l’habit de femme, — N'aviez-vous pas promis et juré de ne pas reprendre l’habit d'homme ? — Je n'ai jamais eu l'intention de prêter un tel serment.— Mais pour quelle cause avez-vous repris cet habit ?— Parce qu'il est plus honnête à moi d’avoir un habit d'homme, puisque je vis avec les hommes.” Elle ajouta : “Je l'ai repris parce qu'on ne m'a pas tenu ce qu'on m'avait promis, c'est-à-dire que j'irais à la messe, que je recevrais mon Sauveur, et qu'on me mettrait hors des fers. — Oui ou non, avez-vous juré l’autre jour de ne plus porter cet habit ?— J'aime mieux mourir que de demeurer dans les fers; mais, si l'on veut me laisser aller à la messe et m’enlever les fers, si l’on veut me donner une compagne qui soit ma sauvegarde, je serai bonne, et je ferai ce que l'Église voudra, — Quelque chose que l’on m'ait fait renier, je n'ai jamais rien fait contre Dieu ni contre la foi, Ce qui était en la cédule de l’abjuration, je ne l'entendais point. Mais à cette heure, je le déclare formellement, je n'entends rien révoquer, sauf le bon plaisir de Notre-Seigneur. Toutefois, si les juges le veulent absolument, je reprendrai l’'habit de femme. Quant au reste, je n’en ferai autre chose.” En sortant de la prison, Cauchon rencontre dans la conr du château le comte de Warwick, environné d’une multitude d’Anglais. Il leur fit signe de la main et leur cria d’un air joyeux et d’une voix forte: “ Farenwell ! farewell ! Faites bon visage ; c'en est fait, elle est prise !”
Jeanne, en effet, était relapse. Cauchon avait atteint son but, il l'avait même dépassé.
Le mardi 29 mai, les juges prirent séance dans la chapelle de l’archevêché, assistés de trente-neuf où quarante assesseurs. Après avoir exposé les faits qu'il entendait qu’on les comprit, Cauchon mit la nouvelle cause en délibération. La Pucelle fut tout d’une voix déclarée relapse.
Le mercredi 30 mai 1431, de grand matin, Jean Massieu pénétra dans la prison. Il cita la Pucelle à comparaître, à huit heures, devant ses juges, sur la place du Vieux-Marché, pour s'entendre publiquement retrancher du nombre des fidèles, et être ensuite livrée au bras séculier. Il achevait de remplir ce triste office, quand arriva Ladvenn charré
d'entendre Jeanne en confession et de la préparer à bien mourir. Jeanne
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Jeann Vous :
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de l’archeprès avoir it la nourée relapse.
eu pénétra res, devant bliquement
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ir. Jeanne
commença alors à exhaler Promenant sur sa tête une main convulsive
“Hélas ! peut-on me traiter si cruellement ! Quoi!
entier, qui ne fut jamais corrompu, se
cendres! Oh! j'en appelle devant Dieu, le grand Juge, des et ingravances qu’on me fait,”
Et les sanglots soulevaient sa poitrine,
visage. Comme Ladvenu essayait de la consoler, lui parlant du cie]
l’évêque entra, suivi de plusieurs docteurs, Il venait guetter les suprêmes
Jeanne est annoblie par le roi,
angoisses de sa victime, et pendant qu'il le pouvait encore, lui tendre
Dès qu’elle l’aperçut, elle Jui jeta, à travers ses larmes, cette parole vengeresse :
une dernière embüûche.
“Évêque, je meurs par vous!— Ah!
Jeanne, répondit-il de son ton hypocrite, prenez vos douleurs en patience.
Vous mourez parce que vous n'avez pas tenu ce que vous nous aviez pro-
mis, et que vous êtes retournée à votre premier maléfice,
à F4 Li Cauel it
30 résoiut de profiter du désespoir de la Pucelle pour se délivrer du souci qui le tourmentait depuis deux jours,
Après l'avoir
ses plaintes, À pousser des cris de douleur.
», elle s’arrachait les cheveux.
mon corps net et ra aujourd'hui consumé, réduit en
grands torts
et les larmes baignaient son
en
EN
RE Ten
ln Méanen
déclarée hérétique, lui avoir fait abjurer son hérésie, avoir enfin réussi à la condamner comme relapse, il s'agissait maintenant de la ramener à cette abjuration qui ne pouvait la sauver: il s'agissait de lui faire “enier, au pied du bûcher, devant tout le peuple, s'il était possible, ou t.ut au moins dans la prison, devant les docteurs, ses?voix, qui semblaient l'abandonner au moment suprême ; il fallait surtout la décider à ne point proclamer en public la vérité de cette mission pour laquelle elle était née, pour laquelle elle allait mourir.
Loiseleur, instrument docile, valet prêt aux besognes les plus rebutantes, essaya de décider la condamnée à se rétracter publiquement, mais il n'y pui réussir.
Quand l'évêque sefut retiré, Jeanne, dans l’âme de laquelle la pure flamme de la foi catholique brillait toujours du même éclat, quelque doute qu'elle pût concevoir au sujet de ses visions, se confessa par deux fois au dominicain Ladvenu; puis elle demanda la communion, Mais fallait-il l'accorder à celle qu’on allait bientôt retrancher de l'Église ? Massieu fut envoyé vers Cauchon pour prendre ses ordres. J’accorde la permission ; donnez-lui tout ce qu’elle vous demandera.”
Jeanne attendait dans le recueillement et dans la prière. Elle reçut son Sauveur avec un amour, une piété si vive, que le dominicain, témoignant lors du procès de réhabilitation, dit qu’il faut renoncer à les décrire, “ Maître Pierre, dit-eile au théologien Pierre Maurice, qui était demeuré dans sa prison, où serai-je ce soir ?— N'avez-vous pas foi en Dieu, ma fille?” répondit le docteur près de pleurer à son tour, “Oh! oui, reprit Jeanne, j'ai confiance; je serai ce soir en paradis !”
Cependant l'heure du départ était arrivée. Le bourreau attendait la condamnée dans la fatale charrette. Jennne y monta: Massieu et Ladvenu y prirent place à ses côtés. Cent vingt Anglais armés de glaives, de lances, de bâtons, formaient l’escorte et devaient écarter les curieux, Comme on sortait du château, Jeanne aperçut, se détachant de la foule, le chanoine Loiseleur qui accourait vers elle,
Pris de ce remords soudain qui atteint souvent les grand criminels quand le crime est conson:mé, ce misérable voulait obtenir son pardon. Il s'élance sur la charrette, il s’y cramponne. Mais les soldats le repoussent; ils le maltraitent, Sans Warwick, ils l’auraient tué, Un instant suspendue par cet incident, la marche recommence. Jeanne prie, elle pleure ; de t'mps à autre ce cri s'échappe de ses lèvres: “ Rouen! Rouen! est ce
ici que je dois mourir ?”
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Quatre échafauds s'élevaient sur la place du Vieux-Marché, où
spectateurs, tant de Rouen que cardinal d'Angleterre, les évê Noyon, de Norwich, le chance
pressaient plus de dix mille
Sur l’un siévenient le ques de Beauvais, de
lier Louis de Luxembourg, évêque de Thé.
rouanne, le vice-inquisiteur Jean le Maître, et un grand nombre de doc-
teurs. Le second reçut le bailli de Rouen,
Raoul Bouteiller, son lieutenant Pierre Daron, e
t Laurent Guesnon, son assesseur, avec leurs ser. gents et officiers, Sur le troisième prit place Nic
olas Midi, prédicateur désigné, A neuf heures, Jeanne y
monta, vêtue d'une chemise longue, telle que jadis elle l'avait soul
initée, la tête coiffée d'un chaperon qui
cachait ses cheveux ras, et se rabattait comme un voile sur
son visage, Ladvenu et Massieu l'accompagnaient : Y
‘sambard vint la rojoindre, Le quatrième échafaud était le |
cher, d'une effrayaute hauteur. I une assise en maçonnerie
degrés, et qui supportait un poteau
æes Fagots s'entassaient sur , à laquelle on arrivait par des très élevé, Au sommet du poteau
un vaste tableau présentait aux regards de la foule ces mots, écrits en
“Jeanne, qui se fait nommer Ja P nicieuse, abuseresse
gros Caractères : ucelle, menteresse, perdu peuple, devineressse, superstitie
use, blasphémeresse de Dieu, présomptueuse,
mécréante en la foi, vanteresse, idolâtre, , apostate, schismatique et hérétique.” Après une courte exhortation, Cauc
cruelle, invocatrice de diables
hon donna lecture de la sentence.
“ Jeanne étant retournée, à douleurs ! à ses erreurs et à ses crimes, comme
omissement,” il la retranchait de l'Église, et ulière, priant toutefois celle-ci, suivant la formule que lui imposait une antique tradition de toriale, formellement rappelée dans le de
un chien qui retourne à son v
il la livrait à la puissance séc
la procédure inquisirnier vote des assesseurs, d'éviter t la mutilation des membres”, en face de son innocente victime et du bûcher!
à la condamnée “la mort e Il disait celu
Jeanne était jusa u'alors, sauf quelques sou irs, quelques sanglots, Jusq I 1 1 5
Elle se jette à genoux, et commence à faire à ntations et ses prières. “Sainte Tri.
nité, ayez pitié de moi, Je crois en vous.
demeurée dans le silence.
haute voix devant la foule ses lame
Jésus ayez pitié de moi. Priez pour moi, Ô Marie! Saint Michel, saint Gabriel
, Sainte Catherine, sainte Marguerite, sovez-moi en aide!
Vous tous qui êtes ici, pardonnez-moi
comme je vous pardonne, Vous prêtres, dites chacun une messe pour le
repos de mon âme! Qu'on n’accuse pas mon roi: il n’a point trempé
dans ce que j'ai fait; et, si J'ai feit mal, il est innocent, © Jésus !
& saintes du paradis, protégez-moi !
Marie! bonoîts saints e
secourez-moi !
se
des environs,
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Rouen! Rouen! seras-tu mon tombeau ? Est.ce ici que je dois mourir ?” L'émotion gagne le peuple, le bailli sur son échufaud, les docteurs, les prélats descendus de leu: estrade, et soudain s'élève dans les airs un concert de gémissements et de sanglots, Quelques Anglais riaient pour-
tant, Mais voici que les yeux de Winchester ont rougi, il pleure, et Cuu-
n a versé des larmes!.., La panique déjà commence, et beaucor p ient pour n'en pas voir davantage,
Cependant la soldatesque angluise, ces fnrouches mercenaires que
rien n'émeut, commencent à s'impatienter: “Hé! prôtre, crient-ils à
lean Massieu, nous ferez-vous diner ici ?
hafaud, et avertissent la condamnée qu'il faut descendre. On lui
” Deux sergents montent sur
enlève son chaperon, on la coiffe d'une mitre de papier, où sont écrits ces mots : “ Hérétique relapse, apostate, idolâtre.” On l’entraîne vers le Juge séculier, qui, voyant la fureur des Anglais, ne prononce aucune sentoace ; il fait seulement signe de la main en disant : “ M\ \eZ, menez.”
Jeanne est sur le bûcher ; son confesseur l'y a suivie, et il l’'exhorte avec tendresse, Elle est liée au poteau, et promène ses regards sur cette foule qui l'environne, “Ah! Rouen! Rouen! s'écrie-t-elle. j'ai bien peur que tu n'aies à souffrir de ma mort” Soudain elle pousse un cri: “ Maitre Martin, prenez garde, descendez..., le feu.” Le bourreau venait d'allumer le feu par en bas. Ladvenu rejoint Ysambard au pied du bûcher, et ils ne cessent tous deux de parler à Jeanne à travers les flammes, de tenir le crucifix devant ses yeux. Cependant la fumée s'élève, le bois pétille, la flamme terrestre enveloppe le corps de la Pucelle et au même moment le feu divin de l’extase embrase son cœur : elle voit les anges, elles voit les saintes: elle comprend la délivrance, “Saint Michel! saint Michel! Non mes voix ne m'ont pas trompée, ma mission était de Dieu! Jésus! Jésus!” La douleur lui arrache un dernier cri d'angoisse : “ De l’eau! de l’eau bénite!” Mais bientôt elle redit avec une énergie nouvelle: “Jésus! Jésus! Jésus!” Et elle meurt en criant: “ Jésus !”
Le bourreau écarta les flammes, pour montrer à la populace qu'il n'y avait pas eu de subterfuge, de substitution de personne, que c'était bien la Pucelle qui avait été brülée vive; pais, rapprochant les fugots et attisant l'incendie avec de | hui : du soufre il acheva son œuvre, Les restes de la vierge de K -à-dire un peu de poussière, quelques ossements, son cœur et ses entrailles, furent jetés dans la Seine par l’ordre de Winchester. Le bourreau ne pouvait se consoler d’avoir servi d’instru-
ois mourir ?”
docteurs, les airs un conriaient pour.
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cenaires que , crient-ils à montent sur dre, On lui \ sont écrits uine vers le aucune sen- , menez.” exhorte avec ds sur cette ‘ai bien peur usse un cri:
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