SCÈNE II Siiffolk, un messager, Talbot, Glacidas, le vieillard
SUFFOLK
Arrête, qui es-tu i
LE JfESSAGER.
Je vous suis envoyé, porteur d'ordres certains; si vous voulez m'entendre, je vous les dirai.
SUFFOLK
Quels ordres m'apportes-tu? et qui donc donne des ordres à notre armée :
LE MESSAGER
La Pucelle qui commande désormais l'armée du roi de France et préside à la guerre, ordonne a PAndais qu'il ait à sortir de toute la France, a quitte- les villes qu'il a prises, et s'il en a enlevé quelque chose, qu'il le rende; qu'il regagne son pays et laisse le roi Charles gouverner seul les Français. Tels sont les ordres de la Pucelle. Si vous vous hâtez vous et les vôtres, d'obéir à ses ordres elle ^ous accordera de bonne grâce une paix favorable ; si vous refus'^z elle chassera par tous les moyens les Anglais de la France, et rendra ses villes à leur roi le Jtime. Votre sang inondera les campagnes et il nV aura point de salut pour vous. Ne méprisez point ces commandements; c'est Dieu qui envoie c.tte vierge pour rendre à son roi les droits qui lui
92 JOANNA DARCIA.
Ne jussa temne, virginem mittit Tonans, Ut jura rursùs afferat régi sua; Fatalis hora est, ipsa te ferro obruet, Cogetque castris capere desertis fugam.
SUFFORTIUS.
Ubi est Puellar
NUXTIUS.
Milites inter suos, Fortem Puellas senties brevi manum.
Quid ? una mecum conferet virgo manum ? Aciem explicabit? Veniat, actutum suo Cruore nostras imbuet démens manus, Seu lapsa cœlo, tartari seu sit specu Emissa nigro, noctis eeternee trahat ^'ires sepultas, astra conjungat Stygi, fumulo hîc carebit mortua, et corvos suo Cruore pascet. Omen est victorice, Cùm gerere bellum feminœ imbelles volunt.
SENEX
Sed omen istud contulit Francis Deus, Bellum puella quando pro Francis gerit
TALBOTUS.
Jam nostra tandem Francia est, actum est modo Penere Franci, bella quœ ferro gérant
JEANNE d'arc. q3
appartiennent. L'heure est fatale; elle-même vous frappera de son épée, et vous forcera de déserter à la ihâte vos camps abandonnés.
SUFFOLK
Et où est la Pucelle?
LE MESSAGER
Au milieu de ses soldats et peut-être ne tarderezvous pas à sentir le poids de sa vaillante main.
Quoi donc! une jeune fille en viendrait aux mains avec moi? elle tirerait Tépée contre moi? qu'elle vienne donc, et sans retard, souiller follement nos mains de son sang; soit qu'elle tombe du ciel, ou qu'elle sorte de quelque noire caverne du t-artare, qu'elle traîne à sa suite les forces ensevelies dans la nuit éternelle et joigne les astres au Styx, morte, il n'y aura point ici de tombeau pour elle, et les corbeaux se repaîtront de son sang. C'est un présage de victoire, que de faibles femmes se mêlent de faire la guerre.
LE VIEILLARD
Mais ce présage, c'est aux Français que Dieu l'envoie, quand c'est pour les Français que cette vierge fait la guerre.
TALBOT
La France est à nous, c'est chose faite. Il n'y a plus de Français, il n'y a plus que les femmes
94 JOANNA DARCIA.
Solae supersunt feminae; quse rex miser Consilia capiat nescit. O dignum caput Sceptro et coronâ!
Scilicet sanus furit, Non mollis Anglos feminae vincet manus.
Mittis puellam, Carole? O non hùc tibi Misit puellas Anglia; audaces viri Invicta bello pectora, et plusquam viri Movemus arma.
Temnere hostem qui solet Vincitur ab hoste, fortior saepè est viro Tenella virgo.
SUFFORTIUS.
Nuntium hune, miles, râpe, Coge in catenas, talia haud Anglis decet Déferre Jussa.
Nempè quae tandem reum Me Jura damnant?
SUFFORTIUS.
Nostra te damnant reum.
Traderis igni, cernet obsessus rogum, Et ingemiscet Francus; actutùm hinc râpe, Quod restât, acri jam manus bello paret Scalasque miles.
pour continuer la guerre. L'infortuné roi ne sait plus de qui prendre conseil. O tète digne du sceptre et de la couronne!
Il est fou de sang-froid, ce n'est pas le bras débile d'une femme qui triomphera des Anglais. Tu nous dépêches une jeune fille, ô roi Charles? Oh! cène sont pas des jeunes filles que t'envoie ici l'Angleterre; ce sont des hommes pleins d'audace, des poitrines invincibles au combat, plus que des hommes qui portent ici les armes.
LE VIEILLARD
Mépriser son ennemi, c'est s'exposer à être vaincu par lui; souvent une tendre vierge est plus forte qu'un homme.
Soldat, entraîne ce messager, jette-le dans les fers ; un Anglais ne saurait supporter de tels ordres.
LE MESSAGER
De quel droit enfin me condamnez-vous?
SUFFOLK
Du nôtre, tu seras livré aux flammes; l'assiégé verra le bûcher et gémira. Entraîne-le loin d'ici; maintenant que le soldat s'apprête à une guerre sans merci et dispose les échelles.
96 JOAXNA DARCIA.
Non opus scalis tibi est, Ut, cùm puella venerit, ferro cadas.
SCENA III
Carolus, Joanna, Reginaldus, Borbonuis, Culsantus, Rayus, senex.
Rex magne regum, cujus imperium polus Tellusque et œquor sentit, cujus manu Hoc universum pendet, et nutum tremit; Si me benigno respicis vultu, Tonans, Et haec puella rébus afflictis opem Portare débet, dùm tuo afflatu potens In arma surgit, et meas turmas régit, Exercitumque certa deducit meum, Age, robur adde, dissipet quicquid manu Opponit Angius; vincat, et victrix tuam. Reversa, pandat gloriam. Vos qui meam Sortem secuti Franciae oppressée manum Animumque fortes dissito offertis metu, Ite in labores, et Duci, dùm sic placet, Parete vestrae ; singulae hanc turmae ducem Colant, sequantur, audiant. Ibis cornes Ad arma, Raye, copiarum tu quoque, Cuisante, parteni quâ vales dextrâ reges.
LE VIEILLARD
Toi, tu n'as pas besoin d'échelles, dès que la Pucelle sera venue, tu tomberas sous le fer.