‹ Jeanne d'Arc; tragédie en cinq actes et en versChapitre 38 sur 55 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

FRANÇOIS m PAULE, JEANNE D'ARC, LE 6E0ÛER,

LE PEUPLE

JEAN NE D A RC , se précipitant les cheveux épars et dans te délire.

Non, laissez-moi; pitié!... Regardez ma pâleur!!!

LE PEUPLE

L'enfer a sur ses traits gravé le pacte infâme. A na thème sur elle!

478 JEANNE D'AHG, MABTYRE.

FRâ^NGOIS DE PAULE.

Epargnez cette femme!

Par l'effroi des tourments ses esprits égarés... Ohî pitié!... Mon enfant...

Son enfant ?... Vous pleurez ?... Vous! et mon œil en vain cherche à vous reconnaître. Son enfant ! . . . Suis*je donc où le ciel m'a fait naître ? Oui, voilà mes coteaux, mes forêts... Quel beau jour! Le pâtre au bord du lac chante pour mon retour.

SYMPHONIE CBAMPETRK.

Je reconnais les fleurs que vos pas ont foulées ; Compagnes du hameau, c'est moi, c'est votre sœur; Votre sœur, libre enfin, qui de l'air des vallées N'a point oublié la douceur!

Pendant qu'on travaillait à la moisson vermeille. Ma moisson de lauriers s'est faite... Oh! venez voir! Je reviens sous mon toit, comme une jeune abeille Rentre dans sa ruche le soir.

Je verrai mes troupeaux chercher à chaque aurore L'onduleuse vapeur qui suit le cours des eaux; Mes mains travailleront le lin qui pend encore A ma quenouille de roseaux.

Doux vallons où passa mon enfance inconnue Comme une tendre fleur que Ton cache aux autans,

Comme sur un beau lac qui réfléchit la nue Passe une hirondelle au printemps;

De vos prés, de vos champs une image adorée Me suivait sous l'azur flottant de mon drapeau. Et je reviens mourir oîi je serai pleurée.

Mes sœurs, vous aurez mon tombeau!!!

FRANÇOIS DE PAULE

Ah! dans la tombe en paix puisse- t-elle descendre!

LE PEUPLE

Au vent de Tanathème on livrera sa cendre.

Écoutez... Des héros je guide encor les pas; La trompette guerrière a sonné les combats

STMPUOiriE GUERRIERE.

Quoi! sous leurs blasons infidèles Des chevaliers félons nous bravaient impunis! •Quoi! l'ombre de Guesclin qui prit des citadelles

Est captive dans Saint-Denis!

Qu'aux accents de ma voix la guerre se rallume.

Français ! voyez marcher mon étendard flottant ; Je tiens un glaive qui consume , lorsqu'on s'arrête en le portant !

STMPHOiriE.

Suivez-moi... Par le ciel armée, De mon faible bras il se sert;

480 JËANNK D*ARC, MARTYRE.

Je suis la colonne enflammée Qu'Israël suivait au désert.

A vos drapeaux! à votre lance!

Dieu, des Anglais, dans sa balance, A trouvé le destin léger.

Brûlants d'une sainte fîirie, Soldats, accordons-leur du sol de la patrie Ce qu'il en faut à l'étranger !

Mais que vois-je ? ô mon roi ! quel bras vient de t'abattre ? Talbot, reconnais-moi... c'est moi qu'il faut combattre. Tourne contre mon sein ton glaive étincelant : Pourquoi m'évitais-tu dans ce combat sanglant? Tu ne peux retarder tes défaites prochaines ; Et dans ton sang ce bras... Ah! je suis dans les chaînes!!! Dernier rêve de gloire et de bonheur, adieu !. . .

(Elle tombe évanouie ; François de Paiile la soutient.) LE PEUPLE.

C'est la voix des enfers !

FRANÇOIS DE PAULE

Non ; c'est la voix de Dieu !

ÎIL

SI

La vieille place du palais de justice; ou aperçoit une çiglise gothique dans

réloignement.

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