‹ Jeanne d'Arc; tragédie en cinq actes et en versChapitre 25 sur 55 · JEANNE D'ARC, FRANÇOIS DE PAULE, LE GEOLIER · texte numérisé non relu

JEANNE D'ARC, FRANÇOIS DE PAULE, LE GEOLIER

FRANÇOIS DE PAULE

Je vois qu'on m^avait fait un récit trop fidèle ; Ce noir cachot, ces fers qu'on attache autour d'elle, Cette pierre ! . . . Quel sort pour qui sauva son roi ! Viens servir mes projets, je me confie à toi. Dieu des infortunés dont la puissance auguste A l'épreuve des maux livre le cœur du juste, Et place, en partageant ses dons inystérieux, Ici-bas l'espérance, et le bonheur aux cieux.

LE &EÔL1ER.

François dePaule, vous, vous pieux solitaire Dont tout révère ici le sacré caractère, Du sort de Jeanne d'Arc j'ai bien souvent gémi ; Car dans cette prison je suis son seul ami. J'exécute en pleurant les ordres qu'on me donne, Et son cœur généreux me plaint et me pardonne. Vene5&-vous' la soustraire à d'odieuses lois ?

FRANÇOIS DE PAULE

J'ai connu Jeanne d'Arc dans le camp de Valois, Lorsque ce jeune roi recevait avec gloire ^ Le sceptre paternel des mains de la victoire.

Elle était plus que reine, elle porte des fers!^ .

Puissé-je l'arracher à tant de maux soufferts !

Contre Jeanne et le roi la marâtre Isabelle

Ose encor soulever le vieux Paris rebelle ;

Ces deux fronts couronnés , qui sauvent leur pays ,

D'autant plus glorieux sont d'autant plus haïs !

(Jeanne d'Arc, endormie, lè^e les mains .vers le ciel.)

Mais quelle image vaine^ en spnge retracée;,. Revient en ce moment occuper sa pensée ?

JEA.WWE DARCy endormie.

Ah! Dieu!

-FRANÇOIS DE PAULE

N'entends-je pas les accents de sa voix ?

JEANNE d'arc , endormie.

Anges de mon enfance, est-ce vous que je vois ? Pourquoi m'abandonner ? Ne puis-je sur vos ailes Passer de ma prison aux voûtes éternelles ?. . . Venez, je ne veux pas rester loin des élus Dans cette nuit terrestre où vous ne seriez plus! Rendez-moi, rendez-nipi vos splendeurs étoilées. Et les clartés du jour avec vous envolées. . . Je n'ai point mérité ce que je souffre ici. Vous connaissez mon cœur. . .

FRANÇOIS DE PAULE

Je le connais aussi !

Je viens d'un songe heureux justifier la joie. . . Voyez le défenseur que le ciel vous envoie.

JEANWE d'aIIC, s'éfeillant.

Qu'entends-je ? quek accents !

FRANÇOIS DC PAULE

C'est la voix d'un ami Qui de votre malheur plus que vous a frémi !

^EAirifE d'arc 9 se levant

Quoi ! saint François de Paule !•• Ah ! tout mon cœur l'atteste. Et j'ose croire encore à la faveur céleste. Puisqu'elle fait descendre en ces lieux redoutés L'ange libérateur qui marche à vos côtés!

FRANÇOIS DE PAULE

(Il fait signe au. geôlier de se retirer.)

Je viens hâter le jour de votre délivrance.

Je crois voir dans ces murs pénétrer l'espérance! L'excès de mes malheurs n'a donc pas effrayé Un prêtre généreux par Dieu même envoyé ? Dites 9 que fait mon roi ?.. . Captive et dans les larmes. J'ignore le destin de mes compagnons d'armes. Parlez-moi des Français.

FRANÇOIS DE PAULE

Grâce au divin secours.

De leurs prospérités ils poursuivent le cours.

Charles est triomphant ?

FRANÇOIS DE PAULE

Dans peu de jours peut-être Au pied de ces remparts nous le verrons paraître ;

LA CAPTIVITE; 445

Nous verrons accourir, brûlant de vous venger, Dunois, dont le nom seul fait pâlir Tétranger. D'un forfait impossible^on noircit l'innocence; Des enfers, nous dit-on, vous serviez la puissance. Ah! jamais sur la terre un envoyé des cieux Sous des traits plus divins ne s'offrit à nos yeux!

JEA.]!TIfE d'âRC , montrant les chaînes attachées aux murs

djB sa prison. ,

Ces chaînes, de mes pleurs si souvent arrosées. Croyez-vous qu'en effet elles seront brisées?

FRANÇOIS pE PAULE.

Oui, nous triompherons de tou$ vos ennemis»

Du destin qui m'attend malgré moi je frémis; Des présages venus d'une source divine.

Que l'œil n'aperçoit pas, mais que l'âme devine, Ont semblé m'avèrtir* . .

FRANÇOIS DE PAULE

Comment et dans quel lieu ?

J'achevais de remplir la> mission de Dieu. Reimsouvrait devant nous ses murs, exempts d'alarmes; Le calme succédait au tumulte des armes ; Et, pour recommencer dix siècles de splendeur, I^ France, libre enfin, reprenait sa grandeur. Ma bannière flottait, de guirlandes ornée. Charle était dans le temple, et âa tête inclinée Attendait, humblement, le signe précieux

Qui donne aux rois du monde un appui dans les cieux.

Fière et m'environnatit de la publique ivresse.

J'unissais mes accents aux hymnes d'allégresse ;

Mais, 6 terreur! à peine au nom de rÉtemel

Le prêtre eut accompli cet acte solennel,

Je pâlis... je tremblai... dans la pieuse enceinte

Je sentis de ma main fuir ma bannière sainte;

Dieu de mon faible cœur sembla se retirer;

Je crus voir un moment des flammes m'entourer,

Et, dans la sombre nuit qui me voilait la fête.

Une palme de feu se montra sur ma tête!

FRANÇOIS DE PAULE

Vos esprits abusés...

JKANITE I>'aRC.

J'aurais dO, je lé sens, Poser le glaive après ces signes menaçants; J'aurais dû... Mais un jour sous Compiègne alarmée, Surprise, loin des miens, seule contre une armée. J'osai combattre encore, au nom du Dieu vivant, L'étranger dont j'avais triomphé si souvent. Jour fatal! D'ennemis partout enveloppée Et sous mon étendard d'une lance frappée. Je m'écriai : — La mort! Oui, vengez votre affront; Partagez entre tous les lauriers de mon front 1 — Mais on me conduisit soiis ces froides murailles Que n'éclaira jamais le soleil dés batailles ! Jeanne d'Arc est ici depuis six mois entiers,

Priant pour ses parents, son pays, ses geôliers, Et surtout pour le roi, le roi que mon cœur aime! Je crois voir, (lans ma nuit, briller son diadème; Je crois voir tous ses. lis refleurir sous mes pleurs. Et je combats pour lui dé toutes mies douleurs!... Puis, hélas! de mon sein quand ce rêve s'envole, Quand mon ange gardien voile son auréole, Quand on refuse même à mes vœux innocents Dé la religion les secours bienfaisants. Je sens, de tout amour alors qu'on me séparé, A force de malheur que ma raison s'égare; Que mon eœur d'un tel sort quelquefois révolté!... Humble toit des pasteurs, pourquoi t'ai-je quitté ? Ah! reverrai-je encor le chêne dont l'ombrage De saintes visions enchanta mon jeune âge ? Mes fidèles troupeaux sur l'herbe en fleurs errer, Et les beaux séraphins de leur vol m'éclairer?... . Dieu puissant! devais-tu me choisir pour combattre?

FllAirÇOIS DE PAUtE.

Sous le poids de vos maux vous Vous laissez abattre? Ah ! quand le Dieu d\j pauvre et de l'infortuné Se montre à notre amour de douleurs couronné. Acceptons le fardçau que sa main nous impose : Dans la paix] du Seigneur que votre âme repose, Et, toujours confiante en sa suprême loi. Retrempez votre cœur aux sources de la foi. Dieu vous remit le soin d'accomplir ses oracles : Lorsqu'il. faut vous sauver, sera-t-il sans miracles?

JEAHNE d'arc.

Je crains de cet espoir d'avoir trop abusé ; Mon céleste crédit sous mes pleurs s'est usé! J'ai même succombé dans l'épreuve dernière, £t mon âme du mal s'est faite prisonmère, Mon père, et j'ai perdu sa belle pureté En cherchant dans la mort l'air de la liberté !

FRA.NÇOIS DE PAULE

Dans la mort, Jeanne d'Arc ! Que venez-vous de dire? Mettre le suicide en place du martyre, Et, le front couronné du laurier le plus beau. Perdre vos droits de femme à l'honneur d'un tombeau!

JEA.KNÈ D ARC , tombant aux genodx du prêtre.

Trouvez dans votre amour une voix vengeresse Pour piinir, s'il se peut, la pauvre pécheresse; Mais ne la quittez pas!«.. Depuis l'affreux- moment Les voix qui me parlaient du haut du firmament Au fond de ma prison ne se font plus entendre ; I^a vôtre les remplace... elle est tout aussi tendre. Et comme je vous vois, malgré mon abandon. Dans mon cœur désolé je crois presque au pardon! Quand, j'ai franchi la nuit la hauteur des murailles,' C'est que ce cœur allait au-devant des batailles : Compiègne m^appelait'à de noiiyça'ux combats!...

FRANÇOIS DE PAULE

Si le crime était grand, tu ne le voyais pas!

JEANNK d'^arc.

Non... je tendais mes bras vers la patrie absente;

LA CAPTIVITE. 449

Comme aux jours des succès je me croyais puissante; Je croyais, de la tour m'élançant vers le sol, Que mon ange gardien me prêterait son vol...

FRAirCOIS DE PAULE.

Ton élan était pur... tu nV»s pas criminelle; L'air seul du paradis a manqué sous ton aile! Victime d'un désir que Dieu mit dans ton sein, Rien de l'esprit du mal n'entra dans ton dessein. Et, ma main t'absolvant de cette chaste faute. Tu peux dans tes «jloujeurs marcher la tête haute ! Va, ne crois pas ces murs plus loin de l'œil du ciel Que la fosse aux lions qu'habitait Daniel!...

(Jeanne d'Arc se relève, après avoir été bénie par Je. prêtre.)

Le fils de Jean sans Peur contre vous se prononce; Le tribunal suprême à grands cris vous dénonce. Le cruel Hermangard, fanatique abhorré, Contre vous, jeune sainte, en tout temps déclaré, Accourt pour vous noircir d*un crime imaginaire-: Mais Bedfort confondra son espoir sanguinaire ; Bedfort conservera le pouvoir respecté Que te bienfait des. lois laisse à la royauté, Et, cédant aux devoirs que la vertu commande, . Saura...

LE GEÔLIKR, à Jeanne 4'Arr.

L'inquisiteur; Hermangard, vous demande.

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