SCENE III
Le roi Charles, Jeanne, Régnault, Bourbon, Culan, Rais, le vieillard.
Grand roi des rois, dont le ciel, la terre et la mer reconnaissent l'empire, qui tiens le monde suspendu à ta main et tremblant sous ta volonté, si tu me regardes, ô Tout-Puissant, d'un œil favorable, et que cette jeune fille doive prêter secours à ma puissance en péril, pendant que, soutenue par ton inspiration, elle prend les armes pour ma cause, commande mes soldats et conduit mon armée d'une autorité assurée, donne la force à son bras, qu'elle renverse tout ce que l'Anglais pourra lui opposer, qu'elle triomphe et revienne victorieuse manifester ta gloire. Et vous qui, fidèles à ma fortune et bannissant toute crainte, offrez à la France opprimée un cœur et un bras intrépides, prenez chacun votre poste et, puisque Dieu le veut, obéissez à votre chef. Que chaque troupe honore, suive, écoute ce chef. Toi, Rais, tu seras son frère d'armes; toi, Culan, tu dirigeras une partie de mes soldats avec ce courage que l'on connaît. Portez
gb JOANNA DARCIA.
Aureliis vos ferte suppetias meis.
Quod restât, euge, baltheum hune à me cape,
Spes nostra, virgo.
JOANNA
Baltheo hoc hostes tuos Succincta vincam, meque victricem brevi Laetus videbis; crescit in venis calor, Seseque robur impetu librat suo.
REGINALDUS
Et hanc, puella, recipe, quam dono crucem.
JOANNA
Recipio laeta, sancta crux victoriae Fatale signum est.
BORBONIUS.
Ensis hic est et tuus, Hune anglicanus imbuat tandem cruor.
JOANNA
Grata est voluntas ista, sed si, rex, jubés, Debetur aliud dexterae ferrum meae.
Est urbs, Turonum nuncupant; hic nobilis In asde sacrâ gladius, et multo situ Rubiginosus, liliis, namque hoc scio, Utrâque clarus parte. Sic Tonans monet; Hune liliatum, magne rex, ensem jubé Mihi expediri.
CAROLUS
Quod cupis, virgo, volo.
Feratur ensis iste. Nunc âge, et tuas
à ma ville d'Orléans l'assistance dont elle a besoin; et maintenant, ô vierge, notre espoir, reçois de ma main ce baudrier.
JEANNE
Ceinte de ce baudrier, je vaincrai vos ennemis, et bientôt vous me verrez, joyeux, revenir victorieuse. Mon sang s'échauffe dans mes veines et ma force prend son assiette.
Reçois aussi, jeune fille, cette croix que je t'offre.
JEANNE
Je l'accepte avec joie, la croix sainte est le signe assuré de la victoire.
Cette épée aussi est à toi, qu'elle soit enfin trempée dans le sang de l'Anglais.
J'apprécie le don, mais si vous l'ordonnez, ô roi, mon bras attend un autre glaive. Il est une ville appelée Tours; là, dans une chapelle sacrée, gît une noble épée que les ans ont couverte de rouille, mais qui, je le sais, porte sur ses deux faces l'empreinte des lis. L'avis m'en vient de Dieu. Ordonnez, grand roi, que cette épée marquée de lis me soit apportée.
Ce que tu désires, ô vierge, je le veux. Qu'on apporte cette épée. Et maintenant à l'œuvre, emmène
lOO JOANNA DARCIA.
Educ cohortes, urbe jam totà moras Egenus odit populus, atque avidis opem Expectat animis.
Nostra non deerit rnanus, Quod statuit orbis Gonditor fato est ratum. Jungant labores, qui meos comités dati Ausus juvabunt.
CULSANTUS.
Te ducem nostram sequar, Et per severas mortis horrendae vias, Et quicquid Anglus manibus opponet tuis.
Duce te, puella, robore insolite emicant Nostrae cohortes, nullus infestât metus.
Et certa spes, et mentium est certus vigor.
Bene apprecare, Praesul, en vultum tuae Submitto dextrae, miles expectat tuo Ab ore votum.
REGINALDUS
Bella fortunet Tonans Et fausta tantos astra conatus juvent.
Tu, magne Rector orbis, armipotens Deus, Hanc si puellam Franciae auxilium jubés Adferre nostrae, dum manus bello parât, Et explicatis arma sub signis movet,
JEANNE D ARC. lOI
ton armée; ce peuple afFamé maudit les retards, et, d'un bout de la ville à l'autre, attend impatiemment le secours.
Mon bras ne lui manquera pas, ce qu'a résolu le Créateur du monde est ratifié par le destin. Que ceux que vous m'avez donnés pour frères d'armes unissent leurs efforts aux miens.
Je te suivrai comme notre chef et par les noirs sentiers de la mort et à travers tout ce que l'Anglais opposera à ton bras.
Sous ton commandement, ô vierge, nos soldats montrent une ardeur inaccoutumée, la peur n'entre pas dans leurs rangs. L'espérance est certaine et certaine aussi la visueur des âmes.
Bénissez- nous, évêque; j'incline ma tête sous votre main, et le soldat attend la bénédiction de vos lèvres.
RÉGNAULT
Que Dieu donne une heureuse issue à la guerre et que les astres favorables secondent de si grands efforts ! Et toi, ô Modérateur de l'univers. Dieu des armées, s'il est vrai que tu envoies cette jeune fille au service de notre France, pendant qu'elle se pré-
102 JOANNA DARCIA.
Juva potenti dexterâ ut fuso redux
Ab hoste, supero gloriam adscribat polo
Sit ergo felix; ecce quem virgo petis, Vetustus iste gladius.
Hanc dextram impleat.
Hic ensis, o rex, afFeret regnum tibi, Hic ensis Anglos Franciâ ejiciat tuâ.
Rex, vive felix, tempus in bellum vocat.
Quocumque perges, insolens Angli furor Ponet superbum verticem, et latè cadet-
SCENA IV Joanna, Culsantus, Ray us, milites franci, senex.
Hàc hàc eundum est, miles; has turres vides? Haec alta cernis maenia? hue fusis manu Penetremus Anglis. Miles, hàc infer pedem, Quà nostra latam dextera inveniet viam.
Fatalis Anglis hora jam certum parât Nobis triumphum; jam dabunt, jam jam dabunt
JEANNE d'arc. I03
pare à combattre, et qu'elle met son armée en marche, sous ses enseignes déployées, aide-la de ta droite toute-puissante pour que, revenant victorieuse de l'ennemi en déroute, elle inscrive sa gloire au plus haut des deux.
CHARLES
Qu'elle soit donc heureuse ! voici le vieux glaive que tu réclames, ô vierge.
JEANNE
Qu'il remplisse cette main. Cette épée, ô roi, te rapportera un royaume; cette épée mettra les Anglais hors de ta France. Vis heureux, ô roi, le moment est venu de marcher au combat.
LE VIEILLARD
Partout où tu iras, l'insolent Anglais courbera son front orgueilleux et tombera au loin.