‹ Jeanne d'Arc; tragédie en cinq actes et en versChapitre 45 sur 55 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Le portail de l'église s'ouvre, et laisse voir des cierges allumés et la longue

file des inquisiteurs.

HERMANGARD, JEANNE D'ARC, juges, gabobs.

HERMANGARD.

Sur le sort de l'impie on vient de prononcer^

Quel est-il ?

HERMA.NGARD.

Nous allons te lire la sentence. >

Celui qui m'inspirait soutiendra ma constance.

Te repens-tu?

Lisez...

HERMANGA.RD.

Non.

HERMANGARD.

Non!

Que Dieu juge entre nous !

HERMANGARD.

L'arrêt sacré doit s'entendre à genoux.

Jeanne d'Arc à vos pieds I... dans ce moment suprême !... Mais devant ses bourreaux Dieu se courba lui-même.

Elle s'agenouille. On entend une musique funèbre dans le fond de l'église.

HERMANGARD.

Il lit.

c( Au nom du tribunal ^ seul juge désormais,

« Seule voix que le ciel ne démente jamais,

(c Jeanne d'Arc, à mes pieds, ici, dans la poussière,

« En pacte avec l'enfer, idolâtre et sorcière,

« Vient d'être condamnée à périr par le feu.

« L'ange inscrira l'arrêt sur le livre de Dieu . »

Te repens-tu?

Non.

HERMANGARD.

Non!

Il continue la lecture.

a Du lieu de son passage

« Que tout chrétien s'éloigne en voilant son visage.

« Seule, et désespérée en face des tourments,

a Que nul prêtre n'assiste à ses derniers moments. »

li étend un crucifix sur la téie de rexcommnniée.

Le crucifix penché parle pour te maudire. L'esprit saint, par ma voix, parle pour te prédire

Le trépas sanglant de tes fois. L'Église de Satan te déclare sujette.

Ton âme est désormais un fruit que Dieu rejette

De l'arbre immense de la croix!!!

Oui, pour toi, dans ce temps l'éternité commence. Anathème, anathème à l'œuvre de démence

Qui t'a conduite dans nos fers.

Aux quatre vents du ciel tes cendres dispersées Iront, en retombant sans être ramassées.

Grossir la cendre des enfers ! . . , Viens, suis-nous pour mourir.

JKAN NE d'arc , se levant.

A mon sort résignée, Mais de tant de fureurs justement indignée. Quand des arrêts du ciel on me menace en vain. Je te cite à mon tour au tribunal divin. Tremble ! Il est des malheurs que je dois te prédire. Regarde bien ce front que tu viens de maudire : Bientôt avec terreur tu le reconnaîtras Dans le lieu redoutable où tu comparaîtras.

HRRMAICGARD.

Moi!

Toi-même, toi-même !... Oui, la mort te réclame; Ta victime, à son tour, viendra juger ton âme !

HERMANGARD.

Le peuple te demande et les bourreaux sont prêts. Entends-tu ces clameurs ?

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