SCENE VII
Jeanne, le vieillard, chœur de vierges françaises, Lucidas Anglais.
Ma mort est donc résolue, ainsi le juge l'ordonne. Succombe, ô vertu, je ne me défends pas, je puis renoncer à la vie, après avoir délivré la France, après avoir rendu la couronne à son roi. C'est assez de gloire, si j'ai vaincu dans les combats, et je mourrai avec courage. Ma vie prouve mon innocence, et c'est l'envie qui me condamne. L'Anglais ne pouvant supporter mes trophées, m'envoie au bûcher. C'est l'envie qui me condamne et non les fautes de ma vie. Mais tu n'en triompheras pas d'avantage, non, non, tu ne triompheras pas. Anglais. Tu seras chassé du royaume de France. C'est l'arrêt sur toi d'une accusée mourante. O sort! il me faut donc, innocente, mourir par le feu cruel ? Mais c'est ma gloire de mourir innocente.
LE VIEILLARD
Non, tu n'es pas coupable, ce bûcher allumera le flambeau de ta gloire, et répandra sa clarté sur le monde entier.
O mon âme, ne pensons qu'au ciel, oii t'appelle Celui qui t'envoya et qui t'a conduite jusqu'ici; la
240 JOANNA DARCIA.
Debetur etiam Francise aftlictae cruor.
Pluat inter ignés, effluat totus, mihi
Pars nulla vitae, cum vocat Cœlum, placer.
Mens ista magna est, quae pati mortem potest, Cùm vita grata est.
Christe, Rex regum, potens Dominator orbis, et tuo haud impar Patri, Si rite jussis parui virgo tuis, Recipe innocentem ; quicquid est actum, tibi Adscribat orbis, vis tua hanc dextram impulit, Nihil ipsa potui ; praemiuni sed jam tuae Reddas puellae, te Deum, cœlum tuum.
Etiam hoc benignus ultimis votis jubé Ratum esse nostris, Franciam Francus suam Recipiat omnem ; si quod est Angli scelus, Moriens remitto, et lasta succumbo neci. Tu, quisquis hîc es, perge, et adduc quo voles.
Tibi paratus ignis est; sortem pati Severiorem disce, dùm judex jubet.
Tu perage judex quicquid edixit tuus.
Vale ergo jam, rex Carole ; et vos, principes,
Meique nuper milites, tellus, vale.
France affligée a peut-être encore besoin de mon sang. Qu'il pleuve au milieu des flammes, qu'il coule jusqu'à la dernière goutte, rien ne me plaît de la vie, lorsque le Ciel m'appelle.
LE VIEILLARD
Cette âme est vraiment grande, qui peut accepter la mort, lorsque la vie peut encore lui être chère.
O Christ, roi des rois, puissant dominateur du monde, et l'égal de ton Père, si l'humble vierge a obéi à tes ordres, reçois son âme innocente. Tout ce qu'elle a fait, que le monde te le renvoie; c'est ta force qui a poussé ce bras, je n'ai. rien pu par moimême; mais accorde à ta pucelle le pris qu'elle attend de toi, toi mon Dieu, ton paradis. Accorde encore, dans ta bonté, à mes derniers vœux, que le Français recouvre toute sa France. Si l'Anglais a à se reprocher quelque chose envers moi, je le lui pardonne en mourant, et je meurs avec joie. Toi, qui que tu sois, achève ta besogne, et mène-moi où tu voudras.
LUCIDAS.
Le bûcher t'attend; résigne-toi à la rigueur de ton sort, le juge a prononcé.
JEANNE
Achève donc ce que ton juge a décrété. Adieu, ô roi Charles, et vous, ô seigneurs de France, et vous naguère mes soldats, et toi, ô terre, adieu 1
JOANN'A DARCIA.
CHORUS
O sors, et ô rerum vices î Succumbit odiis gloria, Et livor insontem premit.
Miseranda causa mortis est, Cùm damnât ille qui arguit, Oditque judex arbiter.
Heu ! quanta nobis occidis !
Quam flebilis nobis péris !
ûùm nomen aeternum facis, Dabimus perennes lachrymas.
Nil, Angle, facis; morte puellam Dùm premis atrà, veniet tali Matura rogo gloria fati, Dicetque gemens te posteritas Violasse ratas belli leges.
Virgo, heu ! letho mersa severo, Patriae certum columen nostrae, Francia tecum tota recumbit, Cineresque tuos putat esse suos.
Meriti non est oblita tui Nostraeque fluunt lachrymae testes, Tua prostravit dextra phalanges.
Régi urbes restituitque suo ; Tibi terga fugae vertere Angli, Nostris tu robur eras Francis, Et fesso praesidium régi.
Sustulit si te furiosus Anglus,