‹ Jeanne d'Arc, sa mission--son culteChapitre 20 sur 23 · LA CRYPTE HISTORIQUE, A VAUCOULEURS · texte numérisé non relu

LA CRYPTE HISTORIQUE, A VAUCOULEURS

(VUE extérieure)

VAUCOULEURS

autres prébendes en la dite Chapelle et donnons nous et octroyons aux chanoines qui les tenront , soixante réseaux de blés . à ' savoir trente de froment et trente d'avoine et douze livres provenisions , à prendre chacun an, ces trente réseaux de froment en nos moulins de Vauquelour , et les trente réseaux d avoine en nos arrachés de Vauquelour à la mesure de la ville , et les douze livres en notre rente de Vauquelour ... et voulons et octroyons que les chanoines dessus-dits se puissent accroître en nos fiefs jusqu'à vingt livres de terre ... Et en témoignage de ces choses avons nous fait sceller ces présentes Lettres qui furent faites Van de grâce mille deux cent et soixante-six . »

Une nouvelle augmentation de dotation fut accordée à la collégiale de Vauquelour, par Jehan de Joinville, sire de Vaucouleurs en 1324 et enfin en 1327, la création d’une dixième prébende fut donnée par le même et par sa femme, dame Marguerite de Plancey.

En 1430, on le sait, Robert de Baudricourt commandait au château, et c’est dans la chapelle castrale que Jeanne attendit, en priant, le bon vouloir du sire de Baudricourt. Debout jusqu’à la Révolution, la chapelle fut, à cette époque, désaffectée et vendue comme bien national.

Les acquéreurs de cette relique nationale la démolirent, ne conservant que la crypte qui, tour à tour atelier de tisserands et étable, servait enfin de refuge aux vagabonds et aux gens sans abri. On sait que le Comité de la « Société des souvenirs de Jeanne d’Arc » se rendit, en 1878, acquéreur de ces ruines et c’est par leur consolidation que vont s’ouvrir les travaux projetés par Mgr Pagis. Voilà qui répond suffisamment à l’accusation de vandalisme portée contre le patriote prélat, au sujet de la démolition par lui résolue, disaiton, de cette chapelle. Au lieu de démolir, Mgr Pagis relève, et voici, là-dessus, sa propre déclaration que

VAUCOULEURS

nous extrayons d’une lettre adressée à M. Siméon Lu ce : « Loin d’être un vandale, je respecte autant que personne les souvenirs de Jeanne d’Arc et je travaille précisément pour sauver tous ceux de Vaucouleurs. »

Le monument lui-même s’élèvera sur le plateau de la colline. L’endroit est admirablement choisi. Outre que la vue est magnifique, on s’y sent en pleine histoire, entre les légendes d’autrefois etles souvenirs d’hier, àdeux pas de la frontière d’Alsace-Lorraine.

L’exécution de cette œuvre grandiose mise au concours, c’est le projet de MM. Eudes et Richardière, architectes à Paris, qui a été adopté. Nous avons la bonne fortune d’offrir à nos lecteurs une vue de ce projet qui ne pourra être exécuté qu’après avoir subi des modifications nécessitées par une décision ministérielle de la dernière heure, modifications que nous indiquons à la fin de cette notice.

Comme nous le disons plus haut, le monument national de Jeanne d’Arc se construisait — les travaux ont été commencés le 22 août 1892 — sur l’emplacement de l’ancienne chapelle du château de Baudricourt. Les ruines de cette chapelle, la crypte entière et quelques pans de murailles au-dessus de la crypte, étaient conservés comme de précieuses reliques et restaient visibles, sous une vaste voûte au-dessus de laquelle devait se trouver le chœur de la nouvelle église.

Conformément au programme tracé par Mgr Pagis, le monument avait le double caractère de la mission de Jeanne : militaire et religieux. Il se composait d’une église rappelant celles du moyen-âge: moitié temples, moitié forteresses. Au-dessus du chœur, qui formait avant-corps sur le reste de l’église, s’élevait un donjon destiné à supporter, piédestal gigantesque, le groupe symbolique de Jeanne d Arc relevant la France. L’orientation du donjon ayant été naturellement déter-

VAUCOULEURS

minée par celle de l'ancienne crypte, la porte principale de l’église se trouvait rejetée à l’ouest du côté opposé à celui de l’arrivée; le chevet et le donjon faisaient face à la vallée de la Meuse et regardaient, par conséquent, la frontière.

Les anciens jardins de Baudricourt, voisins du monument, ont été acquis par l’œuvre avec les autres souvenirs historiques : plantés d’arbres magnifiques et conservant encore les terrasses des anciens remparts, ces jardins devaient former un cadre très pittoresque.

On espère que le monument, modifié ainsi qu’on le verra plus loin, pourra être inauguré en 1895. Son exécution sera très coûteuse : Mgr Pagis n’en a jamais douté, et ce nous est un sujet de plus d’admirer le courage du prélat et son inébranlable con fiance dans le patriotisme français. Rien ne l’a arrêté, en sa croisade, rien n’a pu le détourner de son but, ni les critiques parties du sein même de quelques fidèles de Jeanne d’Are, ni la colère et les outrages des ennemis de sa foi. Le bâton du pèlerin à la main, il a, nouveau Pierre l'Ermite, parcouru toute la France, prêché partout la nouvelle croisade, visité tous ses collègues de l’épiscopat français et, par eux, fait appel au concours de tous les prêtres. Le 2 février 1890, il était à Bar-le-Duc; le 3, il arrivait à Paris et, après l’archevêque Mgr Richard, les curés de toutes les paroisses de Paris recevaient sa visite. Quelques jours après, la semence jetée au vent du patriotisme et de la foi, il se remettait en route et continuait son tour de France pour la gloire de Jeanne d’Avc.

Oh ! les encouragements et les adhésions ne lui firent pas défaut. Au nom de Patrie, tout le monde se lève en France : le culte de Jeanne et la conviction du prélat ont fait le reste. Dès le début de son entreprise, Mgr Pagis avait eu la joie de recevoir du Souverain Pontife le bref suivant:

VAUCOULEURS

« Notrecher fils,révêque deVerdun, nous ayant communiqué son projet d’éteveràVaucouleurs un monument national à la gloire de Jeanne d’Arc, nou& bénissons de tout notre cœur cette noble entreprise et nous la recommandons àlagénérosité de tous les catholiques français. »

Les adhésions vinrent nombreuses de tous les points de la France, de toutes les classes des populations. Une revue hebdomadaire se fondait sous le patronage de Mgr Pagis avec ce titre la Jeanne d' Arc ; des solennités artistiques s’organisaient, dont le produit serait affecté à l’œuvre du prélat; des comités de dames quêteuses se fondaient, et, justifiant la confiance du protagoniste de l’œuvre, sou par sou, pièce par pièce — comme autrefois la rançon d’un héros — la France apportait le trésor nécessaire à l’érection du monument de Jeanne.

Le succès a couronné l’entreprise de Mgr Pagis; le monument rêvé par lui va s’élever enfin. Nous en félicitant comme Français, nous avons à cœur d’en faire remonter le mérite au créateur de l’œuvre et à ses auxiliaires; qu’il nous soit permis de les faire connaître, en même temps que le monument auquel leurs noms resteront attachés.

Mgr Pagis est né en 1835, à Pléaux (Cantal); c’est un enfant de l’Auvergne, de cette terre qui donna Vervingétorix aux Gaules. Robuste et d’une taille élevée, d’un esprit très cultivé, en pleine possession d’une éloquence vibrante, serviteur passionné des causes qu’il prend en main, Mgr Pagis étaiUout désigné pourmener à bonne fin l’entreprise dont nous saluons le succès.

En quittant son cher diocèse, Mgr Pagis laissait derrière lui, à Yaucouleurs même, un comité enthousiaste et profondé ment dévoué à son œuvre.

Ce comité, purement officieux, car l’ancien, choisi et nommé par la société des souvenirs de Jeanne d’Arc, se trouva virtuellement supprimé du jour où Mgr Pagis,

Page 1