PORTRAIT DK M 0 " PAG1S, ÉVÊQUE DE VERDUN
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Si l’étoile libératrice se leva sur Domrémy, c’est de. Vaucouleurs que ses consolants rayons s’étendirent au pays tout entier. Comme on l’a vu par le précis historique publié en tête de notre travail, c’est à Vaucouleurs que commença réellement l’épopée patriotique dont le bûcher de Rouen devait illuminer le tragique dénouaient; c’est de là que la bonne nouvelle, l’Evangile de la libération, s’élança pour relever les courages abattus et déterminer cet irrésistible mouvement d’enthousiasme qui fut, avec le secours d’en haut, le meilleur auxiliaire de l’héroïne lorraine; c’est de là que partit la libératrice pour l’accomplissement de sa mission — et il faut s’incliner devant la fière persistance de Vaucouleurs à revendiquer pour sienne, au moins en ce qui concerne cette mission, celle dontleberceau appartient àDomremy.
Voilà des années et des années que Vaucouleurs affirme ses droits et se préoccupe de remplir le devoir que ces droits lui tracent. En 1857, sur la demande de M. Burnot, maire, le Conseil municipal décidait, dans sa séance du 17 décembre, qu’une statue équestre serait élevée à Jeanne d’Arc sur l’une des places de la ville, votait une subvention de dix mille francs et sollicitait du gouvernement l’autorisation d’ouvrir une souscription dans toute la France. A son appel, les conseils généraux de la Meuse et des Vosges répondirent par le vote
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de deux souscriptions de cinq mille francs. La statué fut mise au concours; mais ici les difficultés commencèrent, l’administration ne put pas ou ne voulut pas les lever, et ce premier projet fut abandonné.
En 1869, une visite de Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans, réveille les bonnes intentions endormies. « C’est un crime national, s’écrie l’ardent prélat à la vue des ruines de la chapelle où Jeanne attendit dans les larmes et la prière, le bon vouloir de Baudricourt, c’est un crime national de laisser des ruines si précieuses dans un tel état de profanation : il faut demander de l’argent à la France pour les restaurer, et élever un monument à l’héroïne. » Le 3 juin de la même année, sur une motion de M. Dislaire, père, le Conseil municipal décide « qu’il sera érigé à Vaucouleurs une statue équestre à Jeanne d’Arc ; que tous les lieux ou monuments pouvant rappeler sa mémoire seront recherchés, rétablis et restaurés et qu’il sera pourvu aux dépenses de ces travaux au moyen d’une souscription publique. » Une commission est nommée ; elle se compose de MM. Jenin, maire ; Dislaire, Zégut, Pierson, conseillers municipaux ; Bonvié, conseiller général ; Raulx, curé doyen ; du Mesnil, juge de paix ; de Chilly, docteur-médecin. Appel est fait à la presse française qui promet son concours, et l’entreprise paraît en voie de réussir, quand surviennent les malheurs de 1870, et, pour la seconde fois, le projet est abandonné.
En 1874, nouvelle tentative : sur l’initiative d’un érudit, admirateur passionné de Jeanne d’Arc, M. Le Bas, un rouennais, garde-mines à Bar-le-Duc, les membres de la commission de \ 869 se constituent en « Société des souvenirs meusiens de Jeanne d’Arc » avec le même programme étendu à tout le bassin de la Meuse. La nouvelle Société s’assure le concours des évêques de Saint-Dié, de Langres, de Verdun ; sur le produit des
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souscriptions de ses fondateurs et des premiers adhérents, elle va acquérir les maisons dans lesquelles se trouvent les ruines de la chapelle castrale et la crypte historique (mars 1878).
Le 26 mai 1878, la Société se réunit pour se constituer définitivement. Un grand nombre de fondateurs et de souscripteurs assistent à cette réunion ; le procèsverbal nous signale la présence de M. le baron de Braux, membre de la famille de Jeanne d’Arc. Un comité d'administration est nommé, ainsi composé : MM. d’Assonvillez de Rougemont, de Vaucouleurs ; Berghin, architecte à Bar-le-Duc ; Bourgault, curé de Domrémy ; Jenin, maire de Vaucouleurs ; l’abbé Ledoux, chef d’institution à Vaucouleurs ; Pierson, sculpteur-statuaire, Protat, pharmacien à Vaucouleurs : l’abbé Raulx, curédoyen de Vaucouleurs ; Vautrin, architecte. La Société prend le titre de « Société des souvenirs de Jeanne d 1 Arc : Domrémy- Vaucouleurs. » Une circulaire publiée à cette époque nous fait connaître son programme: «Domremy- Vaucouleurs désirent d’abord relever de leurs ruines les monuments que Jeanne a illustrés et qu’une époque néfaste a renversés, puis ériger sur des points qui se rattachent d’une manière plus étroite à notre héroïne, d’autres monuments qui soient à la hauteur de sa gloire. »
Dans cette première séance il avait été décidé que le montant des souscriptions serait réparti également entre Domrémy et Vaucouleurs: Ces deux noms semblaient devoir rester à jamais unis dans l’œuvre commune : ils ont été séparés, une scission s’est produite dont nous n’avons pasà rechercher les causes, — Userait trop facile de les trouver dans une égale revendication des gloires de Jeanne pour chacun de ces endroits historiques. Toujours est-il qu’en juillet 1878, à la suite d’un pèlerinage organisé par M me la duchesse de Chevreuse à Domrémy, un comité nouveau se formait, ayant comme
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programme, l’édification d’une église à Domrémy en l’honneur de Jeanne d’Arc. Le reste du premier programme était sacrifié.
L’œuvre nouvelle, fondée sous le patronage de Mgr de Briey, évêque de Saint-Dié, a fait son chemin; l’église projetée est en voie de construction, nous en publions une vue.
La Société des « Souvenirs de Jeanne d’Arc » n’avait pas pour cela renoncé à ses travaux; on a vu plus haut qu’elle avait pu, grâce à la générosité de ses fondateurs et, particulièrement, de M. Le Bas, acquérir les maisons qui couvrent la crypte et s’assurer un emplacement pour l’exécution du monument dont le projet était inscrit dans son programme. En 1885, MgrGonindard, nommé évêque de Verdun, venait, dès son installation, visiter Vaucouleurs et, réunissant quelques fondateurs de la Société, il leur offrait de poursuivre avec eux et à leur tête la réalisation de leurs projets. Malheureusement, MgrGonindard n’eut pas le temps détenir ses promesses; il fut bientôt appelé au poste de coadjuteur du cardinal Place à Rennes; mais son successeur, prenant en main la même cause, allait définivement mettre l’œuvre sur pied et la réaliser. Ce successeur, c’était Mgr Pagis.Dès sa première visite pastorale à Vaucouleurs, le nouvel évêque de Verdun affirma, du haut de la chaire, sa resolution de consacrer ses forces, son temps, sa vie, s’il le fallait, à l’œuvre de réparation que la France entière devait à notre héroïne : « J’ai ma plume, s’écriait-il, j’ai ma parole : s’il le faut, j’irai de diocèse en diocèse, d’église en église, prêcher pour Jeanne d’Arc. »
C’était l’annonce solennelle de la croisade que Mgr P agis devait entreprendre trois ans plus tard, après avoir préparé et mûri son plan — croisade de deux ans qui restera une des plus belles pages de l’histoire des dévouements qu’a inspirés Jeanne d’Arc.
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Reprenant le programme de la « Société des souvenirs de Jeanne d’Arc», Mgr Pagis se proposait de restituer, dans son intégrité, l’antique chapelle du xin° siècle qui entendit les premiers soupirs de Jeanne et de la couronner par un monument grandiose digne de la grande Lorraine et de la France : car, dans la pensée du courageux prélat, l’érection de ce monument doit être moins une œuvre locale que l’hommage du patriotisme national et l’œuvre du pays tout entier.
C’est en janvier 1890 que l’idée de Mgr Pagis fut an noncée par les journaux : ces derniers, sans distinction de parti, lui firent bon accueil et la prônèrent. Le terrain était déjà prêt pour la croisade. Dès le 1 er février, Mgr Pagis se mettait en route et, commençant sa tournée par Vaucouleurs, arrêtait la place où s’élèvera le monument projeté : c’est là, sur la colline qui domine la vallée de la Meuse, que Mgr Pagis vint chercher son viatique et puiser dans la vision de son œuvre à venir, les forces à dépenser au cours de sa longue et patriotique croisade.
Dans la montée de cette colline, à mi côte, on voit encore les ruines de la chapelle du xm° siècle dont nous parlons plus haut.
Ainsi qu’on le verra plus loin, ces ruines ont pris tout à coup dans la question une importance énorme et fait l'objet d’une décision ministérielle sur laquelle nous aurons à revenir ; elles méritent à tous égards que nous fixions ici leur passé historique.
La chapelle deVaucouleurs date de 1234. Elle fut, en cette année, créée et dotée par une charte de Réatrix, dame de Joinville, fille d’Etienne, comte de Bourgogne et d’Auxonne et veuve de Simon III, seigneur de Vaucouleurs. Voici le texte de cette charte :
« Je Beatrix, dame de Joinville et sénéchale de Champagne, fais connaissance à tons ceux qui verront ces Le t-
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très , que Messire Simon de Joinville , qui était messire , me commanda quand il alla de vie à mort , çwe es/a-
A/î’sse une Chapellenie au chatel de Vauquelour, pour F âme de lui et de tous ses antécesseurs,et je , par son commandement, ai donné au prêtre qui en la chapelle chantera , vingt réseaux de froment es-moulins de Vauquelour et trente sols en la rente , et dix sols pour la lampe à soigner.
« Et pour que cette chose soit ferme et stable, je ai mis mon scel Van de grâce mil et deux cent trente-quatre ans après F incarnation de Notre-Seigneur .»
La Chapelle castrale fut érigée en prébende canoniale en 1266, lors de rétablissement du Chapitre et à la fondation de la collégiale de Vaucouleurs, par Geoffroy.de Joinville, fils de Simon et par sa femme Mahaut de Lacy. Cette érection eut lieu sous l’épiscopat de Gilles de Sorcy, évêque de Toul, ainsi qu’en témoigne la charte suivante (1266) :
« Au nom de Dieu, le Père , le Fils et le Saint-Esprit , nous Geoffroy de Joinville , sire de Vauquelour et Mahaut de Lacy , sa femme. Dame de Vauquelour, en F honneur de Dieu, de madame sainte Marie et des benoits saints, saint Jacques, saint Georges et saint Nicolas, establissons une Chanoinie de chanoines séculiers en la chapelle de notre Chastel de Vauquelour, auxquels nous avons octroyé et octroyons nos Chapellenies de Vauquelour, de Gombervaux (1 )et la Chapellenie que notre amé Guillaume, doyen de Besançon (2) qui fût à Doulevaux, et de ces trois Chapellenies entrois prébendes presbyteraulx, et voidons que ceux qui auront ces trois prébendes, soient promus à F ordre de prêtre dedans Fan qu'elles leur seront données... et establissons et fondons quatî'e