‹ Jeanne d'ArcChapitre 42 sur 77 · SE.VEX · texte numérisé non relu

SE.VEX

Faemina est; sed quas manu Effeminatas vicit Anglorum manus.

SUFFORTIUS.

Deficio totus, corraihi rétro salit, Intùsque versât dedecus. Prô prô pudor! Pudet intueri flammeum solis jubar ; Quo volvor amens ! mentis heu impos feror, Minisque cedo victus, ignavus, jacens.

Et illa pestis castra pervasitmea?

Intravit urbem? et attulit victis opem?

Satiavit inopes? mortuis vitam dédit Novumque robur? Fama, quanta Anglis paras Opprobria nostris! Omne jam-spernet solum Nostra arma et ausus. Cedere ? ô turpem fugam ! Cedi? nec ipse Carolus credet fatis.

Vinci et necari ! parce, rex, Anglis tuis, Stygia ista furia, Tartaro emissus furor Ista, ista furia, sanguine hoc ferrum imbuet, llli revellam viscera, et vulsum jecur Monstrabo vivae, viva et infelix suam Mortem vi débit.

Vivus et victus tuam Fugam videbis; nempè post pugnam minax, Post bella fortis aestuas.

JEANNE d"*ARC. I i3

tue, sa bouche jette des flammes, son haleine suffit pour mettre en fuite tout ce qui s'oppose à elle : c'est la peste, une furie, un lion, c'est la ruine.

LE VIEILLARD

C'est une femme, mais dont le bras vaillant a triomphé du bras efféminé des Anglais.

SUFFOLK

Toute ma force m'abandonne, mon cœur s'en va et la honte prend sa place. Oh! vergogne! vergogne! Je n'ose, sans rougir, regarder la chevelure entîammée du soleil. Où me laissai-je entraîner, effaré ? Je n'ai plus la possession de moi-même. Je cède aux menaces, vaincu, lâche, sans force; et cette peste a envahi mon camp? Elle a pénétré dans la ville: Elle a porté secours aux vaincus? Elle a rassasié leur faim? elle a rendu la vie aux morts, avec une vigueur nouvelle I quel opprobe, ô renommée, tu prépares à nos Anglais! quel pays désormais ne dédaignera pas nos armes et nos efforts? reculer! ô fuite honteuse! et j'ai reculé! Charles lui-même ne croira pas à sa fortune. Être vaincu et tué! pardonne à tes Anglais, ô roi! cette force qui nous brise vient du Styx, cette fureur est sortie du Tartare; mais cette furie rougira ce fer de son sang. Je lui arracherai les entrailles, elle verra de ses yeux palpiter son foie sanglant, et vivante et vaincue elle verra sa mort.

LE VIEILLARD

\'ivant et vaincu, tu verras ta fuite; menaçant après le combat, la guerre finie, le courage t'étoufté.

I 14 JOANXA DARCIA.

TALBOTUS.

Parce his tuis, Dux magne, verbis, una non Anglos manu Puella vicit, saeviit mutatasors; A caede crescet animus, et victos semel Pudor excitabit.

Victus in pugnâ malè Pugnam resumit miles, et secum trahit Metum priorem.

GLACIDAS.

Auditis? ut totam sonant Litui per urbem! gaudio tota urbs salit, Ut gestiunt!

SUFFORTIUS.

Victoria exultant suâ, Et commeatu jam potens Angli minas Plebs ima ridet.

GLACmAS.

Miles! heu miles! niunt Ruunt, ruunt, ruunt, Puella venit, venit, Venit Puella;

TALBOTUS.

Miles, hic sta, miles, hic.

MILITES -AXGLI.

Ruunt, Puella venit, ruunt.

JEANNE d'arc. II 5

Ménage tes paroles, illustre capitaine; ce n'est pas une jeune fille qui a sufii pour vaincre les Anglais, c'est la fortune qui change et sévit contre nous. Mais le courage renaît du sang même, et la honte réveillera ceux qui, un jour, se sont laissés vaincre.

LE VIEILLARD

Vaincu dans le combat, le soldat le recommence avec peine, et il traîne après lui sa terreur première.

Entendez-vous comme dans la ville entière résonne le bruit du clairon? comme la joie pousse toute la ville hors des portes?

Leur victoire les enivre, et, devenue redoutable par son entraînement même, la populace se rit des menaces de l'Anglais.

Arrête, soldat, ô soldat! mais ils détalent, ils détalent. La Pucelle arrive, la voici, la voici !

TALBOT

Arrête, ô soldat, arrête ici.

SOLDATS ANGLAIS

Fuyons, voici la Pucelle, fuyons.

no JOANNA DARCIA.

Nunc cedite, Ah cedite, Angli, cedite. O Franci mei ! Satiate ferrum, sternite, occumbant neci.

RAYUS.

Fugiunt, recedunt ; vicimus, linquunt sua Et valla et arma.

Jam sat est, alibi necem Turpem subibit, qui modo hic pulchram fugit. Jam liberata Aurélia est; miles, tuum Reconde ferrum, corpora et mentes simul Recreare fas est; ite nunc, gaudete nunc.

MILITES FRANCI

Vivat Puella! liberata Aurélia est!

Sic ergo gaudent qui deo pugnant duce.

Sic ergo fugiunt qui sibi tîdunt nimis. Sic justa vincit causa, sic lauros refert. Injusta premitur causa, lauros deserit.

Hors d'-ici, Anglais, hors d'ici ! ô mes Français, rassasiez votre glaive, renversez-les, et qu'ils tombent sous les coups de la mort.

Ils fuient, ils se sauvent; nous avons vaincu, ils abandonnent leurs retranchements et leurs armes.

C'est assez; celui-là rencontrera ailleurs une mort honteuse, qui pouvait ici la trouver belle. Orléans est délivré; soldat, remets le glaive au fourreau; c'est le moment de donner quelque relâche au corps et à l'esprit; allez maintenant et réjouissez-vous.

SOLDATS FRANÇAIS

Vive la Pucelle, Orléans est délivré!

LE VIEILLARD

Ainsi donc se réjouissent ceux qui combattent sous le commandement de Dieu; ainsi donc fuient ceux qui ont trop de confiance en eux-mêmes ; ainsi triomphe la cause juste; c'est ainsi qu'elle se couvre de lauriers; ainsi succombe la cause inique; ainsi perd-elle ses lauriers.

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