MARGUERITE^ LOUISE
LE PiHE DE JEANNE d'aRC.
Mes enfants!
FRANÇOIS DE PAULE
Ciel!
LOUISE
Grand Dieu !
LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.
Mes enfants !
MARGUERITE
Ah! nm sœur!
FRANÇOIS DE PAULE
Quoi! ce fatal combat...?
MARGUERITE
Il chancelle, il succombe.
LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.
Au pied de ce bûcher je viens chercher ma tombe.
LOUISE
Ah! ma sœur!
LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.
Oui, pleurez, pleurez sur notre sort ; Le jugement de Dieu nous condamne à la mort !
FRA.ÎfCOIS DE PAOLE.
Le Très-Haut consulte permettrait ce supplice!!!
LE PÈRK DE JEAISNE d'aRC.
J'ai vu les combattants s'attaquer dans la lice ; Ouiy j'ai vu... tout mon sang soudain s'est arrêté; Dans mon cœur expirant tous leurs coups ont porte. J'ai comprimé ce cœur ; j'ai dompté la nature ; J'ai du cruel spectacle épuisé la torture ; J'ai sentiy contre moi cherchant à m'affermir, Sous le tranchant du fer mes entrailles gémir. O malheur! ô vengeance encore inassouvie! Chaque fois que l'Anglais, en m'arrachant la vie, Frappait d'un coup phis sûr l'airain retentissant. J'entendais applaudir ce peuple ivre de sang! Oui, ce peuple l . . . il joignait ses cris au bruit des armes ; Sa joie impitoyable insultait à mes larmes. Il m'entourait avec des accents de fureur ; Il venait sur mon front épier ma terreur. Les vieillards se disaient : — Qu'il soit maudit lui-même, Le chevalier félon qui défend l'anathème! — Et les femmes aussi, cherchant à m'approcher. Leur enfant dans les bras,.me criaient : — Au bûcher !! —
FRANÇOIS DE PAULE
Et Bourgogne est vaincu ?
LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.
Sa défaite funeste Change en assassinat le jugement céleste. Le glaive s'est plongé dans son flanc généreux :
639 JEANNE DÂRC, MARTYRE.
£t j'ai pu sans mourir voir ce combat afFreux ! Ce combat, ce drapeau que le vainqueur déploie, Ce fer, ce sang, ce peuple et son horrible joie!...
MARGUERITE
Mon père, ah! par pitié...
LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.
Dieu, qui voyez mes pleurs, Lorscjue sur vos enfants vous versez les douleurs, Vous daignez mesurer leurs maux à leur faiblesse ; Mais le fardeau des miens accable ma vieillesse. Quels forfaits de mes jours devaient être expiés ? Ah! ma mort...
(Il tombe anéanti sur la pierre.) MARGUERITE.
Vous, mourir! regardez à vos pieds, Vous y retrouverez encore une famille.
LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.
Ma fille!
LOUISE
Un nom si doux est le nôtre....
LE PERE DE JEANNE d'aRC.
Ma fille!
A ta perte, aujourd'hui, je ne survivrai pas! Voici, voici la pierre où m'attend le trépas.
FRANÇOIS DE PAULE
Vous déchirez le cœur de ces infortunées. Vous offensez le Dieu qui vous les a données.
LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.
Dans la lice sanglante où j'étais à genoux, A-t-il vu ma douleur et combattu pour nous ?
FRANÇOIS DE PAULE
Vieillard !
LE PÈRE DE JEANNE d'aRC.
11 m'a donné le droit de le maudire, Et je sens dans mon âme...
FRANÇOIS DE PAULE
O ciel! qu'osez-vous dire?
N'attirons pas sur nous de plus grands châtiments; Adorons ses décrets jusque dans nos tourments. Ah! lorsque votre fille innocente, inspirée, A ce trépas divin par son cœur préparée, Viendra vous adresser les suprêmes adieux, N'aurez-vous pour sa mort qu'un blasphème odieux ? Son père osera-t-il renier devant elle Dieu, ce Dieu qui reçoit son offrande immortelle ; £t peut-être, brisant la palme entre ses mains. Du séjour des martyrs lui fermer les chemins ? Partagez bien plutôt ses saintes espérances : Homme et chrétien, portez la croix de vos souffrances!