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STATUE DE FRÉMIET, PLACE DES PYRAMIDES, PARIS

PARIS

Dans la préface de son beau livre : Jeanne d Arc libératrice de la France , Joseph Fabre exprime ce vœu :

« La République Française devrait décider qu’il y aura annuellement un jour où la fête de l'héroïne sera célébrée par toute la France... La nation a déjà sa fête de la Liberté : elle aurait sa fête du Patriotisme. »

La réalisation de ce vœu ne serait que la consécration officielle de ce qui existe : Jeanne d’Arc est fêtée par toute la France, et, avec un éclat qui n’a rien à envier des solennités nationales, aux diverses stations de la mission de Jeanne. Paris y figure brillamment: l’histoire de la Vierge Lorraine est superbement retracée aux murailles du Panthéon ( Lenepveu pinxit : Voir nos gravures); sa statue séquestre, de Frémiet, s’élève sur la place des Pyramides, à quelques pas de l’emplacement de l’ancienne porte Saint-Honoré devant laquelle Jeanne fut blessée: elle se partage, avec celles de nos provinces perdues, les plus fervents hommages des Parisiens, et les bouquets et les couronnes dont ils la décorent perpétuellement et, d’une façon toute spéciale, aux anniversaires nationaux, attestent éloquemment leurs sentiments de vénération patriotique.

Sur l’autel de Paris, Jeanne est à côté de Sainte Geneviève : c’est assurément un spectacle entre tous suggestif que celui de Paris-Capitale, de la ville de

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toutes les grandeurs et de tous les éclats, brûlant le plus pur de son encens aux pieds de deux bergères...

A côté de ces manifestations générales des sentiments parisiens, nous devons signaler le culte spécial érigé à Jeanne d’Arc dans un des quartiers de Paris, sous l'initiative de M. l’abbé de Bonniot.

Ainsi que nous le rappelons plus haut, Jeanne fut blessée, le 8 septembre, à l’attaque de la Porte Saint- Honoré. Elle fui ramenée de là au camp français, à La Chapelle, où s’opéra sa guérison. C’est pour perpétuer ce souvenir et honorer en même temps la mémoire de l'héroïne que M. l’abbé de Bonniot a, il y a trois ans. institué dans le quartier de la Chapelle la fête de Jeanne d’Arc. Cette fête est célébrée, tous les ans, le 8 septembre, dans la petite église Saint-Denis, à l’endroit même où s’élevait autrefois le modeste autel devant lequel s’agenouillait Jeanne. Ce jour-là, l’intérieur et l'extérieur de l’église sont décorés de trophées de drapeaux et les bouquets s’amoncellent autour d’une statue qui se dresse devant l'église et représente Jeanne debout, pressant son étendard sur son cœur. Cette statue, fondue parM. Maurice Denonvilliers, est l’œuvre du statuaire Félix Charpentier, première médaille du Salon de 1890.

La fête du 8 septembre dernier, présidée par M. le chanoine Bertrand, directeur des œuvres militaires du diocèse de Paris, a été, en sa brillante solennité, une grande joie pour les innombrables fidèles de Jeanne d'Arc et une récompense pour le prêtre patriote à qui revient l’honneur de cette fête de la Patrie et de la Foi.

ORLÉANS

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On peut dire que, pour Orléans, le culte de sa libératrice remonte à l'arrivée de Jeanne dans ses murs ; mais ce fut à dater de la sentence de réhabilitation, 1 436, qu’il put s’y manifester publiquement. Dès la proclamation de cette sentence impatiemment attendue, la ville d’Orléans s’empressa de payer la dette de reconnaissance que, sans attendre l’arrêt du tribunal institué parCallixte III, elle avait dès longtemps reconnue. Ayant été la première à éprouver les bienfaits de la mission de Jeanne d’Arc, elle voulut l’être aussi à proclamer la grandeur de sa libératrice, et ce furent des femmes — ces dames d’Orléans dont quelques-unes avaient travaillé à broder l'étendard offert à l’héroïne, — qui prirent l’initiative de cette grande manifestation en l'honneur de la vierge de Domrémy. Vendant leurs bijoux, prenant sur leurs ressources, elles firent élever à Jeanne, sur le pont témoin de ses premiers exploits, un monument composé de quatre figures : au milieu, le Christ en croix avec, à ses pieds, la Vierge sa mère; des deux côtés, Charles VII et Jeanne d’Arc, en prières. Brisé en 1567 par les protestants, ce monument fut restauré en 1571 par Jean- Hector Lescot, dit Jacquinot, fondeur Orléanais. Quand le vieux pont dut être démoli, en 1745, le monument fut transporté à l’Hôtel de Ville où il resta jusqu’en 1771, époque à laquelle il fut relevé à l’embranchement des

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rues Nationale et de la Vieille-Poterie. La tourmente révolutionnaire l'emporta et, de ses statues, fit des canons dont l’un fut baptisé la Pucelle d’Orléans. Mais le culte de Jeanne d’Arc ne s’éteignit pas pour cela : la haine des Anglais, redevenus les ennemis de la France, allait le réveiller. Le conseil municipal adressa au premier Consul une pétition tendant à obtenir l’autorisation d’élever un nouveau monument à Jeanne d’Arc: ce monument, de Goisfils, fut inauguré en 1804, place du Martroy; transféré, en 1855, sur la rive gauche de la Loire, en avant du pont, il fut remplacé par la statue équestre de Foyatier, pour laquelle l’Etat fournit le bronze de neuf canons. Cette statue est ornée de bas-reliefs de Vital- Dubray représentant les grandes scènes de la mission de Jeanne d’Arc.

Le souvenir de l’héroïne lorraine est, d’ailleurs, attesté à chaque pas dans Orléans. Ici, c’est une colonne surmontée d’une croix qui rappelle l’emplacement du fort des Tournelles ; là, dans la vieille rue du Tabourg, non loin de la demeure d’Agnès Sorel, c’est la maison où Jeanne d’Arc reçut l’hospitalité de Jacques Bouchier, trésorier du duc d’Orléans; à l’Hôtel de Ville, c’est la cheminée monumentale du grand salon décoré de basreliefs exécutés par MM. Jouffroy et Valette et représentant Jeanne à Domrémy, son entrée à Orléans et le sacre de Reims; dans l’antichambre, c’est un tableau remarquable du grand peintre anglais Wingfield: Jeanne d' Arc à V église , œuvre de réparation à ajouter au poème de Southey, que nous avons signalé ailleurs.

Séculaire et de chaque instant, le culte Orléanais pour sa libératrice a, tous les ans, le 8 mai, anniversaire de la délivrance, ses solennelles manifestations.

Le tableau de ces fêtes annuelles a sa place ici : nous avons choisi, pour en mettre le récit sous les yeux de nos lecteurs, les fêtes du 8 mai 1891, non pas seulement

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