‹ Jeanne d'Arc; tragédie en cinq actes et en versChapitre 47 sur 55 · LIONEL · texte numérisé non relu

LIONEL

Il est trop tard ; les lois réclament la victime.

BOURGOGNE

II n'est jamais trop tard pour empêcher un crime !

BEDFORT

Au nom du tribunal, rassemblé dans ce lieu, Son arrêt...

BOURGOGNE

Ten appelle au jugement de Dieu.

Quoi! prince... ,

BOURGOGNE

Si les lois profanent leur puissance, Le courage établit les droits de l'innocence. Oui, lorsque les clairons ont donné le signal, Dieu même devient juge et monte au tribunal. Qu'il y monte aujourd'hui, pour la plus sainte cause : Dans l'affaire de Dieu l'homme est si peu de chose ! Oui, quel que soit le bras choisi pour l'innocent, I^ force du Seigneur le rend toujours puissant. Moi, couvert de remords, moi, rebelle et transfuge, Dans l'honneur du péril je cherche le refuge ! Je marche dans l'arène, et ce laurier m'est dû Pour remonter au rang dont je suis descendu ; Pour que la gloire encore à mes yeux ait des charmes ; Pour qu'il me soit permis de racheter mes armes ; Pour laver dans le sang ce que la trahison Imprime de souillure au plus noble blason ! Oui, c'est Dieu qui fera, soutenant ma vaillance, Luire la vérité sous l'éclair de ma lance.

Alors qu'aux justes droits tout homme fait défaut,

En abaissant nos cœurs, montons jusqu'au Très-Haut ;

Il connaît la victime, il guide la victoire;

Il sait que j'ai besoin de palme expiatoire ;

Que ma défaite irait réjouir les enfers ;

Que la martyre attend, les bras chargés de fers !!!

(Au duo de Bedfort,)

Vous, prince, suspendez l'arrêt de son supplice; Au lieu de l'échafaud qu'on prépare la lice. Et vous verrez ma main forcer au repentir Tout Anglais dont la voix m'oserait démentir !

BEDFORT

c'est trop longtemps souffrir ce superbe langage ! Du combat devant nous tu peux jeter le gage.

HBRMANGARD.

Jeanne d'Arc doit finir ses jours dans les tourments.

tlONEL.

Un arrêt la condanme, il est juste^..

BOURGOGNE

Tu mens.

(Se tournant vers Bedfort.)

Oui, tu mens ; et tous ceux qui, partageant ta haine,

Oseront soutenir la sentence inhumaine.

Je les tiens pour félons, pour chevaliers sans foi ^..

BEOFORT.

Eh bien ! qui choisis-tu pour te combattre ?

BOURGOGNE

Toi.

BEDFORT

Je te rends mon estime^ et sur tes pas...

Arrête !

La mort ne doit^ ici, menacer que ma tête. Non, mon frère, à présent n'exposez pas pour moi Ces jours, sî glorieux, qui sont à votre roi. Quand l'ordre du Seigneur d'ici-bas me retire. Laissez à mon trépas la palme du martyre ; Ne sauvez point mes jours, prince, mais vengez-les. Du haut de mon bûcher voyant fuir les Anglais, Fière du bras puissant que je rends à la France, Ma voix retrouvera l'hymne de délivrance; Je m'écrierai : — Victoire! — et mes derniers accents Iront frapper au cœur mes bourreaux pâlissants. Anglais, n'acceptez pas le défi qu'on propose ; La victime elle-même à ce combat s'oppose.

BEDFORT

Vous ne le pouvez plus, tout son sang va couler.

BOURGOGNE

Je t'attends.

BEDFORT

Il croirait nous avoir fait trembler»

HERMANGARD.

Mais, prince, un tel combat...

BEDFORT

Qu'on ouvre la barrière.

BOURGOGNE

Marchons.

BEDFORTy i Hermaogard.

Dans sa prison conduisez la guerrière ; Ses fers seront brises si Bourgogne est vainqueur.

XEANNE d'arc.

Dieu ! contre ses périls affermissez mon cœur!!!

La grande place de Rouen. Un bûcher, appuyé sur des faisceaux d'armes , est élevé au milieu. On aperçoit, entre deux édifices, la vieille tour où est renfermée Jeanne d*Arc, et sur la gauche un banc de pierre.

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