L'ABJURATION — LA MORT
Le inetière Saint-Ouen, — L'abjuration. — Les habits d'homme. — Le second procès, — Le dernier interrogatoire et la dernière communion. — Le supplice, — Circulaire du roi d'Angleterre et de l’université de Paris, — Les châtiments.
Le jeudi 24 mai 1431, dans la matinée, une grande foule encombrait. le cimetière Saint Ouen. Deux échafauds y avaient été dressés, en lesquels se partagèrent d’abord les regards de la populace, toujours avide d'émotions violentes, insatiable de terreur et de pitié. Sur l’un d’eux siégeaient le cardinal de Winchester, prince du sang royal, prince de l'Église ; l'évêque de Beauvais, assisté du vice-inquisiteur Jean le Maître ; les évêques de Thérouanne, de Noyon, Norwich, et un grand nombre de docteurs, ainsi que plusieurs secrétaires du grand conseil, Sur l’autre, où bientôt tous les yeux se reportèrent, Jeanne, amenée en charrette, venait de monter.
Le silence s'étant fait dans la vaste place, le prédicateur récita son
trop} te di patie:
ma f sur pi tiens, le dit:
il pas tant c dit: « Ce sermor qui ph mettre
Dans ;
l'avis « rénond pe
à Rom:
à y mettre le et je soutinleva, et après l'accusée, s'ils déclara que le
lain pour pro-
alice humaine pu hésiter, se rdu la foi, qui ance en Jésusatholique, elle ussi qu'à faire n doit croître glorieusement
nn agonie: le
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texte, emprunté À l'apôtre saint Jean: “Le sarment ne pourra porter
de fruit s'il ne demeure sur
la vigne.’ contre elle,
dans son intérêt, un torr <e chaleureuse
” Ce lui fut une occasion de vomir ent d’injures, mêlés de temps à autre S apostrophes et de vives protestations d
Quelques paroles, prononcée vaient seules aux ore
e dévouement et
S d’une voix plus forte, arri-
illes des spectateurs les plus éloignés :
de cette femme... . Jeanne si
Au pied de l'échafaud, assis tait à ce sermon.
de charité,
“ L'orgueil VOUS saviez comme nous vous aimons! ..” sur sa charrette, un sinistre auditeur C'était le bourreau de Rouen, après la sentence. Tout À coup, d'indignation probablem en jeu toute la furce de France, tu es bien abusé
et Charles, qui se dit r
assisprêt à emmener l’accusée saisi d’un mouvement le prédicateur, mettant ses poumons, s'écria d’un accent terrible: “ Ah!
e! Tu as toujours é
ent concerté d'avance,
té la nation très chrétienne, oi, qui se prétend ton souverain, à adhé un hérétique, comme un schismatique, car tel est.il actions d'une femme frivole, diffamée e
non pas lui seulement, mais tout le ele
ré, comme » AUX paroles et aux t de tout déshonneur pleine, et rgé de son obéissance et seigneurie, par qui elle a été examinée et non reprise, ainsi qu’elle l’a avoué.” Il présenta deux ou trois fois cette triomphante accusation sous une forme nouvelle, et de ce non content, passant de Ja prosopopée à l'apostrophe : “Jeanne, dit-il en levant le doigt, te dis que ton roi est hérétique et patience ; le
c'est à toi que Je parle, Je schismatique.” La Pucelle perdit sang lui monta aux joues, et son regard eut un éclair, “ Par ma foi, s'écria-t-elle, révérence gardée, je vous ose bien dire et jurer,
Le] sur peine de rnx vie, que c’est le plus noble chrétien de
tiens, et qui mieux aime la foi et l'É le dites.” A cette vive riposte, Érard il pas la suprême ressource, celle tant contre l'agneau
tous les chréglise, et ii n’est point tel que vous demeura déconcerté, Mais n'avaitqui ne manque jamais au loup dispu-
? Il se tourna vers l'huissier
Jean Massieu, et il lui dit : “ Faites-la taire ! ”
Cependant les plus beaux mor
ceaux d'éloquence ont une fin. Quand sermon fut terminé, Érard dit
à la Pucelle :
qui plusieurs fois vous ont sommée
son Voici messeigneurs les juges et requise que vous voulussiez sou- $ Os actions à notre sainte mère l'Église.
vos actes il y a plusieurs choses qui, l'avis de très doctes clercs, ae sont pas bonnes À soute répondrai dit Jeanne, J'ai déjà demandé que à Rome, à notre saint père le
mettre toutes vos paroles et toute
Dans vos paroles et dans suivant
nir. — Je vous tout le procès fût envoyé Pape, à qui je m'en rapporte après Dieu,
res
Ce que j'ai dit, ce que j'ai fait, je l'ai dit et fait par l’ordre de Dieu. Je n'en veux charger personne, ni mon roi ni aucun autre. — Vos actions, vos paroles, sont réprouvees par les clercs: voulez-vous les révoquer ? — Je m'en rapporte à Dieu et à notre saint-père le pape.” Guillaume Érard déclara à Jeanne qu'une telle soumission ne suffisait pas, et il donna de cette assertion une raison telle qu’elle: “On ne peut pas, dit-il, aller chercher notre saint-père si loin. Les ordinaires sont aussi juges, chacun en son diocèse, Vous devez done vous en rapporter à notre sainte mère l’Église, et tenir pour vrai ce Que les clercs qui sont versés dans les sciences divines ont décidé touchant vos actions et vos paroles.” Jeanne ne répondit point. L'évêque se résigna à donner lecture de son jugement ; mais tout porte à croire que cette lecture, faite d'une voix accentuée, fut à dessein traînée en longueur, afin de laisser, s’il était possible, à la Pucelle le temps d’abjurer avant que sa condamnation fût acquise, Cauchon redoutait, en effet, la sentence uns fois prononcée, l'impatience des seigneurs anglais, et surtout de leurs subalternes; car Winchester n'avait pas mis tout le monde dans le secret,
Cependant Érard, qui, lui, était bien instruit des intentions de l'évêque et du cardinal, redoublait ses instances, qui prenaient le caractère d’une véritable obcession. L’infâme Loiseleur avait changé de rôle. Jadis, sous les déguisements divers qu'il avait pris pour s’insinuer dans la prison, il poussait Jeanne à la résistance ; aujourd’hui, sur l'échafaud, et en son nom propre, il la suppliait d'abjurer. Les promesses ne lui coutaient rien. Si Jeanne avait pitié d'elle-même, si elle consentait à éviter le supplice, à prendre un habit de femme, on la tirerait des mains de ses gardiens ses fers tomberaient, elle serait mise en sûreté et doucement traitée dans les prisons d’Eglise, — Vous vous donnez, dit-elle, bien du mal pour me séduire.” Et un sourire indéfinissable, où l'ironie se mêlait à la terreur, à l’égarement, voltigeait sur ses lèvres,
Cauchon, anxieux au dernier point, vit qu’elle allait enfin céder; il interrompit sa lecture. Cependant un grand tumulte s'élevait dans l'assistance. La colère des soldats anglais-peut-être aussi l’indisnation des hommes de cœur, quelque explosion des bourgeois du parti français, se trahissaient par des clameurs. Les pierres volaient de toutes parts sur les deux échafauds.
Sur celui de l’accusée se trouvait en ce moment, probablement envoyé par Cauchon pour dénouer la crise, un secrétaire du grand conseil, Lau-
rent Callot, Cet homme tira de sa manche une petite cédule où était
de Dieu. Je »3 actions, vos roquer ? — Je me Érard déonna de cette ler chercher lacun en son nère l'Église, ; les sciences
Jeanne ne on jugement ; ix accentuée, possible, à la icquise. Cauipatience des
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18 de l’évêque ractère d’une rôle, Jadis, dans la prihafaud, et en lui coutaient t à éviter le mains de ses t doucement elle, bien du
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tracée une abjuration très brève et sans doute peu explicite, Il la passa à l'huissier Massieu, qui la lut à haute voix, tandis que Jeanne, hors d'elle-même, sentant comme un gouffre ouvert sous ses pieds et le ciel qui se fermait sur sa tête, en répéta machinalement les mots d’une voix faible, “ Elle a abjuré, dit Cauchon, se penchant à l'oreille du cardinal ; que faut-il faire ? — L'admettre à la pénitence,” repartit sans hésiter Winchester, Laissant alors de côté la sentence de mort, le juge se mit à en lire une autre, qu'il avait rédigée par avance en prévision de ce qui arrivait, Jeanne était relevée de l’excommunication, et reçue dans le sein de l’Église; mais, en expiation de ses fautes, elle était condamnée à la prison perpétuelle, au pain de douleur et à l'euu d'angoisse. La séance fut levée. Comme la Pucelle descendait de l’'échafaud, Loiseleur lui dit: “Jeanne, vous avez fait une bonne journée, s’il plaît à Dieu ; vous avez sauvé votre âme. — Or çà, gens d’Église, demanda-t-elle, menezmoi en vos prisons, que je ne sois plus en la main de ces Anglais.” Quelques assesseurs firent à Cauchon la même demande: mais il n'avait garde d'y accéder, “ Menez-là, dit-il, où vous l'avez prise.” Les Anglais n'entendaient pas lâcher leur proie. Déjà, dans leur grossière impatience, ils s’en prenaient aux juges, aux docteurs. Ayant hâte de reprendre Îles armes, ils se croyaient vaincus d'avance si la sorcière n'était brûlée. Warwick lui-même partageait les préjugés de la soldatesque. “Cela va mal pour le roi, disait-il; cette fille nous échappe. — Soyez tranquille, lui répondit quelqu'un des assesseurs qui se trouvait près de lui, nous la rattraperons bien” Jeanne, reconduite dans sa prison, prit un habit de femme, et permit qu'on lui rasât la chevelure, qu’elle avait jusqu'alors portée à l'écuelle, c'est-à-dire coupée en rond autour de la tête à la manière des hommes. Les docteurs, se retirant, la laissèrent dans son cachot, à la merci de ses gardiens.
Dans le temps qui s’écoula du jeudi 24 au lundi 28 mai 1431, il est certain que cette résignation, ou, pour mieux dire, cette prostration de la Pucelle, fit place à une rébellion décidée contre ses juges, à un retour complet à ses errements d'autrefois, Elle affirma de nouveau sa mission, et reprit ses habits d'homme. Quelles furent les causes qui déterminèrent ce changement? On n'a pas sur ce point de renseignements parfaitement clairs et d’une exactitude absolue; mais une induction raisonnable et les indices recueillis dans les témoignages de la réhabilitation peuvent conduire, se semble, proche de la vérité. La révolte de Jeanne
ntaire et en partie détérminéa nar in vinian à : JLILUILC CU CII pui vic ueterminee Par 14 ViIUIECIICE EL 14 per-
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Il la passa Jeanne, hors s et le ciel qui s d’une voix du cardinal ; sans hésiter Juge se mit on de ce qui eue dans le ondamnée à ngoisse. La 1d, Loiseleur lait à Dieu; -elle, menezes Anglais.” ais il n'avait
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tidie de ses gardiens, qui avaient reçu le mot d'ordre, Livrée sans défense à la brutalité de cinq grossiers mercenaires, c'est une merveille que, chargée de coups, elle ait pu éviter du moins de plus infâmes outrages. Toutefois il est douteux qu’elle se soit décidée spontanément à reprendre son ancien Costume. Si l'on en croit Jean Massieu, qui déclare tenir ce qu’il raconte de la bouche même de Jeanne, cet acte, qui la constituait relapse, fut l'effet d'une ruse des plus grossières, telles que les pratiquent ceux qui ont la force en main, La nuit, les jambes de la captive étaient prises entre deux paires de fers à chaîne Elle était attachée très étroitement d'une autre chaîne, qui, traversant les pieds de son lit, aboutissait à une grosse pièce de bois, où on la fermait à clef. Si on ne la déferrait, elle ne pouvait se lever. Or, le dimanche matin, jour de la Trinité, elle dit à ses gardiens: “ Déferrez-moi, que Je me lève” Alors un des Anglais lui Ôta ses vêtements de femme, qu’elle avait sur son lit, et, tirant l’habit d'homme du sac où on l'avait enfoui, il le lui jeta en disant: “ Lève-toi,” Jeanne hésita longtemps avant de le prendre: ‘“ Messieurs, disait-elle, Vous savez que cela m'est défendu; sans faute, je ne le prendrai point.” Mais elle eut beau supplier, elle n’en put obtenir d’autres, et enfin, vers midi, elle se décida à le garder.
Dans l'après-midi, de concert avec Warvick, Cauchon manda plusieurs assesseurs et les greffiers de la cause. Il leur annonça que Jeanne était retombée dans ses erreurs premières qu’elle avait repris l'habit d’homme, et il les chargea d'aller constater officiellement le érime, Mais, quand ces cleres arrivèrent dans la cour du chateau de Rouen, ils y furent fort mal reçus. Il y avait là une cinquantaine d'Anglais en armes, Or la soldatesque n'a point d'ordinaire de ces haines raflinées comme les conçoivent les Cauchon et les Winchester, Pour le commun des hommes d'armes, Jeanne aurait dû être brûlée depuis longtemps. Tous ces détours, tous ces délais, paraissaient une trahison concertée, Les cris de “traîtres ! faux Armagnacs!” se firent entendre; les glaives brillèrent, et les pauvres gens d'Église, oubliant leur commission, n’eurent pour lors d'autre souci que de s'enfuir à toutes jambes,
Le lendemain lundi, 28 mai 1431, l’évêque, assisté du vice-inquisiteur, de huit assesseurs et des greffiers, se rendit dans la prison pour commencer le second procès. Manchon, encore tout ému du péril qu'il avait couru la veille, ne voulait point retourner au château, et il fallut pour le décider que ie comte de Warwick le fit accompagner d’un de ses serviteurs,dont la présence le garantit contre la fureur des soldats. Les juges,
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