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Jeanne D'Arc poëme

Gloibe a Dieu ! voilà la pensée , le but , le commencement , la suite et la fin de cette oeuvre.

Jeanne d’Arc ! on peut le dire : c’est le miracle du moyen âge. Ici, le merveilleux est dans l’histoire. Et pourtant l’Àristarque du dix-huitième siècle a écrit ces lignes : « Ni Dunois, ni Charles VII, ni même Jeanne d’Arc, malgré son courage et ses exploits, n’ont joué, cè me semble, un assez grand rôle pour remplir la majesté de l’épopée. » — Alors La Harpe étoit assez Français pour déplorer le cynisme de Voltaire, mais il n’étoit pas encore assez chrétien pour tomber à genoux devant le Dieu de la nouvelle Débora.

Le chantre de Jeanne d’Arc n’a pas à dire luimême, autrement que par son labeur, tous les titres de cette bergère, de cette héroïne, de cette martyre, à l’admiration des peuples. Il lui suffit de répéter, à sa propre charge, ce qu’il disoit dans une première édition : « On doit affirmer qu’un sujet si merveilleux ne manque pas aux

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poètes, mais que les poètes seuls peuvent manquer au sujet. »

Reconnoissant aussi lui-même que , dans le principe, il n’a pas abordé avec assez de hardiesse et dans toute son étendue, la donnée imposante des apparitions célestes, il a étudié à fond depuis, et dans leur source, dans les Livres Saints, les révélations angéliques : de là est sorti un autre ouvrage , Les Anges de la Bible , où se développent et s’expliquent les faits les plus mémorables de l’histoire sacrée.

Et comme Jeanne d’Arc nous a ainsi mené aux Anges, les Anges nous ont ramené à Jeanne' d’Arc.

Elle a dit maintes fois aux examinateurs de Poitiers, comme aux juges de Rouen, qu’elle avoit été assistée, éclairée, instruite, par les Esprits célestes. Nous sommes donc admis, et devant l’orthodoxie et devant l’histoire, à rechercher les émanations de cette source divine. Puissionsnous les avoir heureusement trouvées, exactement recueillies et fidèlement rendues !

C’est surtout l’héroïsme chrétien qu’il faut chanter. Aussi avons-nous toujours eu sous les yeux ces paroles que Jeanne d’Arc déclare avoir entendues de la bouche des Saints et des Anges : « Ne te chaille pas [ne t’effraie pas) de ton martyre ; .tu t’en viendras enfin au royaume de paradis. »

Au milieu de quelques inspirations nouvelles, nous avons été, si nous osons le dire, vivement

stimulé par la voix du grand pasteur d’Orléans, qui, en face même des saints autels, a en quelque sorte sommé la poésie catholique de travailler enfin à l’épopée de Jeanne d’Arc (1).

De toutes parts, d’autres encouragements sont venus de l’ardeur avec laquelle la littérature, l’histoire et la philosophie exaltent maintenant l’héroïne de la France.

Plus que jamais, de nos jours, en effet, et surtout depuis la publication des documents officiels du procès de condamnation et du procès de révision, Jeanne d’Arc a grandi aux yeux de sa patrie et aux yeux de tous les peuples, même aux yeux de l’Angleterre. Les malheurs aussi bien que la gloire du royaume Très-Chrétien ont, durant quatre siècles, de mieux en mieux fait comprendre tout ce dont il est redevable à sa libératrice.

Recueillons d’abord ces paroles d’une plume éloquente que la mort a brisée peu de temps après :

« Il n’y a rien à comparer, ni chez les anciens, ni chez les modernes, ni dansla fable, ni dans l’histoire, à la Pucelle d’Orléans. Donnez à la muse épique le choix de l’invention la plus touchante et la plus merveilleuse , interrogez les traditions les plus imposantes que les âges d'héroïsme et devenu aient laissées dans la mémoire des hommes, vous ne trouverez rien qui approche de l’authentique vérité de ce phénomène du quinzième siècle.

« Tout va périr quand cette jeune fille paroit. C’est une paysanne de seize à dix-sept ans, d’une taille

(1) Panégyrique de Jeanne d’Arc, par Mgr Dupauloup. U856).

noble et élevée, d’une physionomie douce, mais fière; d’un caractère remarquable par un mélange de candeur et de force, de modestie et d’autorité, qui ne se sont jamais trouvés au même degré dans aucune créature ; d’une conduite enfin qui fait l’admiration de toutes les personnes qui l’ont connue (t). »

Après avoir esquissé à grands traits le drame de Jeanne d’Arc, le même écrivain dit encore :

« On avouera qu'il ne manque rien dans ce récit de tout ce qui recommande une grande renommée à la postérité. Il a l’intérêt de la vertu, celui de la gloire, et celui du malheur qui, pour certaines âmes tendres, est le plus imposant de tous. Comment se fait-il donc que le nom de la Pueelle réveille si peu de souvenirs dans la foule des Français, ou qu’il n’y réveille que des souvenirs indignes d’elle? Le dirai-je! un poète, l’honneur de la nation par son génie, l’opprobre de la nation par l’usage qu'il en a fait trop souvent, hésita, jeune encore, entre deux sujets d’épopée. Jeanne d’Arc et Henri IV. Il eut le malheur de choisir le second qui, placé dans un ordre d’inspirations moins merveilleuses, dans un siècle moins chevaleresque, moins poétique , moins religieux , dans un système de mœurs moins convenable à la muse épique, ne pouvoit fournir que la matière d’une histoire élégante et pompeuse. La haine du christianisme qui dévoroit son cœur le dirigea dans ce choix malentendu. Il craigDit d’ajouter aux pompes de cette religion, en substituant les merveilles de la croyance aux abstractions glacées de la religion philosophique. Cette foislà ses passions le trompèrent au préjudice de sa gloire et de son bonheur... — Et pourquoi les faux sages du dix-huitième siècle, pourquoi les habiles tartufes de la philosophie, qui avoient un si grand intérêt à pa-

(l) Charles Nodier, de l’Académie française. Préface du roman historique de Jeanne d’Arc, par M. A. Dumas.

roltre patriotes pour tromper le peuple, auroient-ils avili à plaisir la plus pure des renommées, s'ils n’avoient craint de trouver Dieu dans le mot de cette merveilleuse énigme ? »

C’est entrer dans la même pensée que d’ajouter : Non ! la plus pure des renommées n’a pu jamais être avilie ! En vain le cynisme de l’impiété a voulu attacher sa souillure à ce sujet éminemment épique dont il redoutoit l’éclat : le génie fourvoyé a manqué son but, il n’a réussi, en dernier résultat, qu’à flétrir le nom du poëte impur avec l’ignoble poëme qu’une femme célèbre ajustement qualifié crime de lèse-nalion.

Aujourd’hui les ennemis de la religion toute catholique de Jeanne d’Arc sont eux-mêmes saisis d’admiration: én face de sa vie et de sa ihort.

Le scepticisme ne refuse donc pas son tribüt d’honneur à ce qu’il appelle une héroïque exaltation.

Le rationalisme, par l’organe de l’historien de la Civilisation en Europe (1), nous déclare doctoralement que Jeanne d’Arc a été inspirée , non point par la lumière ou la grâce divine (l’aveu seroit trop lourd pour la foi protestante!) mais par les sentiments , par les croyances, par les passions du peuple ; et, en conséquence, il en fait une héroïne purement populaire.

Le philosophisme de toute nuance a fini par s’incliner devant la vierge guerrière.

Lt le panthéisme déguisé contemple en elle

(l) M. Guizot, XI* Leçon,

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le type de ce qu’il nomme la force cachée dans les entrailles des peuples , et (peu s’en faut qu’il ne le dise) dans les entrailles de la Gaule.

Ces libres penseurs ont un but quJil faudra démasquer, et très-facilement, tout à l’heure.

Moins soucieux du dogme, le roman historique croit à sa manière aux révélations de la prophétesse, et il fait ses délices de l’épopée du moyen âge.

En regard de tous ces divers jugements , c’est un devoir, pour l’auteur qui veut rester fidèle à son héroïne, de dire bien hautement que, comme hors la vérité il n’y a point de vérité, de même hors la foi de Jeanne d’Arc , il n’y a point de foi à Jeanne d’Arc.

Si tout cœur honnête a horreur de l’immonde production de Voltaire, même sans la connoître autrement que par l’indignation et les regrets de ceux qui en ont souillé leur mémoire (1) , tout

(1) Nous n’avons rien lu de cette turpitude ; et pourtant, en moins d’une minute, nous avons pu en juger. Dn ancien magistrat de la capitale, qui recueille tout ce qui s’imprime touchant Jeanne d’Arc, c’est-à-dire déjà près de cinq cents ouvrages ou opuscules, a entr’ouvert et près lue aussitôt refermé sous nos yeux les gravures d’un exemplaire illustré de l’œuvre de Voltaire. Faut-il le dire en l’honneur de la pudeur traditionnelle ? les hommes de la librairie nous révèlent que, sauf pareille exception r nulle part on ne retrouve cette édition doublement satanique dont le feu a dû faire justice dans toute famille chrétienne. L’influence impie du philosophe de Ferney n’a eu qu’un temps. 11 a honteusement échoué dans ses attaques contre le Christianisme. M. Sainte-Beuve n’a donc pas bien mesuré des termes qui vont sans doute au delà de sa pensée (il faut le croire par honneur pour lui-méme), quand il dit : « Virgile, en « recevant ses dieux tels que les lui donnoit la tradition, les a « soignés comme quelqu’un qui n'y croit pas et qui est venu

cœur catholique doit pareillement avoir horreur des écrits dans lesquels Jeanne d’Arc sert d’instrument à l’incrédulité contre les dogmes de l’Évangile.

Or, dans ces derniers terris, des hommes de science, des historiens érudits, des philosophes infatués du moi humain qu’ils osent appeler le moi éternel , se sont épris de la sainte prophétesse, et ils veulent faire tourner leur sympathie pour elle au profit de leur haine contre le catholicisme. Mais, en revanche, leur silence respecte le sale philosophe de Ferney.

Il suffira de quelques citations.

L’un des heureux lauréats des académies re- . vendique, pour l’avénement de la fille d’Isabelle Romée, la puissance qui évoque des dernières profondeurs sociales , quand toutes les sommités s’écroulent, ces forces vierges et ignorées d’ellesmêmes que ta Procidence tient en réserve dans les entrailles des peuples (1), et il ne craint pas de comparer cette évocation à celle qui fit sortir les régénérateurs de la terre d’entre les charpentiers de Bethléem et les pêcheurs de Génèzareth. Mais afin qu’on ne s’avise pas d'en tirer pour conclusion un peu de foi révélée, le profond rêveur arti-

« depuis Cicéron et César, comme qui dirait depuis Voltaire. '* »

— Cette comparaison est un contre-sens ; car les grands esprits de l’antiquité païenne s’attaquoient à l’erreur qui n’a qu’un temps, et Voltaire à la vérité qui demeure.

* Études tur Virgile. — I" livre de V Enéide, page Î18.

(1) Henri Martin, Histoire de France, tom. VI, page 140.

cule ensuite très-crûment toute sa pensée sur Jeanne d’Arc ; la voici :

« Les deux grands courants du sentiment celtique et du sentiment chrétien, qui s’étoient unis pour enfanter la poésie chevaleresque, se mêlent de nouveau pour former cette âme prédestinée (t). »

Ainsi les courants les plus contraires s’amalgament au gré du panthéisme ; ils remplacent ici'' la grâce divine ; et pour passeport on leur donne un baptême celtique et même le baptême chrétien, avec cet aplomb de tolérance qui veut bien admettre aussi une providence quelconque.

Attendez : on a posé les prémisses dans une vue plus haute et plus longue. Il faut surhausser encore le piédestal de Jeanne d’Arc . On espère d’elle une bien autre victoire que contre la perfide Albion. Elle doit mettre à néant la tradition catholique, et du même coup l’autorité et l’infaillibilité de l’Église. A cette intention, l’historien fait d’elle un nouveau Messie, le Messie de la France (2) . Et, pour donner à ce grand titre toute sa portée , l’auteur s’est écrié d’abord :

« ... Falloit-il encore une fois qu'une pure hostie rachetât l’ingratitude et l’incrédulité des hommes? (3) »

Autant les vrais admirateurs de Jeanne d’Arc doivent désirer qu’elle soit préconisée, autant doivent-ils gémir, comme elle en gémiroit ellemême, de cet indigne abus de son nom et de sa

(1) Henri Martin, Histoire de France , tome VI, paye 143.

(2) Ibid., p 258,

(3) Ibid., p. 226.

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gloire ; car, dans un autre ordre de conception, c’est le pendant du poëme de Voltaire : d’un côté l’obcène parodie ; de l’autre, le travestissement anti-chrétien.

Suivons donc l’examen de la seconde œuvre ; la première est jugée, elle meurt dans sa fange. /

L’œuvre historique, au contraire, qui bientôt n’inspirera plus que de la pitié, peut encore égarer aujourd’hui quelques intelligences sous les auspices du patronage académique. Elle appelle donc naturellement une pleine réfutation ; et cette tâche est facile, tant l’erreur est en contradiction avec elle-même ! d’ailleurs le nouvel historien prête tout d’abord le flanc ; il manque ouvertement à la vocation de l'histoire ; il est partial jusqu’àl’iniquité; il applique à l'Église en général, à l’Église universelle, l’indignation encourue par deux ou trois membres du clergé français, dans le déplorable drame de Rouen.

De ce que Jeanne d’Arc a dit devant ses juges qu’elle ne pouvoit renier les Anges, les Saintes et les Saints dont elle recevoit l’assistance (ne pouvant pas non plus donner un démenti à ses oreilles et à ses yeux, bien qu’elle ait consenti ensuite à se soumettre, même en ce point, au Pape et au concile), il en conclut qu’elle s’est révoltée contre l’infaillibilité de l’Église.

Puis, dénaturant le rôle sublime de l’angélique accusée, et calomniant sa piété filiale envers cette Sainte- M ire-É g / ise , comme s’exprime la vieille foi, il voudroit dans toutes les paroles qu’il prête à

l’innocente victime, trouver le glaive qui tue la tradition sacrée, la massue qui l’écrase, le fouet vengeur qui en disperse les lambeaux. Ecoutons ce qu’il impute aux théologiens, ou juges, ou assesseurs, ou conseils, au procès de Jeanne d’Arc :

« Tous ces sophistes scholastiques ont vu avec rage une femme relever au nom du ciel une cause qu’ils avoient cru perdue, qu’ils avoient condamnée comme telle, et ils ont soif de venger sur cette femme leur infaillibilité compromise, en établissant judiciairement que tout ce qui ne vient pas d’eux vient de l’enfer (1). »

Et plus loin :

« Le voilà dans toute sa solennité, ce débat dont le caractère a été trop longtemps voilé. Il s’agit de bien autre chose que des vengeances des chefs anglais ou des bassesses de leurs serviteurs français. Nous l’avons dit : c'est ici la lutte de la tradition organisée et absolue, de la règle extérieure, de l’infaillibilité constituée, contre la spontanéité individuelle, l’inspijation immédiate, la voix intérieure. Oui, certes! c’est un grand péril que l’individu assume une telle responsabilité; mais le genre humain est fait pour, avancer à travers les écueils. Oui, sans doute, il y a mille faux prophètes pour un vrai : mais ce vrai renouvelle le monde qui périroit étouffé sous les pouvoirs infaillibles. L’infaillibilité n’est que la révélation de Dieu dans la conscience du genre humain. Elle n’est pas matériellement organisable. Les majorités d’un jour peuvent dire : non ; quand l’éternelle conscience dit : oui. La voix infaillible ne parle que dans l’âme humaine et dans l’histoire (î). »

(1) Henri Martin, Hist. de France, tome VI, page 236.

(2) Ibid, p 273.

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La réponse aux odieuses diatribes et aux emphatiques erreurs doit être calme et simple.

Observons d’abord que le langage de l’histoire n’est pas le langage de la colère. Or, l’auteur des paroles citées, en supposant la rage dans le cœur de tout le clergé appelé au procès de Jeanne d’Arc, montre ainsi la haine la plus aveugle. Il ferme volontairement les yeux sur les manœuvres de deux ou trois coupables dont émanoit le faux exposé sur lequel les membres de l’Université de Paris et d’autres théologiens étoient consultés. Il oublie volontairement aussi les généreuses voix qui, aux audiences même, se sont élevées du sein d’un grand nombre d’assesseurs ecclésiastiques en faveur de l’innocence.

Ce n’est point assez, pour ce contempteur de l’Évangile et de l’Église de Dieu, de confondre la masse du clergé contemporain de Jeanne d’Arc avec quelques indignes ministres , il poursuit encore son œuvre diffamatoire dans le présent et dans l’avenir.

Pourtant, il ne sauroit ignorer combien la mémoire delà sainte héroïne est en vénération dans toute la catholicité ; avec quel éclat le Pontife de Rome, Calixte III, a fait procéder à la révision de la cause, ou, pour parler plus exactement, à la constatation des témoignages qui avoient toujours honoré et vengé la victime ; avec quelle unanimité tous les auteurs chrétiens proclament sa gloire ; avec quel bonheur la Cathédrale d’Orléans entend chaque année son panégyrique; avec

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quelle persévérance est célébrée, depuis des siècles , la procession religieuse du 8 mai, dans la noble cité; et il lui seroit impossible, à lui-même, nous l'en défions ! de trouver, à l’encontre de Jeanne d’Arc, un seul prêtre vraiment apostolique.

Et néanmoins il développe sa thèse haineuse, au moyen d’une distinction inadmissible dans l’Église dont l’unité est la base fondamentale ; il dit :

« Là où la religion est encore un sentiment, un principe de vie, le prêtre est pour Jeanne. Mais là où elle n’est plus qu’une forme, qu’une règle extérieure, qu’une doctrine d’école, dans le haulclergé politique, dans la tourbe scholastique, le Messie de la France 11e soulève qu’une effroyable jalousie ; jalousie des dépositaires de l’autorité officielle, contre la libre inspirée qui vient directement de Dieu et non des prêtres; jalousie des docteurs, des hommes de la glose et du syllogisme, contre l’ignorante sublime qui lit, comme elle le dit, dans un livre où il y a plus que dans les livres des hommes; âpre et sourde colère de cette Église desséchée et sophistique contre l’esprit qui vient troubler ses morts dans leurs sépulcres blanchis! enfin, il faut bien le dire : frayeur sincère de l’étroite orthodoxie des esclaves de la lettre devant cette intervention irrégulière de la Providence qui s’opère en dehors de toute forme établie (1). »

Celui qui se fait ainsi le champion de Jeanne d’Arc ne croit pas lui-même à la vraie Jeanne d’Arc : car le Dieu dont il parle n’est pas le Dieu de Jeanne d’Arc ; la providence dç>nt il parle n’est pas la Providence de Jeanne d’Arc ; l’église dont

(1) Henri Martin, Histoire de France, tome VI, p. 195.

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il parle n’est pas l’Église de Jeanne d’Arc ; et la religion dont il parle n’est pas la religion de Jeanne d’Arc.

Pour lui, toute la foi, tout le génie, toute la force de la prophétesse, vient du chêne ou du culte des Druides ; et, dans son égarement, il ose couronner sa polémique par cette conclusion :

«... La grande àme de la Gaule, éclose dans le sanctuaire du chêne, éclate également dans le libre arbitre de Lerins et du Paraclet, dans la souveraine indépendance de l'inspiration de Jeanne, et dans le moi de Descartes (1). »

En 1857, le Secrétaire perpétuel de l’Académie , a protesté contre cette opinion bizarre, en ces termes :

« Ici tout manque au paradoxe : le témoignage des faits, la logique des conséquences. Le druidisme, bien mal connu, malgré quelques lignes de César et quelques vers de Lucain, n’a pas servi de modèle à la constitution de notre Église ; il ne portoit pas dans son sein l'idée de la France; il ne s’est pas retrouvé jusque dans l’héroïsme de notre moyen âge. Pourquoi cette préoccupation? dirons-nous à l’historien. D’oii vous vient cette lumière que vous n’aviez pas d’abord aperçue? Ce ne sont pas les druides, immolateurs sauvages de victimes humaines, ce sont les martyrs chrétiens, victimes volontaires des tyrannies de l’Empire, qui de Jérusalem jusqu’à Rome, d’Alexandrie, de Srayrne, de Corinthe jusqu’à Lyon et à Lutèce, ont relevé l’esprit humain en lui attestant, par leur sérénité dans les supplices, sa céleste origine et son immortelle nature. Ce n’est pas une tradition druidique, infiltrée à travers les âges, qui, d’un obscur hameau de France, suscita Jeanne d’Àrc comme une autre

(i) Henri Martin, Histoire de France, p. 301 et 303.

Velléda : ce fui l’esprit chrétien dans une âme simple et sublime ; ce fut la passion du dévouement, l’ardeur de mourir pour son pays et pour ses frères, sans verser soi-même le sang d'un ennemi, et en marchant au combat comme une victime sainte réservée au sacrifice après le triomphe. Mais je m’arrête. Il est facile de blâmer dans un grand travail, » etc.

Ainsi, le druidisme du nouvel historien n’a pas échappé au blâme dans le Rapport de M. Villemain. Mais les traits qui dévoient pareillement faire justice du panthéisme et de la calomnie antichrétienne ne sont pas sortis de la plume du célèbre rapporteur. Est-ce que le tempérament de la docte assemblée n’auroitpu les souffrir?.. Pourtant la foi de la France les réclamoit plus vivement encore, après ces belles paroles. Heureusement, l’Église est immortelle, tandis .que la sagesse humaine meurt comme ses prophètes.

Nous ne sommes pas au bout des aberrations.

L’historien panthéiste ne croit pas non plus au témoignage de Jeanne d’Arc. Ce qu’elle dit le plus clairement, le plus simplement, le plus naïvement, c’est qu’elle a vu les Anges, les Saints et les Saintes de Dieu ; qu’elle les a vus de ses yeux corporels (1), de ses propres yeux, sous des formes éclatantes, comme elle les a entendus de ses propres oreilles, dans un langage sonore et mélodieux. Erreur ! Son nouveau panégyriste ne le veut pas ainsi. Il a juré avec tout le philosophisme de ne croire à aucune révélation extérieure (tant est violente leur antipathie contre la

(1) Interrogatoire du S7 février 1430.

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révélation chrétienne ! ) , mais il suppose que Jeanne d’Arc étoit somnambule et que, de tant de merveilles qu’elle raconte, elle n’a rien connu, sinon dans ses heures d’extase.

« Quel parti, se demande-t-il, quel parti doivent prendre dans ce débat l’histoire et la philosophie ?

« L’histoire ne sauroit prétendre à déterminer avec précision la portée des phénomènes ni des facultés extatiques et somnambuliques; mais elle constate qu’ils sont de tous les temps et de tous les lieux, et que les hommes y ont toujours cru... etc.

« Il est plus téméraire de conclure au nom de la philosophie.

« Le philosophe pourrait soutenir, à ce qu’il nous semble, que l'illusion de l’inspiré consiste à prendre pour une révélation apportée par des êtres extérieurs. Anges, Saints, ou génies, les révélations intérieures de cette personnalité infinie qui est en nous et qui parfois, chez les meilleurs et chez les plus grands, se manifeste par éclairs des forces latentes dépassant presque sans mesure les facultés de notre condition actuelle (1). »

Ce sont, dit encore l’historien-rfrMÛhÿMe.

« Ce sont les révélations du férouer mazdéen, du bon démon (celui de Socrate), de l’Ange gardien, de cet autre moi qui n’est que le moi éternel, en pleine possession de lui-même, planant sur le moi enveloppé des ombres de cette vie. »

A ce compte du hardi penseur (docile pourtant au mot d’ordre de la philosophie anti-chrétienne), il n’y a point de communication visible entre les Esprits célestes et les hommes. En d’autres termes, c’est la dénégation des apparitions angéliques et des Saintes Écritures où elles sont divitl) Henri Martin, Hist. de France, tom. VI, p. 582.

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uement attestées. N’est-ee point là aussi un écho dé la révolte déclarée dans le non serviam ? (1) il n’y a qu’une seule différence : car, ce n’est plus ici l’Ange rebelle qui repousse l’Homme-Dieu, mais c’est l’homme qui ne veut point d’Ange, point de créature au-dessus de lui. Aussi se donne-t-il à lui-même une personnalité infinie , c’est-à-dire une personnalité exclusive de tout être supérieur ; et cela, parce qu’il prétend trouver en soi tous les êtres possibles, et Dieu même, non plus par la seule idée, ou conscience, ou sens de l’infini, mais par une possession propre et personnelle des pensées, des types et archétypes de toute chose : en telle sorte que la force créatrice, tout indépendante qu’elle doive être comme attribut divin, appartiendroit néanmoins à la créature, au moyen de cette personnalité infinie : définition nouvelle de l’âme humaine, nouveau panthéisme, nouvelle transformation de l’orgueil.

Dans l’apologie embarrassée de cette malheureuse thèse, l’auteur continue ainsi :

« Nier l’action d’êtres extérieurs sur l'inspiré, ne voir dans leurs manifestations prétendues que la forme donnée aux intuitions de l’extatique par les croyances de son temps et de son pays, chercher la solution du problème dans les profondeurs de la personne humaine ; ce n’est en aucune manière révoquer en doute l’intervention divine dans ces grands phénomènes et dans ces grandes existences. L’auteur et le soutien de toute vie, pour essentiellement indépendant qu’il soit de chaque créature et de la création

11) Jértm. II.-ÎO.

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tout entière, pour distincte que soit de notre être contingent sa personnalité absolue, n’est point un être extérieur, c’est-à-dire étranger à nous, et ce n’est pas du dehors qu’il nous parle : quand l’àrne plonge en elle-même, elle l’y trouve ; et, dans toute inspiration salutaire, notre liberté s’associe à sa providence (1). »

Ou les propositions ainsi formulées sont inintelligibles même pour celui qui les énonce, ou bien elles veulent dire : La personnalité absolue de Dieu n’étant point extérieure, étrangère à l’âme humaine, cette âme, toute créée qu’elle est, participe et coopère à la création ; et quand elle plonge en soi elle y trouve Dieu, ainsi qu’elle est elle-même éclose en lui ; ou plutôt, elle le crée en quelque sorte à son tour et comme réciproquement, dans les profondeurs de sa personnalité.

Ainsi, le panthéisme , ce protée universel, se joue dans l’infini comme il se joue de l’infini, sans même se mettre en peine de la contradiction des termes entre l’être contingent et cette personnalité incommensurable qu’il veut lui donner.

Un professeur de la même école applique nettement aussi cette doctrine à Jeanne d’Arc.

« Elle fut, dit-il, une légende vivante... Mais la force de vie exaltée et concentrée n’en devint pas moins créatrice. La jeune fille, à son insu , créoit , pour ainsi parler, et réalisoit ses propres idées, elle en faisoit des êtres, elle leur communiquoit du trésor de sa vie virginale une splendide et toute-puissante existence, à faire pâlir les misérables réalités de ce

Ci) Henri Martin, Hist. de France, tom. VI, pas. 143 et 144.

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monde. Si poésie veut dire création, c’est là sans doute la poésie suprême (1). »

Ce nouvel apôtre de Jeanne d’Arc, après l’avoir jadis tout autrement jugée dans son cours au collège de France, pousse aujourd’hui l’enthousiasme pour elle jusqu’à l’exagération voisine du blasphème. Après avoir considéré que pour réduire les volontés indomptables des preux de l’époque, il falloit Dieu même , il ajoute aussitôt :

«Le Dieu de cet âge étoit la Vierge bien plus que le Christ. Il falloit la vierge descendue sur terre, une vierge populaire, jeune, belle, douce et hardie. »

N’est-il pas clair, dans cette vaine adoration, que le naturalisme reste toujours l’inséparable auxiliaire du panthéisme ?

Quoi qu’il en soit, l’ancien professeur public (au Très-Chrétien royaume !) fixe de même que son émule, le point capital selon eux du procès de Jeanne d’Arc , comme il suit :

« La voix secrète, égalée ou préférée aux enseignements de l’Église, aux prescriptions de l’autorité, l’inspiration, mais libre, la révélation, mais personnelle, la soumission à Dieu, quel Dieu ? le Dieu intérieur (2).»

C’est-à-dire le moi ! c’est-à-dire le panthéisme.

Il continue en ces termes :

« La question du procès se trouva ainsi posée dans sa simplicité, dans sa grandeur. Le vrai débat s'ouvrit : d’une part l’inspiration attestant l’Église invisible... invisible pour les yeux vulgaires. Mais la pieuse fille la voyoit clairement; elle la contemploit

(1) Jeanne d'Abc, par J. Michelet, p. 10.

(i) Ibid., p. 99.

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sans cesse et l’entendoit en elle-même ; elle portoit en son coeur ces Saintes, ces Anges... Là étoit l’Église pour elle ; là Dieu rayonnoit. Partout ailleurs, comme il étoit obscur ! — Tel étant le débat, il n’y avoit pas de remède, l’accusée devoitse perdre; elle ne pouvoit, sans mentir, désavouer, nier, ce qu’elle voyoit et entendoit si distinctement. — D’autre part (pouvoit-on dire), l’autorité restoit-elle une autorité, si elle abdiquoit, si elle ne punissoit? (1) » etc.

Un pareil argument se comprend d’autant moins de la part de ce dernier historien, qu’il a toujours la bonne foi, lui, de reconnoître que les douze articles de l’accusation étoient entachés de fraude, et il s’en explique ainsi :

« Ces propositions, extraites des réponses de la Pucelle et rédigées sous forme générale , avoient une fausse apparence d’impartialité. Dans la réalité, elles n’étoient qu’un travestissement de ses réponses , et ne pouvaient manquer d'être qualifiées par les docteurs consultés, selon l'intention hostile de l’inique rédacteur (2). »

Evidémment donc la responsabilité du faux rapport tombe sur deux ou trois hommes coupables de cette machination. Mais alors que devient l’échafaudage dressé contre les corps ecclésiastiques, contre le clergé en masse, et surtout contre l’Église elle-même?

On le voit ; ces deux panégyristes de Jeanne d’ Arc non-seulement ne s’entendent plus dans leur attaque contre l’autorité catholique , mais ils eussent été tous deux, dans la question même du fait des révélations, des jurés bien autrement dangereux pour la sainte martyre que la plupart des

(1) Jeanne d’àrc, par J. Michelet, p. >00 et 101.

(il Ibid., p. 103,

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théologiens, car ils n’auroient pas manqué de déclarer, suivant leur docte conviction : Non î ses yeux n’ont rien vu ni pu voir ; non ! ses oreilles n’ont rien entendu ni pu entendre ; non ! ses mains n’ont rien touché ni pu toucher de ces prétendues apparitions. Elle a eu des extases, des visions somnambuliques , des représentations tout idéales ; elle a eu en elle-même des conceptions, des créations divines : voilà tout ! Mais elle en impose, quant aux splendeurs visibles, quant aux figures extérieures, quant aux paroles ouïes et répondues et quant aux genoux embrassés. Sur tous ces points elle a menti à la France, à l’Église et à la justice.

Seulement , dans leur incontestable mansuétude, les deux jurés auroient sans doute voulu voir Jeanne d’Arc simplement condamnée à subir leur enseignement, au risque de n’y jamais rien comprendre elle -même. Aussi ont-ils eu besoin de dire qu’elle créoit à son insu !

Tout est contradictoire dans leur invention, soit au point de vue philosophique, soit au point de vue des faits.

Philosophiquement, on ne saurait concilier dans l’homme l'être contingent avec la personnalité infinie.

Et, quant aux faits, toujours et partout Jeanne d’Arc affirme les nombreuses manifestations qui ont frappé ses sens. Nulle part elle ne les donne comme l’œuvre de sa pensée , mais bien positivement comme des réalités extérieures.

Le problème, s’il y en avoit un, seroit donc tout simplement de savoir, entre deux versions différentes, d’une part celle de Jeanne elle-même, et de l’autre celle de ses prétendus interprètes, quelle est la version préférable.

Nul doute n’est possible !

Les assertions de l’héroïne condamnent les conjectures des soi-disant historiens , car on ne trouve plus la sainte histoire, mais le roman panthèistique, dans leurs élucubrations.

Une autre contradiction se manifeste à la fin de l’un de ces deux romans où l’auteur soulève cette question :

« Jeanne d’Arc, au moment de son martyre, estelle restée fidèle à sa croyance? »

Et il ose répondre négativement, en lui donnant pour excuse les angoisses de cette tragédie! Il s’interroge ainsi lui-même : -

« Seroit-ce dans ce moment d’attendrissement universel, de larmes, de contagieuse foiblesse, que l'infortunée, amollie et redevenue simple femme, auroit avoué qu’elle avoit éu tort, qu’on l’avoit trompée, apparemment en lui promettant délivrance ? Nous n’en pouvons trop croire là-dessus le témoignage intéressé des Anglais. Toutefois, il faudroit bien peu connoitre la nature humaine pour douter qu’ainsi trompée dans son espoir, elle n’ait vacillé dans sa foi... A-t-elle dit le mot? C’est chose incertaine; j’affirme qu’elle, l'a pensé (i). »

Cette calomnie sans excuse, car elle est toute gratuite contre Jeanne d’Arc, n’a pas d’autre but

(1) Jeanne d’àbc, par J. Michelet, p. 141.

— XIVII1 —

que de mettre en doute l’héroïsme des martyrs, en lui contestant à elle-même le mérite de son admirable prière au pied du bûcher et de sa touchante résignation jusqu’au milieu des flammes.

Ah ! que l’incrédulité est à plaindre î mais elle est aussi bien mal avisée. Dès qu’elle suppose un seul doute, une seule hésitation à Jeanne d’Arc, elle brise aussitôt l’invention des deux historiens. Si l’héroïne a vacillé dans sa foi, c’en est fait de cette âme prédestinée, de cette personnalité infinie, de cette vertu créatrice , de cette vierge déifiée, de c émoi éternel , de ce Dieu intérieur , enfin de ce nouveau Messie, qui venoit renverser l’infaillibilité de l’Église. Son apôtre ne voit plus ici lui-même qu’une simple femme, bien au-dessous de la femme chrétienne, car la femme chrétienne garde sa foi jusqu’au martyre.

Ainsi l’erreur ne saurpit faire un seul pas sans se démentir et sans tomber en ruines.

Autre conséquence de la même contradiction :

Si Jeanne a été trompée, est-ce par des êtres extérieurs et étrangers à elle-même ? Non ! les doctes penseurs n’en veulent pas , ne les admettent pas. C’est donc par les êtres éclos dans les profondeurs de l’âme créatrice ? C’est donc par le dieu intérieur? Mais alors quel fonds peut-on faire sur une donnée aussi trompeuse ?

C’en est trop ! Laissons-là toutes ces utopies d’un panthéisme aux abois et qui ne s’est jamais compris lui-même. Il a horreur de la foi révélée

et de l’infaillibilité divinement établie. Mais il cherche un prophète, un seul vrai prophète, pour renouveler le monde qui périroit étouffé sous les pouvoirs infaillibles ; et quand il croit l’avoir trouvé, ou plutôt façonné à sa guise, il oublie cette mission inventée,

« Le masque tombe, l’homme reste,

Et le héros s’évanouit. »

Et l’unique Messie, le vrai Dieu, le Dieu de Jeanne d’Arc, Celui qui d’un seulcoup, et comme il convient au Tout-Puissant, a fixé dans le saint Évangile tout progrès , toute perfection de l’homme, en l’élevant jusqu’à Lui, en le divinisant en quelque sorte, ils veulent l’assimiler, et tout au plus, aux divers messies qu’ils ont rêvés ; ils contestent l’infaillibilité de son Vicaire et de son Église ! et, cette infaillibilité, ils en gratifient l'âme humaine et l 'histoire, sans doute pour se croire infaillibles eux-mêmes à un double titre, et comme hommes, et comme historiens.

Pauvre humanité ! pauvre histoire ! daigne la divine lumière éclairer toutes leurs ténèbres !

Revenons donc à notre Jeanne d’Arc, à celle qui disoit dans son humble candeur :

« Si j’ai la grâce en moi qu’elle daigne y tenir !

Et si je ne l’ai pas, qu’elle daigne y venir ! »

Revenons à cette Jeanne d’Arc dont la doctrine catholique a formé toutes les vertus, dont l’humilité a maintenu la foi, dont la foi a fait l’héroïsme dans la guerre, dans la captivité et jusqu’au martyre.

C’est la seule Jeanne d’Arc qu’il soit possible de célébrer dans toute la vérité des harmonies chrétiennes.

La pureté de sa vie exclut jusqu’à l’ombre du moindre nuage. Oh ! que Schiller, malgré sa verve brillante, est mal inspiré quand il place ces paroles dans la bouche de l’héroïne pour Agnès Sorel, en faisant allusion aux amours de Charles YII : « Oui, tu es heureuse ; je crois à ta félicité ; tu aimes celui que tout aime autour de toi... » — Ce n’est pas tout : Schiller met ensuite Jeanne d’Arc dans les bras d’Agnès. Quelle profanation! ce n’étoit pas la peine de mentir à l’histoire pour arriver à une scène aussi révoltante. Agnès n’a eu sur Charles YII l’empire de la séduction qu’après la captivité de Jeanne d’Arc.

Tout est vrai dans la piété de la Pucelle d’Orléans, dont il a été impossible à Voltaire de flétrir le nom. La prière, le jeûne , l’usage fréquent des sacrements, oui, tout en elle a prouvé sa sainte innocence. A la tête de l’armée, elle exhortoit les preux aux œuvres de religion et de pénitence. A sa voix, ils courboient leurs fronts au tribunal sacré ; et l’on y vit La Hire lui-même qui, un jour de bataille, avec plus de dévote familiarité que de foi respectueuse, s’étoit écrié à mains jointes : « Dieu, je te prie que tu fasses aujourd’hui pour La Hire autant que tu voudrois que La Hire fit pour toi s’il étoit Dieu et que tu fusses La Hire I »

i*s.t£-GeogIe

— XXJI —

On a eu tort de reprocher à Jeanne d’Arc d'avoir dépassé le but et le terme de sa mission. Sa vocation divine étoit le martyre; ses voix l’avoient avertie qu’elle en prenoit le chemin , et elle y a voit consenti. Aussi ses mystérieuses révélations sont-elles constamment revenues et dans tout leur éclat jusqu’à la fin.

Nous n’avons pas craint de représenter sous les traits que lui donne l’inflexible histoire, Pierre Cauchon de Sommièvre, évêque de Beauvais. L’Église n’est pas solidaire de ses membres indignes, ni même des scandales du sanctuaire. Elle sera d’ailleurs consolée, nous l’espérons, par bien des souvenirs glorieux pour elle, dans tout le cours de ce long drame dont le fond historique est toujours respecté.

La plus exacte orthodoxie a été partout la règle des inspirations, là même où les fictions sont permises ; et si quelque inadvertance nous étoit échappée, nous nous soumettons, à l’avance et en tous points, à l’autorité de l’Église Catholique- Apostolique-Romaine ; car notre foi est la même que celle de Jeanne d’Arc.

Puisse donc cette œuvre donner quelque édification aux fidèles, de bonnes inspirations à tous autres, et de pieux secours devant Dieu à l’auteur déjà bien près de sa dernière fin !

Saint-Cyr-sur*Loire, le 9 férrier 1853.

Albxandrb GUILLEM1N.

Rien n’est changé au plan général de l’ancien poëme ; les développemens qu’il a reçus y réclamoient naturellement leur place.

La première édition avoit douze chants ; celle-ci en a vingt-quatre, mais ils sont moins longs, et l’ensemble ne s’est guère accru que d’un tiers.

Des notes placées à la fin du volume don* nent quelques explications que ne comporte point la poésie. Elles suivent l’ordre du texte, en rappelant les passages auxquels on doit les rattacher. Ainsi , elles n’entravent pas la lecture et cependant elles peuvent, suivant la convenance des lecteurs, satisfaire à leurs questions, à mesure qu’elles se présentent.

L’auteur regrette d’avoir été en quelque sorte forcé à une discussion philosophique et religieuse, dans l’introduction , au lieu de se borner à quelques aperçus historiques et littéraires. Mais il a fallu se résigner à l'actualité.

Paris, le 1S mars 1833.

CHANT PREMIER

Dès le début on voit la lutte des bons et des mauvais Anges, qui continuera jusqu’à la fin du long drame.— Prière du roi.

— Prière de Jeanne. — Les Esprits célestes apparoissent depuis longtems à la jeune Bergère et lui révèlent les desseins de Dieu. — Tableau de la France ; désolation du peuple coupable.

— Sa vieille foi lui rend l’espérance. — Jeanne pleure sur les ruines de l’église de Domrémy incendiée dans la guerre.— Les voix du ciel développent les grands enseignemens qui doivent préparer sa mission.

Gloire à Dieu ! c’est par lui qu’une simple bergère A chassé de la France une race étrangère,

Et portant devers Rheims l’étendart de la foi,

A sauvé sa patrie et couronné son roi.

Dernière forteresse et dernière espérance,

Orléans d’un long siège épuisoit la souffrance.

JEANNE D’ASC-

Au loin, de sa détresse on entendoit les cris;

Et déjà de ses murs les funèbres débris,

S’ils n’eussent respiré sous des gardiens célestes, Auroient du nom français enseveli les restes.

L’Anglais, dans sa victoire, audacieux félon,

Sur Paris enchaîné plantoit son pavillon.

Heureux de nos malheurs, joyeux de nos désastres, Il attachoitles lis au front de ses Lancastres,

Et l'héritier du crime, un enfant au berceau,

A l’orgueil d’un tuteur en laissoit le fardeau ; Tandis que le vrai roi, plongé dans les alarmes,

A peine osoit savoir s’il lui restoit des armes.

Lui, plus tard, quel surnom! lui, le Victorieux !

Comment s’est accompli ce miracle des deux ?

Ah ! pour nous révéler la gloire d’un mystère,

Je n’interroge point les conseils de la terre.

Vous, augustes témoins des grands jours d’Israël, Parlez, parlez-moi seuls, Anges de l’Éternel.

Au nom de Jeanne d'Arc, du fond de ma poitrine, Je sens jaillir les flots d’une source divine.

Et tous les cœurs pieux dont je suis entendu Par un rapide écho m’ont déjà répondu.

Venez donc, et du haut de la céleste voûte.

Jetez de vos splendeurs les rayons sur ma route ; D’un souffle portez-moi dans l'immense univers, Enseignez-moi le ciel, la terre, les enfers;

Que le drame des morts à mes regards déploie Et le deuil éternel et l’éternelle joie.

CHANT PREMIER

Que par vous découvrant tout ce qu’on ne voit pas Dans l’œuvre du Seigneur au soleil d’ici-bas.

Je puisse de sa grâce et de sa providence A l’oreille des cœurs verser la confidence.

Mais, de peur qu’un vain son ne berce mes discours. Que vos concerts sacrés en dirigent le cours;

Que la gloire de Dieu, seule dans nos louanges, Exalte les accords inspirés par les Anges.

Ce n'étoit pas en vain qu’une imposante voix D’un nom cher à l’Église avoit doté nos rois. Unanime longtems. le doux pays de France Environna la croix d’amour et d’espérance.

Mille ans d’un culte saint et fécond en vertus Enfantoient chaque jour d’innombrables élus.

Satan s’en irritoit en comptant ses victimes.

Si le ciel a des cieux, l’abime a des abîmes.

Insatiable vie! insatiable mort!

Grand Dieu, soyez vainqueur! vous êtes le Dieu fort.

Dans l’ardeur de mes chants, les combats invisibles Bientôt se traduiront avec leurs chocs terribles.

La guerre par le fer, la guerre par le feu,

Auprès de leurs périls ne paroit plus qu’un jeu.

La véritable guerre ouvre le fond des âmes ;

C’est là que les démons jettentleurs sombres flammes, Leurs traits empoisonnés, leurs morsures, leur fiel,

Et des gouffres impurs l’air pestilentiel.

C’est là que du Très-Haut les messagers rap'des Couvrent la piété sous leurs saintes égides :

Ils suivent pas à pas le mouvement des cœurs,

Ils versent des parfums sur toutes les douleurs,

Dans les eaux de la grâce ils lavent les souillures, Réveillent la langueur, guérissent les blessures,

Et, gardiens à la fois et de l’âme et du corps, Chassent loin des vivans l’atmosphère des morts.

Valois mêloit ses pleurs aux pleurs de la patrie.

Et sous un nouveau deuil sa prière flétrie Sembloit digne pourtant des angoisses d’un roi Qui veut, ne régnant plus, du moins régner sur soi.

Il disoit : « O mon Dieu qui savez ma foiblesse, Daigne votre pitié visiter ma détresse!

Et pour grâce première, ah ! puissé-je savoir Si j’ai le sang des rois, si j’en ai le devoir 1 Mais que dans le fourreau se brise mon épée Plutôt que de chercher une gloire usurpée,

Et moi, plutôt descendre obscur dans l’avenir,

Que de ravir un sceptre à qui doit le tenir !

Je n’ose sur la France implorer un miracle...

Ah! si l’espoir suffit pour tenir lieu d’oracle,

Son inspiration ne peut-elle à mes yeux Dérouler de mon sort le fil mystérieux?

Ou faut-il, pour juger le doute qui m’accable,

Faut-il attendre un jour encor plus lamentable? »

Ainsi montoit au ciel le soupir du malheur.

Il ne fut point trouvé pur devant le Seigneur ;

Mais comme un bruit de foudre et que l’éclair annonce. Il retombe soudain avec cette réponse :

« Non, le cœur n’est pas droit s’il hésite toujours;

Et celui qui s’abaisse à d’impures amours,

CHANT PREMIER

Tant qu’il n’abjure point ses profanes idoles,

Ne sauroit de la grâce emprunter les paroles.

Le tien dans sa langueur, sous des feux mal éteints.

Ne fait pour en sortir que des vœux incertains,

Et ta voix sans vertu ne peut être écoutée. »

Alors une prière au sein de Dieu portée,

Comme l’encens d’Abel, comme les pleurs de Job, Venoit de parcourir l’échelle de Jacob.

Des Anges et des Saints la foule réunie La redisoit en chœurs dans des flots d’harmonie;

D'un courage naïf c’étoient les cris touchans,

C’étoient les vœux bénis d’une fille des champs.

« Je ne suis rien, hélas l qu’une pauvre mortelle.

C’est donc vous, Seigneur Dieu ! c’est vous seul, disoit -elle, Qui jetez dans mon âme un merveilleux espoir.

Moi, sauver ma patrie 1 et comment le pouvoir?...

Mais la France est à vous et sa cause est la vôtre.

Le bras du Tout-Puissant n’a besoin de nul autre,

Et cependant il semble encor plus glorieux Quand un foible instrument a fait l’œuvre des deux. Vous mettrez dans mes mains l’oriflamme et la lance;

A vous, Seigneur, la gloire I à moi l’obéissance. »

Celle qui prioit Dieu d’un si fervent amour Quinze fois du printems avoit vu le retour.

Candeur, grâce, beauté, Jeanne étoit un mélange Des charmes de l’enfant et des splendeurs de l’Ange. Nouvelle Geneviève, en gardant son troupeau,

Elle invoquoit le ciel dans la paix du hameau.

Elle étoit tant pieüse 1 on l’appeloit la Sainte.

D’une humble majesté son front portoit l’empreinte, Et son âme de vierge, écrite dans ses traits,

Sembloit d’une auréole entourer ses attraits.

Oui, môme sur la terre elle étoit bienheureuse.

Un jour, non loin des bords arrosés par la Meuse,

A l’angle verdoyant des bois de Domrémy,

Jeanne se trouvoit seule, et près d’elle endormi Son troupeau reposoit ; elle étoit en prière.

A ses yeux, tout à coup, une vive lumière Apparolt: il en sort aussitôt plusieurs voix Qui d'abord, par son nom, l’appelant maintes fois, Disoient avec douceur en se rapprochant d’elle :

« Jeanne! aimez toujours Dieu! Jeanne, soyez fidèle! » Et Jeanne étoit tremblante, fille tombe à genoux. Une voix ajoutait ! « Vous viendrez avec nous*,

Vous chasserez l’Anglais par la force divine.

Dans ce viable oracle écoutez Catherine,

Ecoutez Marguerite, écoutez Micaël.

Vous avez près de vous trois messagers du ciel,

Deux compagnes surtout, saintes par le martyre,

Et plus tard vous saurez tout ce que je veux dire J Moi, l’Archange des deux, je suis votre gardien,

Je combattrai pour vous, Jeanne, ne craignez rien', Sur tous vos ennemis vous aurez la victoire.

Et Dieu vous recevra dans un foyer de gloire. »

Jeanne est encore aux pieds des trois ambassadeurs, Son cœur bat aux élans des célestes ardeurs;

Puis, de son doux effroi doucement revenue,

Et sur les immortels osant jeter la vue.

Enfin elle répond : « Je ne forme qu’uîn vœu,

CHANT PREMIER

Entière obéissance à la vois de mon Dieu !

Dites-moi de mourir ou dites-moi de vivre,

Tous les ordres d’en haut je suis prête à les suivre. »

Et l’Ange, vers le ciel reprenant son essor,

Y porta ce parfum dans un nuage d’or.

Trois ans déjà passés, la vision première,

Mille fois du hameau visitant la chaumière, Accompagna la vierge aux champs silencieux Et lui dit chaque jour quelque chose des cieux.

Voici ce que le peuple annonçoit à l’avance •

« Une femme perdra le royaume de France ;

Une fille des champs viendra le rétablir. »

La moitié de l’oracle est près de s’accomplir.

Isabeau, reine impie, épouse parjurée,

Incestueuse sœur, mère dénaturée,

Isabeau, poursuivant le cours de ses forfaits,

Trahit son propre sang au profit de l’Anglais,

Et livre, comme un gage, à la ligue étrangère,

Un roi qui ne sait plus s’il est époux et père.

Dans les mains de Lancastre elle jette à la fois Et les droits- de la France et le sceptre des rois.

Et pour ne rien sauver, même de sa famille,

A l’hymen du vainqueur elle immole sa fille 1 Puis, la démence assise au timon de l’État Souscrit, sans le comprendre, à ce honteux contrat. Testament de malheur, en la cité de Troyes,

A l’usurpation il aplanit les voies,

Et, par l’aveugle main du monarque insensé, L’héritier de son trône en est’ainsi chassé !

Et la royale sœur, Catherine de France,

Subissoit, désolée, au sortir de l’enfance,

Un père délirant* une mère sans cœur.

Un époux ennemi, plus encor que vainqueur ;

Et de tant de fléaux victime couronnée,

A deux trônes, hélas ! elle étoit condamnée,

Elle, qui dédaignant le vain orgueil des cours,

Eût dans l’obscurité voulu cacher ses jours I Et Charles Six traîna sa misère cruelle.

Prisonnier, sous le joug d’une infâme tutelle Où l’on a vu parfois la royauté sans pain !

Aux yeux de l’Étranger, l’indigent souverain Sembla ne plus valoir, inutile victime,

Ni les frais d’un tombeau, ni l’embarras d'un crime.

Tout à coup le vainqueur, visité par la mort, Trébuche dans sa gloire et fait naufrage au port ;

Et, presqu’au lendemain, dès que Charles succombe, L'orphelin-roi, bercé sur cette double tombe,

Comme un roseau fragile à l’orage échappé,

Reste le seul garant du pouvoir usurpé.

Pourtant, de joyeux cris s’élèvent jusqu’aux astres: « Vive, vive Albion ! et vivent les Lancastres!

Vive, vive Henri Six ! il est tout à la fois Et Saxon et Français, et Lan castre et Valois. »

Bientôt du vieux Paris l’auguste basilique,

Dont trois siècles de gloire éclairent le portique, Retentit aux élans du solennel beffroi,

Et l’huile sainte coule au front de l’enfant-roi.

Mais la force est sans droit, môme avec l’innocence,

CHANT PREMIER

Et le sacre sans fruit, môme avec la puissance.

A l’autel le vrai prince est le seul couronné ;

Tout autre y va sujet et revient condamné.

En vain la félonie entonne ses louanges,

Le sceau réprobateur est marqué par les Anges ; Le supplice commence, et le remords vengeur Vit au cœur de l’intrus comme le ver rongeur. Dans le prêtre mortel, l’Église le déclare, L’homme est faillible encor sous la triple tiare, Tandis que le pontife, exempt de cette loi,

Garde infailliblement le dépôt de la foi.

Ne l’accusez donc plus, cette divine Église, Quand de l’apostolat quelque voix s’est méprise, En dehors de la chaire et des dogmes sacrés,

Aux intérêts humains des peuples égarés.

Puis le secret des cœurs, énorme privilège, N’a-t-il pas des sentiers ouverts au sacrilège?

Et jusqu’au Saint des Saints le front des potentats N’a-t-il jamais offert le baiser de Judas?

De l’Anglais, cependant, la puissance hautaine De la France abusée avoit rivé la chaîne.

Sous un titre douteux, Bedfort usurpateur,

N’osant pas régner roi, vouloit régner tuteur;

Et le peuple, toujours aveugle en son caprice,

De ses propres tyrans s'étoit fait le complice,

Et dans son esclavage il voyoit, mais trop tard, Aux baisers d’Albion la dent du léopard.

D’un déplorable roi la mort étoit pleurée;

Tant il restait d’amour pour sa cause sacrée ;

Tant le lugubre aspect de malheurs inouïs

La ravivoit au cœur de ses sujets trahis.

Trop souvent visité par l'affreuse marâtre,

Paris, d’un deuil «anglant devenoit te théâtre. D’abord, dans leur (tireur, tes dévorans fléaux A voient infecté l’air et creusé les tombeaux.

A leur suite, imposant sa présence fatale,

Isabeau frappe encor Pingrate capitale.

Dans les fidélités et dans les repentirs

Elle craint des vengeurs : il lui faut des martyrs.

Par elle, Jean-sans-Peur, roi de la populace,

Naguère des bourreaux aiguillonnoit l’audace, Lorsque de l’échafaud préparant le chemin,

Sans pudeur, avec elle, il leur tendoit la main.

De ce prince immolé fidèle survivante,

Elle n’oublioit point les leçons d'épouvante,

Et sans cesse, à sa voix, le fer de l’Étranger Ou d’un geste, ou d’un mot, accouroit la venger.

A travers le silence et la paix des murailles Le sang français couloit plus que dans les batailles. Tandis qu’aux bastions l’ennemi cantonné Tenoit dans leur réseau le peuple emprisonné,

Les remparts, convertis en des remparts de crime, Ressembloient à la chaîne au cou de la victime,

Et des exécuteurs le glaive toujours prêt,

A chacun, d’un seul coup, annonçoit son arrêt.

A toutes ces horreurs, dans un sombre message. Les démons tour à tour venoient mêler leur rage,

Et la funeste reine avec eux et par eux De son coupable eœurexhaloit tous les vœux.

L’un des plus vils suppôts de l’Archange rebelle,

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CHANT PREMIER

Asmodée, est armé de son pacte1 avec elle.

« Sûre, dans tes amours, de la peine du dam>

Tu peux livrer ton âme et ton corps à Satan, Avoit-il dit ; et moi, je promets que ta vie.

De doux enivremens chaque jour assouvie,

Durant le cours entier de tous ses déshonneurs, N’aura point de rivale en faciles bonheurs. »

Ce langage où rouloient des mystères infâmes,

A jamais ignorés des innocentes âmes.

Par la royale esclave étant trop bien compris,

Elle avoit répondu : « J’y consens à ce prix. »

Mais l’Ange des remords, Ange qui toujours veille. Incessamment aussi jetait à son oreille Et faisoit retentir, dans son cœur agité.

Ces mots effrayans : mort ! enfer ! éternité V Et sans perdre l’espoir, il épioit en elle Des divines clartés la dernière étincelle,

Où la foi, réveillée au tocsin du tombeau,

Jusque sous l’œil mourant relève son flambeau.

De cette Frédégonde, oubliant la mémoire,

Son fils est-il donc né pour an règne de gloire?

Il est roi ; mais, hélas ! quel sceptre ! quel ferdeau ! Quel père, Charles Six ! quelle mère, ïsabeau !

Le déplorable sang qui coule dans ses veines Peut-il jamais revivre aux grandeurs souveraines ? Il est roi ; mais son front à peine dans sa fleur.

Est déjà couronné d’un crêpe de malheur ;

Et voici que partout le bras de l’Angleterre Sous ses pas chancelans a fait crouler la terre.

Il est roi ; mais son peuple, abîmé dans le deuil,

' N’a plus qu’un seul abri sur un dernier écueil.

Ah ! que du moins la foi garde son espérance !

Que l’arc-en-ciel de Dieu s’étende sur la France,

Et que le sanctuaire, avec un cri d’amour,

De la mort à la vie appelle le retour !

L’Église est une mère, elle en a les tendresses : Elle a des pleurs divins pour toutes les tristesses,

Et la voix du Psalmiste, après trois fois mille ans, Aux nouvelles douleurs prête encor ses élans.

« O Pasteur d’Israël, écoute !

Toi qui conduis Joseph en lui montrant sa route, Comme aux douces brebis, éternel Roi des cieux,

Dieu des Anges, viens sur leurs ailes ;

Excite la puissance et sauve tes fidèles,

Éphraïm, Manassé, Benjamin.... A nos yeux Viens déployer l’éclat de ton nom glorieux.

« Convertis-nous à ta lumière,

Et -dévoile ta face au cri de la prière,

Et nous serons sauvés ! Jusqu’à quand ton courroux, Dieu des vertus, Dieu des armées,

Lancera-t-il, sur nous ses foudres enflammées?

Es-tu sourd à la voix qui prie à tes genoux ?

Et du pain des douleurs jusqu’à quand vivrons-nous ?

« Tu nous verses le vin des larmes Et de nos ennemis tu provoques les armes ;

Tu nous a livrés tous à leurs dérisions.

Sur nos cœurs viens poser ton signe, ïoi, dont le bras puissant a retiré ta vigne De l’Égypte, et plus loin, chassant les nations,

L’a plantée au milieu de leurs possessions.

CHANT PREMIER

« Du sein de la terre féconde,

D’où sa racine un jour devoit remplir le monde, Comme le cèdre, aux monts elle oflroit ses abris.

Sur le grand fleuve suspendue,

De ses bords jusqu’aux mers elle ornoit l’étendue

Pourquoi donc par tes mains ses murs sont-ils détruits ? Mon Dieu! tous les passansont emporté ses fruits.

« Le sanglier l’a dévorée,

Les monstres des forêts l’ont tous déshonorée... Reviens la visiter, reviens, Dieu des vertus !

C’est toi qui la plantas toi-même...

Du haut des cieux, du sein de ta splendeur suprême. Ah ! regarde du moins ses rameaux abattus,

Brûlés, déracinés, et qui ne vivent plus !

« Que ta droite achève et consomme Son œuvre sur la terre et sur le Fils de l’homme,

Et des torrrens du mal nous serons préservés ;

Tes enfans vivront de ta vie ;

Ton nom retentira dans leur âme ravie,

Et tous, ô Dieu puissant ! par ta main relevés,

Tous, nous verrons ta gloire ! et nous sommes sauvés !»

Ainsi pleuroit la France, et l’Église avec elle Exhaloit les soupirs de sa voix maternelle ;

Car des peuples meurtris, la désolation Avoit mis dans ses yeux tous les pleurs de Sion.

Mais, avec le trésor de ses saints tabernacles,

Bien mieux que l’arche aux jours des antiques oracles, Le nouveau sanctuaire, en tout tems, en tout lieu, Restera possesseur et possédé de Dieu.

Là Jésus-Christ vivant, de son cœur, de son âme.

De sa divinité vient prodiguer la flamme.

Et son corps, et son sang, dont il fait chaque jour . Pour ses frères mortels le pain de son amour.

Là, les Anges du ciel et leur auguste reine,

De charitables soins comblant la race humaine.

Sous le plus humble toit répondent à nos vœux, Comme au temple où l’or brille à travers mille feux. Là, le pauvre, accueilli sous sa triste livrée.

S’assied comme le riche à la table sacrée ;

Là, pour humilier toute vaine grandeur.

Le Roi des rois lui-même a voilé sa splendeur.

Et c’est ainsi qu’il daigne inspirer sous le chaume L’enfant libérateur du Très-Chrétien royaume.

Jeanne d’Arc grandissoit dans l’amour de sa loi Et dans l’humilité gardienne de la foi.

Aux ordres de sa mère, Isabelle Romée,

A tenir la houlette elle est accoutumée,

Elle sait gouverner la brebis et l’agneau,

Espoir de la chaumière et trésor du hameau.

Même avant que du ciel elle ouït les messages.

Tous ses pas étoient droits, tous ses vœux étoient sages. Dans les champs, sous le toit, sur sa couche, ou debout, Elle prie, elle adore un Dieu présent partout.

Tantôt dans les labeurs, et tantôt dans les veilles. Sans cesse elle en médite et bénit les merveilles; C’est le soin de sa vie, il en remplit le cours,

Le matin, et le soir, et la nuit, et toujours :

Prière en action, prière même en rêve,

La mémoire du cœur ne connoît point de trêve.

Ce Dieu, ce Créateur, ce Père, cet Ami,

CHANT PREMIER

Hélas! il n’avoitplus de temple à Domrémy;

La guerre et l’incendie ont dévoré l’église,

Et sur les noirs débris souvent Jeanne est assise, Pleurant, comme jadis aux restes de Sion Le prophète exhaloit sa lamentation ;■

Elle disoit : « Seigneur, regardez ces ruines,

Ici retentissoient les louanges divines,

Et maintenant voici les reptiles impurs

Courant dans la poussière où sont tombés ses murs.

Vous avez donc sur nous à punir bien des crimes?...

Je n’en puis de mes yeux pénétrer les abîmes,

Mais je jette à vos pieds mon cœur dans l’abandon : Vous, Seigneur, vous, le Dieu d’amour et de pardon, Vous ôtes toujours Père, et vqs regards propices Dans la miséricorde apaisent vos justices!

En expiation, moyennant vos secours,

Si vous les agréez, je vous offre mes jours.

De vos pures bontés, mon Dieu! je sollicite Qu’en ce triste hameau le temple ressuscite,

Car lorsque vos autels ici-bas font défaut.

C’est pis que s’il manquoit quelque étoile là haut.

Vous le savez, mon cœur, hélas! saigne à toute heure, Depuis que Domrémy n’est plus votre demeure Et que nos pauvres toits, sans église au milieu,

Sont comme un jour sans ciel ou comme un ciel sans Dieu. Ah! pour nous consoler de ces cruelles flammes,

Que vos saintes ardeurs s'allument dans nos âmes.

Et que nous ramenant l’espoir et le bonheur.

Elles fassent de nous les temples du Seigneur! »

Comme l’écho soupire avec la tourterelle,

La voix des deux répond à l’humble pastourelle.

Puis, dans le voisinage, à l’église de.Greux,

Jeanne s’en va répandre et son cœur et ses vœux. L’Ange les recueillant sur son aile bénie En apporte aux élus la pieuse harmonie,

Et voici que s’explique en un concert nouveau L’incendie où périt le temple du hameau.

L’oreille entend, l’œil voit les larmes de la terre Versant au fond des cœurs leur baume salutaire :

Là. des gloires de Dieu l’ardente passion Ranime la ruine et la destruction.

Et les autels gisans parmi ces tristes restes Se relèvent plus beaux dans les âmes célestes.

La foi, le zèle ardent à l’œuvre du Seigneur,

Des soupirs de leur deuil font des hymnes d’honneur; Dans les désastres nés des lois de la nature,

L’amour obéissant grandit la créature.

Et du ciel par la grâce atteignant la hauteur.

Court du fond de l’abîme au sein du Rédempteur.

Telle de Jeanne d’Arc la touchante prière Semble faire sortir l’arche de la poussière,

Et son généreux cœur jusqu’à Dieu s’élevant,

S’éclaire au vrai soleil comme un temple vivant.

Mais comment, sans briser l’enveloppe mortelle, Dans la divine étreinte une âme vivroit-elle î Il faut donc le repos aux sublimes transports,

Comme il faut l’ombre aux yeux et le sommeil au corps. Aussi, cette splendeur où Jeanne étoit montée,

Sur la terre, au retour, descend à sa portée.

Vers les bois du Bermont, sur elle dès longtems Le ciel. s’ouvre; elle en voit les heureux habitans. Marguerite, la Sainte, y porte l’auréole Dont un bourreau, son père, ardent prêtre d’idole.

Digiteed-by G»ogle

CHANT PREMIER

Lui prépara la gloire : il la fit égorger.

L’impie! au nom du Dieu qu’il avoit cru venger. Catherine la suit, martyre virginale;

Consacrant dans la foi sa noblesse royale,

Elle a su par l’éclat de ses hauts entretiens,

Convertir les docteurs et les princes païens;

Des filles d'Israël admirable patronne,

La science des Saints à jamais la couronne.

A la voix de l’Archange, avec lui toutes deux,

Sous lachaumière.aux champs, comme àl’autel deGreux De toutes parts, aux yeux de l’humble prophétesse, Ouvrant comme un trésor l’éternelle sagesse,

De son coeur, de son âme, elles ont tour à tour Illuminé la vie au feu du pur amour;

Tantôt développant la divine croyance

Dont le pasteur Guillaume a nourri son enfance,

Et tantôt expliquant les récits vénérés Dont l’Esprit-Saint remplit les livres inspirés.

Marguerite lui parle : « O Jeanne! ô sœur chérie! Pour être toute à Dieu, soyez toute à Marie.

Elle est fille du Père, épouse de l’Esprit,

Vierge-Mère du Fils, Roi des rois, Jésus-Christ. Comprenez bien qu’en elle, humaine créature,

La Divinité même à pris notre nature,

Et qu’en moins d’un instant, moins d’un rapide éclair, Le Verbe s’est fait homme, à la fois âme et chair,

Non pour humaniser la substance adorable Toujours indivisible et toujours immuable.

Mais pour régénérer l’homme du ciel banni,

Et par là l’élever au sein de l’Infini,

Où la miséricorde unissant les extrêmes,

Dieu descend jusqu’à nous et nous fait Dieux nous-mêmes.»

Et Jeanne répondoit : « J’ai compris ce bonheur,

Car rien n’est impossible au Souverain Seigneur;

Et je comprends aussi que pour un tel mystère 11 a fallu Marie et son ciel sur la terre,

Le ciel de ses vertus, de son humilité.

De son sein virginal, et de sa charité.

Elle qui n’avoit rien du péché d’origine A pu seule abriter la Majesté divine,

Et de tout autre qu’elle oh ! non, le Dieu jaloux N’eût pensé devenir ni le fils, ni l’époux...

Je veux l’aimer, Marie, et l’aimer plus encore,

Et pour elle, et surtout pour le Dieu que j’adore. »

— « Et par elle toujours, chère enfant, espérez Le bonheur, le salut, le ciel : vous les aurez !

Dieu lui-même, Dieu bon autant qu’il est Dieu juste, Peut-il rien refuser à cette mère auguste ? »

—«Eh bien! je vous supplie, ô Sainte l obienez-moi Un peu de ses vertus dans les œuvres de foi,

Et la force à mon cœur, et la grâce à mon âme,

Pour accomplir enfin tout ce que Dieu réclame. »

— « Jeanne ! bénissez donc, à l’exemple des Saints ,

La merveille qu’il veut opérer par vos mains,

Lui disoit Catherine, et gardez la mémoire De ceux dont il a fait ses instrumens de gloire.

Je vous ai raconté Joseph et Pharaon,

Et comment un sauveur surgit d’une prison.

La Bible vous a dit la verge de Moïse Maniant à son gré la nature soumise;

Vous savez Gédéon et ses trois cents Hébreux Vainqueurs, sans coup férir, d’un ennemi nombreux;

CHANT PREMIER

Et Jahel et Judith, ces femmes renommées Dont la seule énergie a valu des armées... »

Ici, Jeanne s’effraie; et soudain Mieaël,

Lui, jadis conducteur du peuple d’Israël,

Explique comment Dieu, toujours Souverain Maître, Reste libre d’ôter comme de donner l’être.

Alors la pastourelle à ses tressaillemens Livre l’émotion des grands enseignemens.

Ainsi, dans les cœurs droits, toute vérité sainte A la fois leur inspire et l’amour et la crainte.

Et l’Archange reprend : « Jeanne, le Seigneur Dieu Ici des temps chrétiens établit un milieu Où l’œuvre de sa grâce et de sa providence Ya dans vos chastes mains fixer son évidence :

On verra du débris s’élever la grandeur,

La sagesse inspirer le front de la candeur,

La puissance sortir du bras de la foiblesse,

Et la gloire éclater au sein de la détresse.

Le royaume béni dont les destins, plus tard,

Seront, comme jadis, pour l’Église un rempart, Aujourd’hui périroit si ce nouveau prodige Des lis humiliés ne relevoit la tige.

De leurs plus saints devoirs jusqu’au pied des autels Une fille du peuple instruira les mortels;

Et dans tout l’avenir ce mémorable exemple Leur demandera compte et du trône et du temple ! Pour la confusion des superbes esprits,

A l’avance déjà ces grands jours sont décrits.

Ainsi votre heureux nom sera parmi les âges

Comme un phare éclairant l’immensité- des plages... Mais, afin d’y garder le pur rayon des deux,

A la terre bientôt vous direz vos adieux.

Et pour vous éparguer la gloire passagère,

L'étemél paradis prendra l’humble bergère. »

La fête du Mai eu fête des Fontaines. Elle est troublée par une bande incendiaire. — Guerre civile plus terrible encore à la frontière qu’à l’intérieur. — Plan de Bedfort pour jeter Charles VII hors du royaume. — Inspiration des Français fidèles. — Dieu ne permettra point que la France devienne anglaise. Son passé prophétise son avenir. — Micaël explique à Jeanne l’étendue de sa mission. Elle a peur du sang dans les batailles. Il la rassure ; elle n’aura pas à le répandre ellemême. — Il lui fait pressentir le sacrifice qui doit couronner sa vie. — L'Arbre des Fées. — La Sainte Madone.

Soumise aux voix du ciel, Jeanne avec leur secours Règle son cœur, son âme, et chacun de ses jours,

Et, sans rien oublier de cet heureux mystère, Quelquefois elle assiste aux fêtes de la terre.

C’est le mois où déjà les splendeurs du soleil Viennent de la nature enflammer le réveil.

D’un doux enfantement chaque heure travaillée Voit éclore la fleur et grandir la feuillée ;

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Et les petits oiseaux révèlent à la fois

Tous leursjoyeux secrets aux prés, aux champs, aux bois.

A publier d’un nid les tremblantes merveilles Le roi de leurs concerts épuise aussi ses veilles;

Il pleure, il chante, il prie; il passe à tous momens Des frayeurs de l’amour à ses ravissemens.

Ah! si le seul instinct de toute créature Appelle, entend, bénit l’auteur de la nature.

Que ne lui dira point, à ce Dieu tout-puissant.

Dans un ardent soupir l’homme reconnoissantî Et quand, silencieuse au fond de la poussière. L’humble adoration est déjà la prière,

Mille voix s’élevant de tous les cœurs pieux N’ont-elles pas des chants mêlés aux chants des cieux?

Sur les bords où la Meuse en larges flots s’écoule, Des villages voisins se rassembloit la foule.

Ils alloient au sentier qui mène à Neufchâteau,

Des sources du rocher recueillir la belle eau Où se baigne le pied de la forêt des chênes ;

Et là venoient aussi châtelains, châtelaines,

De Domrémy, de Greux et des lieux d'alentour,

De ce mois embaumé célébrer le retour.

Sur les fronts rayonnans la franche gaîté brille. Peuples, seigneurs, vassaux, ne font, qu’une famille. Partout même langage et même vérité ;

Telle est, ici du moins, la féodalité.

Les hameaux glorieux des gloires de leurs maîtres, Rattachent leur amour à l’amour des ancêtres,

Et des âges passés chaque succession Ajoute son ciment à leur douce union :

Car le riche et le pauvre, en mutuel service,

Souvent avoient ensemble une même nourrice ;

— Dtfjifeed-byüoegli

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Plus que frères de lait, tous frères devant Dieu,

Pour eux l’égalité se retrouve au saint lieu,

Et la chrétienne foi dans les cœurs qu’elle embrase, Lui fait toute l’ampleur d’une étemelle base.

Ah! ne demandez plus pourquoi les serviteurs Avoient dans le château des amis, des tuteurs,

Et, sous un nom si vrai, fidèles domestiques, Composoient la maison de nos races antiques :

On ne connoissoit point alors tous ces dédains Dont les heureux du siècle abreuvent le3 humains.

A la fête du Mai point de lèvres hautaines;

Mais toutes à la source, en faisant leurs fontaines, Comme on disoit encore, en savouroient les eaux,

Et des jours d’ici-bas calmoient ainsi les maux.

O d’un peuple naïf salutaire ignorance,

Où, sans rien altérer de la sainte croyance, L’innocente allégresse avoit eu le bonheur,

Bien des fois, de guérir et l’homme et son seigneur!

Or donc, plus que jamais la Meuse, cette année, Voyoit vers Domrémy sa plage couronnée De verdoyans festons, et de rameaux fleuris,

Et d’harmonieux chœurs, et de jeux, et de ris.

Où couroient, sans souci ni de caste ni d’âge,

Trois générations de tout le voisinage.

Les vieillards devisoient sous les arbres touffus Et du poids de leurs ans ne se souvenoient plus.

Là, les pieux pasteurs, dans leur doux ministère,

Des fêtes de Cana rappeloient le mystère.

Et, sans jamais troubler les joyeux entretiens, Montroient Dieu bénissant tous les bonheurs chrétiens.

De rustiques atours élégamment parées,

Et la mère et l’aïeule, ensemble ou séparées,

JEANNE U 'A RG.

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Suivoient avec amour, de leurs tendres regards,

Et les cercles nombreux et les groupes épars.

Tous les petits enfans jouoient sur la verdure,

Et les pères, puisant l’eau de la source pure.

Les servoient tour à tour, et partageant leurs jeux Et les gâteaux dorés, fredonnoient avec eux :

« La fête des eaux vives « Appelle en ce beau lieu,

« La foule des convives « A bénir le bon Dieu. »

Bergers, filles des champs, jouvenceaux, damoiselles, A chaque pas formoient des guirlandes nouvelles En chantant et dansant au son du tambourin,

Et vers tous les échos jetoient leur doux refrain.

Sur ces fronts, où la vie est pareille à la flamme,

Les roses et les lis sembloient avoir une âme,

Et, variant leur charme à chaque émotion,

Peignoient dans tous les traits le cœur en action Et donnoient la parole aux couleurs du visage. Comme l’arbre s’explique aux teintes du feuillage. Leur belle chevelure, à l’envi des roseaux, Abandonnoit aux vents ses flexibles anneaux.

Ils s’arrêtent : leurs yeux jettent mille étincelles;

Ils dansent, et leurs pieds et leurs bras ont des ailes ; Ils chantent : on diroit que les cieux entr’ouverts Ont laissé de la nue échapper leurs concerts. ~

Par une voix surtout l’oreille étoit charmée ,

Voix chérie ! Écoutons la fille de Romée.

A la fête du jour elle a su rattacher L’hymne au Dieu créateur des eaux et du rocher.

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« De l’Éternel publiez les louanges ;

Publiez-les du haut des cieux ;

Louez-le tous, glorieux chœurs des Anges,

Sainte armée! entonnez vos chants harmonieux.

« Brillant soleil, et toi, lune voilée,

Dites ses grandeurs tour à tour;

Vous, cieux des cieux et toi, voûte étoilée, Çélébrez-le sans cesse, et la nuit et le jour.

« Chantez son nom. Il dit, et la nature Du néant s’élance à sa voix ;

Il distribue à toute créature Les admirables fruits des éternelles lois.

« Et vous, du fond de la terre et du goufre,

Louez Dieu, serpens et dragons.

Et vous, éclairs, grêle de -feu, de soufre,

Échos de son tonnerre, autans et tourbillons !

« Que l’eau fougueuse et la source tranquille, Que les rochers, les champs, les bois,

Tout animal, tout oiseau, tout reptile, '

Tous les peuples, leurs chefs, leurs juges et leurs rois ;

« Que tout enfant, toute vierge pudique,

Tout vieillard, tout adolescent,

Chantent le nom, le nom seul magnifique,

Le nom de l’Éternel, le nom du Tout-Puissant!

« Sur l’univers, plus haut que le ciel même,

Et partout sa gloire a relui.

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Bénis-le donc, ô toi, peuple qu’il aime,

Peuple saint d’Israël, qui t’approches de lui ! »

Après le chant du psaume, une ardente jeunesse A des jeux belliqueux exerçoit son adresse.

Vers la cible les arcs étoient encor tendus,

Quand de loin, tout à coup, des cris sont répandus.

Et la fête du Mai va finir dans les larmes.

Du haut de Bourlemont, despreuxcrioient : aux armes ! A travers les créneaux, les gardiens de la tour Voyoient se dérouler, vers le déclin du jour.

Du parti de l’Anglais une troupe hardie Qui, la torche à la main, promenoit l’incendie.

Soudain, les fils guerriers de Greux, de Domrémy, Avec les châtelains, courent à l’ennemi.

Plus est grand le péril, plus leur audace est prompte.

A leur vue il s’effraie, il s'enfuit dans la honte.

L’un des frères de Jeanne, intrépide soldat,

Pierrelo, le poursuit et l’appelle au combat.

Alors, le voyant seul, la bande incendiaire A bientôt terrassé le jeune téméraire.

Mais de ses compagnons le plus rapide essaim Accourt, et l’arrachant à leur indigne main.

L’emporte dans le sang d’une large blessure :

Elle n’est point mortelle ; il le sent, il l’assure Dans les embrassemens de son libérateur.

Fraternel orphelin, dont son père est tuteur,

Et qui des champs aux camps et du soc à l’épée.

Va généreusement grandir dans l’épopée :

De le connoître plus il n'est pas teins encor.

A peine de la vie en son premier essor 11 partage au hameau les innocentes fêtes,

Et déjà de la guerre il connoît les tempêtes.

Et dans un même jour, hélas ! il vient de voir Sur l’éclat du matin tomber le deuil du soir !

Au son de l’Angélus, la champêtre assemblée Rentre enfin sous le toit, frémissante et troublée : Mais sa noble fierté de l’indignation,

Et non point de la peur, garde l’émotion.

Mères, filles et sœurs, et les enfans eux-mêmes, Ensemble accoutumés à des périls suprêmes,

Défilent en silence entre les rangs nombreux Des pères, des époux, des frères et des preux.

Tu peux t’en applaudir, 6 royale frontière !

Et parmi de tels fils lever ta tête altière.

Oh ! oui, ton front est bien un front de nation Contre la félonie et l’usurpation !

Là, comme au tribunal où l’histoire est assise,

Des légitimes droits ta ferveur s’est éprise.

Gardienne du pays, tu veilles sur le seuil ;

Mieux qu’au centre, tu vois ses périls et son deuil,

Et les mille fléaux qu’entraînent sur leurs traces Et les usurpateurs et leurs funestes races.

Cependant le combat reste encor engagé,

Et le frère de Jeanne étoit plus que vengé î De l’ennemi vaincu, la bande poursuivie,

Dans sa fuite a laissé bien des félons sans vie. L’ombre dérobe enfin le désastre aux regards Et tous les combattans rentrent sous leurs remparts.

Pierrelo, recueilli dans le castel de l’île,

Y reçoit mille soins durant la nuit tranquille,

Et sa sœur, à genoux, dans la sainte oraison,

Promet, au nom du ciel, sa prompte guérison.

Cette guerre intestine explique la souffrance

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Et la grande pitié dont pleure au loin la France. Partout ses vrais enfans en ont ainsi leur part ; Partout leur sang ruisselle aux dents du léopard.

Déjà l’Anglais calcule, aux rives de la Loire,

Sur un peuple mourant sa facile victoire :

« Il a prévu le terme, il a compté les jours D'autant plus glorieux pour lui, qu’ils seront courts (Dit-il), et de Valois le désespoir l’annonce :

Dans un coin de royaume il se cache, il s’enfonce ;

Il laisse le champ libre aux armes d’Albion.

La retraite est enfin sa seule ambition.

Sans aucune autre issue, il attend, il écoute Quelque dernier signal qui lui marque sa route. » Orléans renversé, bientôt le sol français Au drapeau des vainqueurs élargit ses accès ;

Et Bedfort, dans les plans que son espoir médite, Conduira Charles Sept, de poursuite en poursuite,

De Bourges sur l’Auvergne, et de l’Auvergne aux mers Où quelque île peut seule abriter ses revers.

Sa fuite ainsi prévue a provoqué d’avance De ses deux ennemis la double surveillance :

Ici, le Bourguignon étend son bras puissant;

Là, le front de l’Anglais s’ébranle menaçant.

Valois n’aura pour fuir que les gorges serrées Où les eaux de la Loire apparoissent murées ;

Et, s’il quitte la France, alors de l’Étranger Le joug s’appesantit sur elle sans danger,

Et désormais du roi le nom et la présence N’inquiéteront plus la hautaine régence.

Mais la patrie en deuil rassemble ses débris,

La foi s’est réveillée avec de joyeux cris,

Elle a substitué par un rapide échange

Au poids des bras de cbair le vol des ailes d’Ange. De cette sainte ardeur, de ce zèle de feu.

Le fraternel concert est monté jusqu’à Dieu.

Au céleste foyer aussitôt enflammée,

La croisade se lève et devient une armée.

« Courage, enfans! dit-elle; en vain nos ennemis • Ont cru mettre le pied sur vos fronts endormis ; Écoutez les accens d’une voix merveilleuse I Le signal est venu des rives de la Meuse.

Écoutez ! c’est le cri de tous les cœurs pieux,

Cris pleurés sur la terre et chantés dans les deux.

La France a vu la mort : mais ouvrez son histoire. L’heure de l’agonie est l’heure de la gloire.

La blessure profonde et dont il faut mourir Par le Dieu tout-puissant est facile à guérir ;

Le prodige, incroyable à notre vue étroite,

Au flambeau de la foi n’est qu’un jeu de sa droite. Par le bras d’un enfant il saura nous venger.

Pour sauver Israël il appelle un berger,

Et, chargeant d’un caillou sa main adolescente,

Il brise du géant la tète menaçante.

Plus tard, et dans le sang, à la nuit du trépas En faveur de son peuple il dérobe Joas.

C’est lui qui, bénissant la vierge de Nanterre,

Devant elle a chassé les fléaux de la terre.

Croyons au même bruit saintement répandu :

Oui, Dieu va se montrer puisque tout est perdu,

Et ce n’est pas en vain qu’un oracle s’élève Dont la parole annonce une autre Geneviève.

Dites, dites son nom, et quel heureux hameau Cache sous la chaumière Un miracle nouveau :

Des voix ont signalé les marches de Lorraine;

On croit que ce mystère est connu de la reine,

Et que sa piété, vive comme sa foi,

En a reçu du ciel des gages pour le roi... Gardons-nous d’accuser Charles t Dieu seul lui-méme. Sur les fronts couronnés exerce un droit suprême. Israël n’a jugé ni David innocent,

Ni David criminel, ni David pénitent.

Grand Dieu l sauve le roi ! grand Dieu, sauve la France i De toi seul tout un peuple attend sa délivrance. »

Valois, le deuil au cœur, et la rougeur au front, Venoit enfin d’entendre Arthur de Richeraont, Magnanime soldat d’une terre héroïque.

Et Bretagne, et Vendée, et jadis Armorique,

Dont le sein nourrissant, sous leurs différens noms. Ses fils Armoricains, Vendéens ou Bretons.

Un jour doit des Français avec même fortune Embrasser la patrie et la mère commune.

Dans l’âme de ses preux, la voix de son héros Aux appels de l’honneur a trouvé des échos.

Gendre de Jean-sans-Peur qui suocomba victime D’une lutte imprévue et peut-être d’un crime,

Il se plaint ; il s’apaise ; et sa fidélité De la première épée atteint la dignité;

Le voilà connétable : aussitôt la Bretagne De la France aux abois redevient la compagne;

Et tandis qu’avec lui l’irrésolu Montfort,

Son frère, pour Valois abandonne Bedfort,

Philippe de Bourgogne, ardent vengeur d’un père, Prête eneore à l’Anglais son glaive et sa colère;

Mais sur la félonie attachant son mépris,

De la conquête même il dédaigne le prix.

De vertus et d’erreurs déplorable mélange 1 C’est Philippe-le-Bon ! c’est Jean-sans-Peur qu’il venge!

Le peuple est-il donc fait pour subir à la fois Et le tort des vassaux et le péril des Rois ?

A h ! qu’il craigne en cor plus , dans ces ardens problèmes Les conseils de sa haine et de ses anathèmes!

Sous les regards du ciel la terre est un champ clos Où souvent les vaincus sont plus que des héros.

Ils portent des martyrs l’immortelle couronne :

C’est le cœur qui la gagne, et c’est Dieu qui la donne. Alors la vertu monte, heureuse en son malheur, L’échelle de la gloire au pas de sa douleur.

A l’œuvre de salut dont Jeanne est le prophète.

Que la France des rois reste donc toujours prête ! Dans le monde chrétien elle est le peuple élu,

Et par elle Dieu fait ce qu’il a résolu :

Par elle, il a brisé la puissance païenne,

Et sur ce grand débris elle a posé la sienne.

Par elle, d’Attila dans l’ablme vengeur Il a précipité le troupeau ravageur.

Par elle, du Sicambre éveillant la prière,

11 a de Tolbiac dilaté la lumière.

Par elle, au seul renom de ses rois très-chrétiens,

Il a déconcerté l’audace des Ariens,

Et signalé dès lors la nation choisie Contre la servitude et contre l’hérésie.

Par elle, il a noyé dans un fleuve de sang,

Sous les murs de Poitiers, l’étendard du Croissant. Par elle, il fondé la royauté papale.

Par elle, il a rompu la chaîne féodale.

Par elle, avec la croix exaltant la ferveur,

Il a conduit l’Europe au tombeau du Sauveur.

Par elle, aidant au vœu des Pontifes de Rome,

Des fers de l’esclavage il a délivré l’homme.

Par elle, il a des rois uni la majesté Au bonheur des sujets comme à leur liberté.

Par elle, il a fait voir combien le malheur même Est un titre béni pour le peuple qu’il aime.

Ainsi, dans le passé lisant son avenir,

Elle marche à l’éclat de ce grand souvenir.

Il lui faut, pour combler sa noble destinée,

Dans ses nouveaux labeurs une fin couronnée;

Et voici que le ciel, en dirigeant leur cours,

Lui fait prophétiser encor de plus beaux jours.

Jours de gloire, marqués du sceau de la justice, Jours à jamais distincts de ces jours de malice Où, loin des droits sacrés, à lui-même fatal,

Le peuple ose changer son or en vil métal !...

Avec son heureux nom de Très-Chrétienne France, Qu’elle soit donc toujours fidèle à l’espérance 1 A d’autres souvenirs, dans ses récits touchans,

La Bible ouvroit le cœur de la vierge des champs. Catherine avec elle, et près de Marguerite,

Sur le texte divin interprète et médite Les gestes d'Isaël et les chants de Sion Consacrés dans l’éclat de l’inspiration.

Puis l’Archange, achevant la tâche commencée,

De Jeanne encor plus haut élève la pensée,

Et sur l’espoir nouveau que le ciel veut bénir.

Aux prodiges anciens rattache l’avenir.

Sous l’aile du Seigneur la guerrière future Va presque revêtir l’angélique nature.

L’œil du cœur doit donc suivre avec un soin jaloux Les merveilles que Dieu par elle fait pour nous.

CHANT DEUXIÈME. SS

A l’incrédulité laissons la sécheresse

Des faits pesés au poids de l’humaine sagesse.

Mais nous, enfans d’un père assis au haut des cieux, De l’oracle écoutons l’accent mystérieux,

Que la foi se dilate à ce bruit salutaire Et bientôt son éclat ira remplir la terre.

Les vœux formés au temple et bercés au manoir.

De tous les cœurs français ressuscitoient l'espoir. Exaltant la ferveur et charmant les courages,

Ils alloient retentir dans les pèlerinages,

De Chartres jusqu’au Puy, d’Auray jusqu’au désert Qui des fils de Bruno chante le saint concert ;

Partout ils répandoient le parfum des prières :

Puis, comme de leur centre, à l’antique Fourvières,

Ils rayonnoient encore en mille flots d’amour Et vers Liesse, et vers Luc, et vers Roc-Amadour,

Et sur tous les autels d’une mère chérie Où le peuple bénit le doux nom de Marie.

Faudroit-il excepter de ce pieux devoir Les lieux où l’Étranger usurpe le pouvoir ?

Non, non ! la piété jamais n’est si captive Qu’elle ne puisse au moins jeter sa voix plaintive :

Le Mont de Geneviève, et le Mont-Valérien,

Et le Mont-Martre, unis par un triple lien,

Triangle de splendeurs où la main de Dieu même Pour le front de la France a fait un diadème, Réveilloient h l’envi l’espérance des Saints Et la portoient rapide à des échos lointains.

En vain, en vain la force étendant ses entraves.

Sous des bras enchaînés voudroit des cœurs esclaves . Elle peut envahir ces augustes Carmels,

Elle peut les souiller du nom des dieux mortels,

Elle peut, les couvrant de bastilles funestes,

Du tombeau sous leur poids déshonorer les restes; Mais le souffle divin et le sang des martyrs Y consacrent l’ardeur des anciens souvenirs.

Daigne toujours la croix y retrouver sa tente,

Et, signe de salut, s'y rasseoir triomphante!

O de la Providence admirables desseins !

Chaque jour, Jeanne d’Arc entend la voix des Saints. Du zèle des combats désormais animée,

Il faut qu’elle s’apprête à guider une armée,

A suivre du Très-Haut les ordres souverains,

A conduire le roi jusqu’au sacre de Rheims.

Elle qui n’a vu luire entre ses mains de vierge Que la houlette aux champs, à l’église le cierge,

11 faut qu’elle manie un glaive étincelant Et chasse enfin l’Anglais devant elle tremblant;

11 le faut l et comment s’étonner de le croire.

Lorsqu’à ses yeux déjà le ciel ouvre sa gloire?

L’Archange lui disoit : « Des filles d’Israël Vous aurez le courage. Au seul nom de Jahel,

Au seul nom de Judith, vous suivrez leurs exemples. Ils sont avec honneur célébrés dans les temples,

Et du livre divin, vous l’avez entendu,

L’impérissable hommage à leur gloire est rendu. Dieu seul les inspiroit. Lui, le Dieu de la viel A son gré, qu’elle soit ou donnée ou ravie,

Nul mortel n’a le droit de l’en interroger.

Jeanne ! il vous charge, vous, de punir l’Étranger ; Vous, fille du hameau, vous, pauvre pastourelle. Réveillez donc la France et vengez sa querelle. »

— « Oui, Seigneur, je le veux ; et par vous je le puis.

— Difitizeifrby GttQgle

Je ne regarde plus maintenant qui je suis ;

Mais du foyer divin j’ai reçu l’étincelle;

Je me confie au Dieu qui me prend sous son aile,

Son Archange béni marchera devant moi,

Il saura bien me faire arriver jusqu’au roi...

Et je vois près de lui mes généreuses Saintes...

Ah ! je n’aurai jamais de doutes ni de craintes. Toutefois, je l’avoue, hélasr je ne saurais M’accoutumer au sang, même au sang de l’Anglais. A Jahel, à Judith, gloire! et pourtant comme elles Dans le meurtre mes mains ne seraient pas fidèles.

O vous qui seul donnez et la vie et la mort,

Grand Dieul changez mon cœur et failes-le plus fort, Il vous obéira l »

— « Paix à vous, humble fille De l’Église du Christ, de la douce famille, Communion des Saints, que sa grâce enfanta Entre ses bras mourans, au haut du Golgotha,

Paix à vous! il suffit que votre foi soumise Adore la justice à vos armes commise.

Et, sans verser le sang vous-même, vous serez Le docile instrument des oracles sacrés.

Et conduite bientôt par l’Ange des batailles.

Avec plus d’épouvante et moins de funérailles.

Vous chasserez l’Anglais, ou fuyant devant vous.

Ou tombant à vos pieds sous d’invisibles coups.

Eu armant de sa force une vierge timide,

Dieu montre qu’en lui seul la paissance réside,

Et qu’aux plus foibles mains l’étendard de la croix Suffit pour le salut des peuples et des rois.

A l’éclat du symbole inspirant la pensée,

La prière s’élève et revient exaucée,

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