SCENE IV
Bethfort, Suffolk, Talbot, le vieillard.
BETHFORT,
C'est bien, l'Anglais triomphe; et l'obstacle a disparu, qui arrêtait l'essor de la guerre. Phœbus, soit que tu répandes la lumière de ton épaisse chevelure, soit qu'après avoir mesuré le monde, ton char allangui regagne les mers Ibériques, tu vois partout nos trophées relevés. Personne n'opposera plus à rAnglais un tel bras, personne n'osera plus lui tenir tête. La Pucelle prisonnière, Charles quitter ses airs menaçants, elle était sa seule espérance, son unique salut. La France entière soumise ne reconnaîtra plus d'autre seigneur que moi, ou cessera de
2IO JOANNA DARCIA.
Dominum subacta me colet, nunquam aut suum Hostem lacesset. Omne jam partum est decus, Victa est Puella. Carolus paucas sibi Adsiscat urbes, hoc decus rursùm mihi Reducet urbes : régna victoris sequi Soient triumphos, invidendus Jam mihi est Partus triumphus. Feminae auxilio hactenùs Bellabat audax Francus. O nimium levis, Cum pugnat Anglus, feminae unius manus!
Jam destinatum Franciae est regnum meo Rexque ipse régi. Visa non Anglis suis Favere sors est; scilicet vultum abstulit, Ut nunc micaret pulchrior, cladem addidit, Ut major indè surgeret nostris vigor.
Surrexit, et Jam vicimuS; gémit in specu Puella nigro, et sexui veilet suo Servisse semper. Liquit, ô vecors ! suum, Scelerata sexum liquit et regnum in viros Speravit audax. Non licet, dextras colo Aptavit^ther feminis, non praelio.
Sedeant inertes, et domi lanas parent.
Amandus iste est sexus, at nunquam viris Timendus esse débet; imbellis manus, Tumidumque pectus ubere, et mollis coma Non apta bello est. Vestra laus'magna est, duces, Vicistis istud Francici fulmen poli, Vicistis Hydram; quid loquor ? Furiam Stygis Missam è profundo, cujus armabat furor Animum manumque, quaeque subsidio sibi Cunctos sepulti Traxerat mundi Deos, Vicistis; istam posteri laudem dabunt, Ventura fastis inseretque aetas suis.
me tenir tête comme ennemi. Toute gloire est conquise, la Pucelle est vaincue. Que Charles s'arroge encore la possession de quelques villes, cette victoire va me les ramener. Les royaumes suivent d'ordinaire le triomphe du vainqueur, ce triomphe va partout m'attirer l'envie. Le Français audacieux ne faisait la guerre qu'avec le secours d'une femme; mais quand c'est l'Anglais qui lutte , c'est chose trop légère que le bras d'une femme! la France et son roi lui-même seront le lot de mon roi. La fortune semblait avoir abandonné ses Anglais; mais elle n'avait caché son visage que pour le leur montrer brillant d'un plus vif éclat; elle ne leur avait envoyé la défaite que pour y faire puiser aux nôtres une vigueur nouvelle. Elle s'est levée, et nous avons vaincu; la Pucelle gémit dans un noir cachot, et elle regrette de n'être pas toujours restée fidèle au génie de son sexe. L'insensée avait déserté, elle avait déserté, Tinfàme, les habitudes de son sexe, elle avait, dans son audace, prétendu l'empire sur les hommes. C'était un crime; le Ciel a créé pour le fuseau la main des femmes et non pour le combat. Qu'elles restent paisiblement assises, à filer la laine dans leurs maisons. Ce sexe est fait pour être aimé et non pour se faire craindre des hommes^ Cette faible main, cette poitrine arrondie de fécondes mamelles, cette molle chevelure n'ont rien à voir avec la guerre. Votre gloire est grande, ô chefs, vous avez vaincu cette foudre du ciel français, vous avez vaincu cette hydre , que dis-je ? cette furie envoyée du fond du Styx, dont la fureur armait le cœur et le bras, et qui traînait pour alliés à sa suite
2T2 JOANNA DARCIA.
Benè est, abundè est, restât ut ferrum suo Cruore tingat, anglicus cujus manu Undavit olim francicis campis cruor.
SUFFORTIUS.
Mors una et atrox feminae tali parum est, Pereat necesse est millies; quse tôt neces In nos refudit, mille patiatur neces ; Viva inter ignés ardeat, viva occidat, Occisa vivat; vivere et semper mori Inter dolores possit.