LES SOLDATS
Que tardons-nous? nos cœurs s'élancent de nos poitrines, où s'allument toutes les torches de Mars. Sous ta conduite , ô vierge, nul ne craint plus la mort; nous nous élançons sur tes pas. La France réclame nos bras; qu'elle réclame notre sang, nous le lui donnerons. Et vous, Anglais, retirez-vous promptement. C'est ici que votre fureur trouvera sa fin, mais par un carnage terrible, et qu'elle la trouvera sous nos coups. Cours où ta voix nous appelle, ô vierge généreuse, d'un cœur intrépide nous te suivrons tous comme notre chef; déjà nous avons la joie profonde de voir le sol inondé de sang et la mort de l'Anglais; qu'il périsse, et auparavant qu'il revomisse tout le sang dont il s'est abreuvé par tous les meurtres dont il a rempli nos sillons. Le sort a changé, notre tour est venu de plonger nos glaives dans le sang et de déchirer l'ennemi
I06 JOANNA DARCIA.
Hic capita et ossa, quique versabunt solum Post hoc aratris ossium moles premant, Laetique dicant : Cecidit hic Anglus, suo hic Prostratus agros imbuit tabo meos.
Sic, euge, miles; magna pars victorias est Sperare multum. Raye, compone ordines, Praeibo.
Strictis singuli gladiis eant, Armisque juncti, nemo déserta viam Statione capiat, signa servet, et ducis Dicto obsequatur : Franciae in vestrâ est manu Salus honorque; praemium aeternum est decus, Et rex fidèles munere ornabit manus.
Quod nuUa virtus, quodque non potuit dolus,
Efficiet una virginis claraî manus.
Haec una binos hora mutabit status,
Evertet unum, alterum attollet simul.
Hic cursus est rerum omnium; nunc hi cadunt,
Nunc hi resurgunt : cuncta dispensât Tonans.
par le fer et la mort. Ceux d'un autre siècle récolteront ici les têtes et les os des Anglais, et ceux qui retourneront le sol heurteront du soc de leurs charrues des amas d'ossements et s'écrieront joyeusement : ici tomba l'Anglais, ici de sa chair corrompue il a engraissé mes champs.
Bien, soldat! en avant! espérer beaucoup c'est la moitié de la victoire. Rais, range tes soldats en bon ordre, j'irai devant.
Que chacun marche l'épée à la main et que tous joignant leurs armes, nul ne déserte son poste; que chacun ait l'œil sur son étendard et obéisse à l'ordre du chef. Le salut et l'honneur de la France sont dans vos mains; la récompense sera une gloire éternelle, et le roi chargera de ses dons les bras fidèles.
LE VIEILLARD
Ce que n'a pu ni le courage ni la ruse, le bras d'une noble vierge le fera. Une même heure aura changé deux fortunes, elle renversera l'une et du même coup redressera l'autre. C'est la loi de toute chose; aujourd'hui ceux-ci tombent, demain ceux-là se relèvent; Dieu dispose de tout.
I08 JOANNA DARCIA.
SCENA V
Joanna, Culsantus , Ray us , Talbotus , Suffortius ^ Glacidas , Milites franci et angli, senex.
En castra, miles, sequere, penetrabo prior, Manus et arma junge.
CULSANTUS.
Densate ordines, In manibus enses.
RAYUS.
Pergite hàc, hàc pergite; Latus hoc tenete.
TALBOTUS.
State, quae causa est viae Qui vos? Puella sternit, ah! sternit manu Nostras cohortes; arma! miles, hàc cito Arma ! miles.
Sequere me, miles, ducem; Iter hàc in urbem est.
Cedite, Angli, cedite:
Vincit Puella; cedite, Angli, cedite.