SCENE I
Suffolk, Talbot, Glacidas, soldats anglais, le vieillard.
Phèbus à la chevelure d'or, père de la lumière sacrée, régulateur de Tannée, qui, dans ta course, emportes les jours et la série éternelle des siècles, ne voudras-tu pas nous favoriser aussi de tes clartés, et cesser de tenir ta tête ensevelie dans les ténèbres? Nous voici arrêtés ici. Cette ville atfamée est la seule qui se rit de nos attaques. La peur a envahi les poitrines, les bras tremblent; les visages se glacent sous la pâleur, l'épée ne connaît plus le sang, la main inerte craint la flamme, le soldat demande du loisir, et demeure honteusement oisif au milieu des profondes coupes, il fatigue sa couche et craint de voir les murailles et les hautes tours. Dieu juste! voilà donc ton courage abattu, ô Anglais. Neptune luimême t'a soumis les flots; insultant à la mer en courroux, tu as fermé au monde les routes orageuses de rOcéan, et la terre elle-même a semé les lauriers
84 JOANNA DARCIA.
Superata lauros, Francia accepit jugum, Et haec fatigat unica urbs Angli manus?
Uno triumphans saepè momento caditj Et Victor uno.
TALBOTUS.
Concidit nondùm status Victoris Angli, Sequana jam nostras capit Ligerisque leges, et suos victos dolet Solena tluctus. Illa quae regum est domus, Superba fastu regio Lutetia, Caputque regni, turrium inclinât grave Culmen suarum, et verticem Anglorum suo Auro coronat. Franciam ferro et manu Fraenamus Angli.
SUFFORTIUS.
At intérim nostrae injicit Urbs una sorti dexteram, et nostri manus Et arma sistit martii; hic sexto jacent Jam castra mense.
Saeva pro nobis famés In urbe pugnat, populus exanguis gémit, Repîatque morti similis, et gressu labans Deponiî arma; rara per muros cohors Exhausta, languens, pallida, exanguis, tremens Défendit urbem. Si quis est cordis vigor Et nostra nondùm pectora exhausit pavor,
sous tes pas. La France a accepté ton joug, et il ne faut que cette ville pour lasser le bras de l'Angleterre?
LE VIEILLARD
Un moment suffit parfois pour voir la chute du triomphateur et la défaite du vainqueur.
L'Anglais n'est pas encore tombé du haut de sa victoire. La Seine et la Loire ont reçu nos lois, et la Sologne gémit de voir ses tlots asservis. Celle qui est le palais des rois et la tête du royaume, Lutèce, si hère de son faste royal, voit s'incliner le faîte appesanti de ses tours et couronne de son diadème d'or le front des Anglais ; leur bras tient la France asservie sous le fer.
En attendant, une seule ville tient nos destins en échec et notre armée arrêtée sous ses murs. Voilà déjà six mois que nous campons ici dans l'impuissance.
La faim cruelle combat pour nous dans la cité. Le peuple, à bout de forces, gémit et se traîne, semblabls. à la mort, et, chancelant, laisse tomber ses armes. Quelques rares soldats, épuisés, languissants, pâles, tremblants, apparaissent sur les murs pour défendre la ville. S'il nous reste quelque énergie au cœur, et que la peur n'ait pas encore glacé notre cou-
ÔO JOANNA DARCIA.
Scalis per alta masnia admotis, cito Cuncti irruamus.
TALBOTUS.
Miles obfirmet manum, Pugna est in umbras corporum, tantùm cutis Et ossa restant, nam suos mânes trahunt In urbe secum ; spectra Francorum vides, Qu£e nostra mûris castra despiciunt suis.
SUFFORTIUS.
Eatur ergo, monstret armorum viam Scalas per altas quisquis est audax manu. Age, miles, euge, ô quantum decus!
Regnator œquoris. Angle, jam quantum decus Restât laboris ultimi ! aetatis tuae Profusor ingens nuper, et Franco minax Regnum occupasti, sola nunc restât tuo Urbs hase labori ; si capis, turpem fugà Quaeret salutem Francus et verso dabit Mox cuncta tergo.
Gloriam totus tua m Expectat orbis, t'ama jam. nectit tibi Ubicunque lauros. Hune diem Francus timet. Et te per altos cernet ut primùm tremens Superare muros, turbido exhaustus metu, Urbem relinquet.