‹ Jeanne d'ArcChapitre 62 sur 77 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

\ ive le roi! \'ive le roi!

On se sépare au bruit de la musique.

CHŒUR De soldats anglais.

C'est vainement que jusqu'ici nos épées foudroyantes ont couvert des cadavres de leurs habitants les campagnes françaises; vainement que nous nous sommes livrés à l'impétuosité de nos courages, et que la fortune nous a donné de nouvelles forces et relevé la tête. Tu te trompes, tu te trompes, ô toi qui te fies trop aux caresses de la destinée. C'est chose vide et sans âme que cette souriante fortune dont les faveurs gouvernent les affaires et les espérances des hommes; nous avions vaincu jusqu'ici, maintenant vaincus, nous fuyons, et, poussés l'épée dans les reins par cette vierge que le Ciel a envoyée aux Français, les Anglais se dispersent, dépouillés de leur force. C'est ainsi que la fortune dispense ses caprices, favorisant tantôt les uns, tantôt les autres, et ne reste jamais

I/O JOANNA DARCIA.

Nuper vix miseris Carolus urbibus Certo noms erat, nunc capit inclytus Regni sceptra sui, nunc diademata Aurato retinet Francica vertice.

Sortem requirit Anglus,

Quae terga vertit Anglo,

Et vernus ut recedit

Flos qui placebat antè,

Sic nos relinquit illa

Amplectiturque Francum,

Et in sinum beati

Se proripit monarchae.

Martium quisquis moderatur agmen Et suas bello retinet cohortes Fidat haud sorti, dubiusque semper, Ille dum ridet, timeat favorem.

Semper et magni metuant monarchae, Non solet parvis pecudum magistris, Cùm suam mutât faciem, minari; Parcit haec parvis minuitque magnos, Et suâ semper proprià dehiscunt

Mole superbi.

Félix qui proprio continet arma solo, Nec quaerit bellis alterius patriam, Contentus parvo dicere jura gregi.

Illum subdita gens adjuvat officiis, Et certo dominum semper amore colit.

Contemnit sortis subdola dona levis, Nec metuit bello ne ruât ipse suo.

Sœpiùs ingentes prosternunt fulmina pinus, Et validam vires exercet fulgur in ulmum, Ruptâ nube volans; gratissimavictima Sorti est

JEANNE DARC. Ijg

fidèle aux mêmes couleurs. Naguères Charles était connu à peine de quelques misérables villes, le voilà maintenant qui prend avec éclat le sceptre de son royaume et assure sur son front le diadème d'or de la France. L'Anglais rappelle la fortune qui tourne le dos à l'Anglais; mais comme au printemps la fleur préférée s'effeuille, ainsi la fortune nous quitte, adopte le Français et se précipite dans le sein de rheureux monarque. Que celui qui a une armée sous ses ordres et la prépare pour le combat ne se fie jamais à la fortune, et toujours défiant, craigne sa faveur, quand elle lui sourit. Que les grands monarques surtout la redoutent; quand elle change de visage, ce n'est pas d'habitude les maîtres des petits troupeaux qu'elle menace; elle épargne les petits et amoindrit les grands, et sous leur propre poids s'affaissent toujours les superbes. Heureux qui retient ses soldats dans les limites de son pays et ne porte pas la guerre dans la patrie des autres, content de donner des lois à un modeste troupeau. Une nation soumise l'aide de ses services et entoure son maître d'un amour fidèle. Il méprise les dons trompeurs du sort capricieux, et ne craint pas de tomber sous les hasards de la guerre. La foudre frappe de préférence les pins gigantesques, et déchirant la nue, exerce sur l'orme robuste la force de ses traits. La plus agréable victime pour le Sort, est celle qui s'enorgueillit de porter au front une couronne d'or. Les rois revêtus de la pourpre tombent d'un seul coup; les oiseaux, en traversant l'air, perdent leurs plumes peintes, le navire qui ouvre sa voile sur la mer écumante, s'il court le long du rivage, dédaigne les vagues

l80 JOANNA DARCIA.

Aurato tumidum jactat quae vertice pectus.

Purpurei casu reges volvuntur in uno,

Et pictas perdunt dùm tranant aëra pennas (i).

Navita fluctivomum. dùm carbosa solvit in aequor,

Si teneat littus, montes comtemnit aquarum,

Si fugiat littus, subitis involvitur undis.

In vasto pax nulla mari est, pacem mare nescit;

Ludit at in fluviis securus navita parvis.

Tranquillitatis in domo

Securus habitat qui suâ

Mediocritate dives est.

Qui porrigit fines sui

Per arma regni sœpiùs

Amittit ipse quod tenet,

Aliéna quœrens, aut gravi

Pressus ruina vix redit.

Sors nostra document© est satis.

* Amittimus quod cepimus.

(1) Il doit manquer un vers entre celui-ci et le précédent.

(Note du Traducteur.)

JEANNE D^ARC. l8l

amoncelées; s'il s'en éloigne, il peut subitement être enveloppé par les flots. Nulle paix à espérer sur la vaste mer, la mer ignore la paix; mais le navire se joue sans crainte dans les eaux des petits fleuves. Celui-là vit dans sa maison , sûr d'y être tranquille, qui n'est riche que de sa médiocrité. Celui qui étend par la guerre les bornes de son empire, perd lui-même le plus souvent ce qu'il possède, en convoitant le bien d'autrui, ou revient à grand'peine, courbé sous le poids de sa propre ruine. Notre sort en est une preuve assez claire. Ce que nous avions pris, nous l'avons perdu.

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