S€É«B IF
Jeanne, seule.
JEANNE
O déplorable sort 1 Je déplais à mon père.
Et les gens du pays me nomment la sorcière.
On ne croit point. Seigneur, à ton appel, aux voix
Que tu me fais entendre, aux clartés que je vois ;
Et c'est là, pour mon cœur, la pire des souffrances.
Soutiens-moi dans ma peine et dans mes espérances^
Pour que jamais, Seigneur, infidèle à ta loi.
Mon esprit ou mon cœur ne s'éloigne de toi.
— Heureux, heureux agneaux, vous ignorez nos luttes,
Nos troubles, nos remords, nos sanglantes disputes.
Si vous laissez parfois aux buissons du chemin
Quelque flocon de laine, ou si, dans le ravin,
L'eau pure du torrent par l'orage est troublée,
La paix de vos vallons n'en est point altérée.
Cette heureuse ignorance, où, joyeux, vous vivez,
Vous préserve des soins à l'homme réservés.
Ignorants du danger, vous ignorez la crainte.
Nos maux, sur vos sentiers ne laissent point d'empreinte.
Avant que de l'Anglais les bataillons serrés
Sous leurs talons de fer n'aient fauché tous ces prés,
Paissez, paissez en paix Therbe de la prairie, Endormez-vous sans crainte en votre bergerie. — Mais qu'entends- je? O bonheur! Je reconnais mes voix ! Marguerite, c'est vous, c'est vous que j'aperçois. Quelle extase en mon cœur! quel délire! quel calme î Du triomphe en vos mains déjà je vois la palme Qu'en son ardent amour me réserve le ciel.
Catherine, parlez; parlez, ange Michel ; Est-ce enfin le moment de saisir ma bannière? L'heure a-t-elle sonné d'entrer dans la carrière?
Sۏ3RS Yl
Jeanne d*Arc. Saint Michel, sainte Marguerite
et sainte Catherine invisibles.
Chœur lointain de voix célestes.
(Toute cette scène est chantée.)
Voix célestes.
Suspens, Seigneur, tes décrets rigoureux.
Prends en pitié ton peuple malheureux.
Et que ta main clémente.
De tes enfants oubliant les forfaits,
Retienne désormais L'éclair captif et la foudre impuissante.
Ainsi que l'arc divin, précurseur d'un beau jour, Jette encor sur la France un long regard d'amour.
JEANNE
Des sphères éternelles.
Le Seigneur me répond : quels suaves accents !