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STATUE DE FOYÀTJER, A ORLÉANS

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parce qu’elles furent particulièrement brillantes, mais aussi et surtout parce que la présence du chef de l’Etat, en associant le pays aux fêtes orléanaises, vint donner à ces dernières le caractère national que réclame pour elles le vœu de Joseph Fabre :

Le 7 mai, à midi, du haut de la Tour de Ville, une fanfare éclatait, annonçant le glorieux anniversaire de la délivrance d’Orléans, et la cloche du beffroi sonnait son premier coup. De quart d’heure en quart d’heure, jusqu’à la nuit, la même cloche rappellera aux Orléanais l’heureux événement.

Le train présidentiel arrive à une heure en gare d’Orléans. Reçu par le général commandant le 5 e corps, le général commandant la 10 e division, le préfet, le maire, les sénateurs et les députés du Loiret, M. Carnot monta dans un landau, et, au bruit du canon, des tambours et des clairons, se dirigea vers la préfecture. Le cortège passa devant un groupe improvisé par le sculpteur Lanson et représentant le grand Carnot couronné par la victoire. Devant la statue de Jeanne d'Arc, un groupe de jeunes filles offrit des bouquets au Président.

Dès son arrivée à la Préfecture, M. Carnot reçut la visite de Mgr le cardinal- archevêque de Lyon; puis, il procéda à la réception des corps élus et constitués et des fonctionnaires de la ville et du département. Au cri de « Vive Carnot! » poussé par les maires, le Président de la République, très heureusement inspiré et soulignant le caractère de sa présence, demanda de substituer le cri de « Vive Jeanne d' Arc ! »

A signaler, au cours de cette réception, la présentation à M. Carnot d’un descendant de la famille de Jeanne d’Arc, M. Pierre d’Arc, avocat à Aix.

A quatre heures, le Président de la République commença la visite de la ville, en commençant par l’Hôtel de Ville.

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M. Carnot so rendit partout où revit spécialement le souvenir de Jeanne et de ses exploits.

La véritable fête de Jeanne d’Arc commença à huit heures du soir : M. Carnot y assista du haut d’une estrade élevée rue Jeanne d’Arc et adossée au lycée.

Au premier coup de huit heures, au bruit du canon tonnant au fort des Tournelles,au son des cloches chantant à toutes volées, le défilé historique commença. Les troupes de lagarnison ouvraient la marche, devant la cavalcade représentant l’entrée de Jeanne d’Arc à Orléans. Les troupes et le cortège vinrent se ranger en hémicycle sur la place Sainte-Croix, en face de la cathédrale. Les tours et la façade de la basilique s’illuminant à la fois, le cardinal-archevêque de Lyon apparut sous le portail, ayant à ses côtés Mgr l’évêque d’Orléans et huit autres prélats en costumes pontificaux, entourés du clergé et des chœurs chantant 1 e Magnificat. Sur leurs têtes flottaient les bannières de Saint-Michel, de Saint-Aignan, et de Sainte-Marguerite .

Précédé de la bannière de Jeanne d’Arc et de celle de la ville, le maire s’avança, à la tête du conseil municipal, et remit aux prélats l’étendard de la Libératrice. « Je suis heureux, dit-il, de remettre au primat des Gaules, comme symbole d’union entre tous les Français cet étendard qu’une fois déjà j’ai eu l’honneur de remettre entre les mains de Mgr l’archevêque de Paris. »

Le cardinal-archevêque de Lyon répondit : « Je reçois avec joie ce symbole de paix et d’union. » Puis tous les prélats bénirent la population et rentrèrent dans la cathédrale au chant du Te Deum qui, voilà quatre cent soixante ans, avait salué la délivrance d’Orléans.

La sécheresse forcée du compte-rendu de ces fêtes qui, depuis des siècles, se renouvellent tous les ans au milieu d’un enthousiasme toujours grandissant, ne donne

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qu’une faible idée du culte dont la ville d’Orléans entoure la mémoire de sa libératrice.

INous ne saurions terminer ce court chapitre, sans rendre un hommage h l’éloquent évêque d’Orléans Mgr Dupanloup, dont nul n’a oublié l’ardente campagne pour la canonisation de Jeanne d’Arc.

Tous les ans, du haut de la chaire de la cathédrale, quelque maître de l’éloquence chrétienne prononce le panégyrique de Jeanne d’Arc : par deux fois, le 8 mai 1835 et le 8 mai 1869, Mgr Dupanloup s’acquitta de cette tâche patriotique, et ces deux panégyriques qui préparaient la canonisation de Jeanne, peuvent être considérés comme l’expression la plus haute et la plus fervente de la religion du souvenir et de l’admiration dont Jeanne d’Arc occupe à juste titre les autels.

DOMREMY

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Domrémy — le Bethléem de la nouvelle rédemption — s’enorgueillit à juste titre d’avoir donné le jour à la libératrice de la France. Toute pleine des souvenirs de Jeanne d’Arc et comme par eux auréolée, l’humble bourgade est entrée dans l’immortalité à la suite de sa glorieuse enfant. C’est aujourd’hui, et depuis quatre siècles, un lieu de pèlerinage patriotique.

Nous reproduisons deux vues de la maison historique où naquit Jeanne d’Arc : l’extérieur, tel qu’il se présente actuellement aux yeux des pèlerins, et la chambre où Jeanne naquit, avec, comme décoration moderne, une reproduction de la statue due au ciseau de la princesse Marie d’Orléans. Cette maison fut restaurée, nous l’avons dit, sur Tordre de Louis XI ; une inscription que nous rappelons plus loin, l’établit. D’après Michel Montaigne qui la visita en 1580, la maison de Jeanne d’Arc était décorée à l’intérieur de peintures rappelant les actes de Théroïne; voici, en effet, ce que dit à ce sujet l’auteur des Essais : « La maisonnette où Jeanne naquit est toute peinte de ses gestes; mais l’âge en a fait corrompre la peinture. »Le temps aura, depuis, achevé son œuvre, car on ne signale nulle part trace de ces peintures. L’histoire est muette sur ce qu’il advint de ce berceau de la vierge lorraine pendant la Révolution et TEmpire. En

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1818, la maison de Jeanne d’Arc était la propriété de Gérardin. Ce dernier avait enlevé, pour en décorer la porte de sa maison neuve, avec une très ancienne statue de l'héroïne, le monument qui, depuis le xv° siècle, surmontait la porte de la maison historique et dont nous donnons plus loin la description. A cette époque, sur la demande du conseil général des Vosges, M. deChoiseul, président du Conseil des Ministres, soumit à Louis XVIII un projet tendant à l'acquisition du berceau de Jeanne d’Arc par l’Etat et à l’érection d’un monument national. Le roi acquiesça et ordonna, avec la conservation et la restauration de la maison historique, la création d’une école de jeunes filles dont cette maison formerait le principal corps de bâtiments, et l’érection d’une fontaine ornée du buste de Jeanne d’Arc.

Voici la description du monument, d’une très élégante simplicité et d’une grande valeur historique, qui surmonte la porte de la maison : il est composé de deux pierres de cinq à six pieds de long, sur cinq de large, formant cintre et renfermant trois écussons resserrés, avec inscriptions et ornements, le tout circonscrit par une courbe qui s’élève pour former une ogive. L’un des des écussons est aux armes de France; l’autre est celui de la famille de Jeanne d’Arc: une épée verticale, pointe en haut, surmontée d’une couronne et flanquée de deux fleurs de lis ; le troisième est rempli par trois figures qui représentent, pour les uns, des fers de lances ou des flèches et, pour les autres, des socs de charrue. Comme inscription, une date 1461, probablement celle de la restauration ordonnée par Louis XI, ainsi que l’établit la seconde inscription : Vive le roi Loys ! et enfin une devise : Vive labeur !

La fontaine est l’œuvre de M. Jollois; elle est érigée sur la petite place qui fait face à l’église. C’est une base quadrilatère sur laquelle s’élèvent quatre prismes de

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deux pans, avec deux frontons où sont inscrits les noms de l’héroïne. Sous cet abri, apparaît le buste de Jeanne, de Legendre-Heral . Jeanne est représentée avec de longs cheveux flottants sous une toque à panache. Ce monument fut inauguré le 10 septembre 1820. A cette occasion, des fêtes solennelles furent données auxquelles assistèrent des députations de la France entière ayant à leur tête la députation d’Orléans.

Comme nous le constatons plus haut, Domrémy, suivant la glorieuse fortune de Jeanne d’Arc, attire depuis des siècles la foule des pèlerins français, et, soit curiosité soit vénération, Fafiluence des étrangers y est grande : détail que notre amour-propre national aime à relever, les Anglais tiennent, par le nombre, la tête des pèlerins étrangers.

Le mouvement de ferveur qui, depuis 1870 et comme une réponse naturelle aux malheurs de la Patrie, s’est dessiné d'une façon si éclatante autour de la mémoire de celle qui restera éternellement l’incarnation du patriotisme, devait avoir et a eu ses premières manifestations aux endroits qui furent témoins de la mission de Jeanne d’Arc. En 1878, comme nous le rappelons ailleurs, un comité se constitua sous le patronage de Mgr de Briey, évêque de Saint-Dié, pour l’édification d’une église de Jeanne d’Arc, à Domrémy, sur l’emplacement même du Bois-Chesnu. Mgr de Briey est mort avant d’avoir vu se réaliser son projet patriotique; mais l’œuvre a trouvé en son successeur, Mgr Sonnois, un énergique continuateur. A l’appel du vénéré prélat, deux comités se sont constitués, l’un à Saint-Dié, sous sa présidence, dans lequel figurent les premiers noms du diocèse; l’autre à Neùfehâteau (cheflieu de canton de Domrémy), portant ce nom modeste : Le sou de Jeanne d’Arc . Le comité de Saint-Dié a déjà obtenu de magnifiques résultats ; celui de Neufchâteau

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a recueilli, en quelques mois, presque sou par sou, la somme importante de quinze mille francs.

Le succès de l’œuvre est assuré. A quelques pas de la vieille église bâtie au xv e siècle sur les ruines de celles où Jeanne fit ses premières prières et que brûlèrent les bandes bourguignonnes^ s’élèvera bientôt la basilique nationale rêvée par Mgr de Briey, édifiée par les soins et grâce au zèledeMgrSonnois et de ses collaborateurs. Déjà l’édifice sort de terre; le 1S mai 1891 , le R. P. Létendard, supérieur des missionnaires de Jeanne d'Arc, put célébrer dans la crypte, terminée à cette date, de la basilique en construction, la première messe officielle de l’Œuvre des prières pour l’armée dont Mgr Sonnois a eu la belle idée dé fixer le siège à Domrémy.

Nous publions, d’après le projet de son éminent architecte, M. Paul Sédille, une vue de cette basilique appelée à abriter l’autel de Jeanne, espoir et consolation des patriotes fidèles à la foi dont elle fut l’héroïque confesseur. Le magnifique groupe de Saint-Michel, que nous donnons également, est l’œuvre de M. Allar : il est destiné à décorer l’entrée delà basilique. M. Sédille a fait une large place, tant au dehors qu’au dedans du monument, aux sujets et aux ornements décoratifs: le fronton et les frises porteront, gravés sur le marbre ou peints sur mosaïque, les écussons des familles dont les ancêtres furent les compagnons de Jeanne, comme de celles dont les membres ont, à l’exemple de l'héroïne, inscrit le culte de la patrie dans leur devise.

L'œuvre de Domrémy est bien une œuvre nationale : son succès n’honore pas seulement, en même temps qu’il les récompense, ceux qui l’ont créée et fait aboutir, il honore aussi la France par Téclatanle affirmation de son patriotisme et de sa fidélité au culte de celle qui paya du martyre la gloire de l’avoir délivrée de l’oppression anglaise.

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