‹ Jeanne d'ArcChapitre 76 sur 77 · LE CHŒUR · texte numérisé non relu

LE CHŒUR

O sort, ô vicissitude des choses ! la gloire succombe sous la haine, et l'envie accable l'innocence. Quelle lamentable cause de mort, quand celui qui condamne est celui qui accuse, quand le juge et l'arbitre n'obéissent qu'à la haine! Ahl que tu nous parais grande dans ta mort ! que de larmes elle arrache à nos yeux! tandis que tu t'assures un nom éternel, nos larmes seront éternelles comme lui. Tu n'y gagnes rien, ô Anglais, tu frappes la pucelle d'une mort cruelle, mais le bûcher hâtera la maturité de sa gloire, et la postérité dira, en gémissant, que tu as violé le droit de la guerre. Hélas ! ô vierge, plongée dans un affreux trépas, toi, la colonne assurée de notre patrie, toute la France succombe avec toi, et reconnaît ses cendres dans les tiennes. Mais elle n'oublie pas tes services, et nos larmes en témoignent en coulant; ton bras a renversé les phalanges ennemies et a rendu ses villes au roi. Les Anglais ont tourné le dos devant toi ; tu étais la force de nos Français et le rempart de leur roi accablé. Si l'Anglais furieux t'a ôté la vie, obéissant à l'instinct féroce de son âme perfide, et honteux de ses armées tant de fois taillées en pièces et prenant la fuite, il s'est préparé dans tes flammes le feu qui doit le consumer lui-même. Il quittera cette terre et, de nouveau vaincu, il regagnera avec douleur l'Angleterre gémissante. C'est l'arrêt qu'en mourant la

JOANNA DARCIA.

Perlîdo pectus stimulatus aestu, Dùm pudet caesas toties cohortes Ire retrorsùm, tamen ipse flammis Jam tuis flammam sibi praeparavit ; Cedet his terris, iterumque caesus Angliam mœstus repetet dolentem.

Ultimum hoc Angle moriens puella Reddidit fatum, neque fallet Anglum.

Sed tui dùm nunc superest sepulchri Cura, nos fulvo cineres in auro Inter et gemmas, roseosque flores, Liliis tectos referemus albis, Etcolet omnis Francia plorans. Si tamen etiam cineres Anglus Rapidis furiens sparserit undis, Nos tibi tumulum florum è cumulo Gratâ flentes mente struemus ; Et depexo crine quotannis, Dabimus mœstae tumulo lachr^-mas Dabimusque novos tumulo flores.

Venient célèbres undique vates Repetentque tuas ordine laudes, Acuent cytharas résonante st}io; Et tua toto nomina mundo Spargent : Jacet hic Darcia, dicent, Angliae victrix quae agmina fregit, Et restituit lilia Franco.

lUam flammis sustulit Anglus, Sed non nomen sustulit Anglus.

Clara vivit laude superstes, Totum meritis nota^ per orbem.

Cujus probitas castusque pudor

JEANNE D ARC. 3j.D

pucelle a prononcé contre l'Anglais, et l'Anglais n'y échappera pas. Mais nous à qui maintenant est réservé le soin de ton tombeau, nous rapporterons tes cendres dans une urne d'or, entourée de perles et couverte de roses et de lis immaculés. Toute la France les accueillera par ses pleurs. Mais si l'Anglais, dans sa fureur, n'a pas même épargné tes cendres, et les a répandues dans les rapides ondes, nous t'élèverons, en pleurant et d'une âme reconnaissante, un tombeau de fleurs, et chaque année, les cheveux épars, nous viendrons tristement apporter à ce tombeau le tribut de nos larmes et y répandre des fleurs nouvelles. De toutes parts accourront les poètes célèbres, pour chanter tes louanges. Ils promèneront sur leur luth leur archet sonore, et répandront ton nom par toute la terre : ici, diront- ils, repose Jeanne d'Arc, qui, d'un bras victorieux, mit en déroute les soldats de l'Angleterre, et rendit les lis à la France. L'Anglais la livra aux flammes, mais il ne put y ensevelir son nom. Elle se survit dans sa gloire éclatante, et ses exploits l'ont rendue fameuse dans le monde entier. Le renom de son honneur, de sa chaste pudeur et de sa vaillance dans les combats grandira d'âge en âge au-dessus de l'envie. Vis à jamais, ô fortunée Jeanne d'Arc ! vivante tu vainquis l'Anglais par la force des armes; tu triomphes, en mourant, de son envie.

246 JOANNA DARCÎA.

Et fulmineis robur in armis Suprà invidiam crescet in aevum.

Vive, ô felix Darcia, vivens Vicisti Anglos fortibus armis, An^li invidiam moriens vincis.

FINIS TRAGŒDI.E.

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