REPRISE DU CHŒUR
Sous le vieux hêtre au rameau sombre, La vierge connaît son destin, Et le malade à son déclin Retrouve la vie à son ombre.
(Le chœur sort en chantant et les voix se perdent dans le lointain.)
Les précédents, moins le chœur de jeunes filles.
(Jeanne d'Arc revient pensive sur le théâtre pendant que les jeunes filles s* éloignent.)
JEANNE, à part.
Tandis que vous chantiez, quelle est cette terreur Que vos jeux innocents ont fait naître en mon cœur ? Sœurs, avec votre paix quel douloureux contraste ! D'où me vient aujourd'hui ce sentiment néfaste Qu'en sauvant mon pays, par un funeste sort, Je me prépare, hélas! une cruelle mort?
JACQUES, qui est revenu^ avec Raymond, pendant le discours de Jeanne, à part.
O délice ! ô candeur 1 ô charme de l'enfance ! •Comme ces jeux naïfs, ces chants de l'innocence Font tressaillir mon cœur d'un chaste et doux émoi ! D'où me vient cet espoir qui s'empare de moi ?
(Haut, à Jeanne :)
Jeanne, je te comprends, trêve à notre tristesse! Le moment est venu de remplir ta promesse, De prévoir l'avenir et de donner enfin A l'époux qui t'attend et ton cœur, et ta main.
JEANNE
Non, je n'ai rien promis, et quand la France pleure. Des ris et des festins, père, ce n'est point l'heure.
JACQUES
Quand nos toits et nos champs ne seront plus à nous. Tu trouveras asile au cœur de ton époux.
JEANNE
Les malheureux époux, en ces périls suprêmes. Auront assez à faire à se défendre eux-mêmes.
JACQUES
Voilà donc cet espoir qui t'enivrait tantôt Qui vient, en un instant, de couler comme un flot. Ma fille, quelle foi veux-tu que l'on te prête ? Renonce aux visions qui tourmentent ta tête.
JEANNE Plutôt mourir, mon père.
JACQUES
O Jeanne, écoute-moi :
Laisse aux hommes des soins qui ne sont pas pour toi.
JEANNE
Que ma vie et mon sang puissent sauver la France ! C'est, parmi nos revers, ma plus douce espérance.
JACQUES, à Raymond.
Raymond, ne troublons point cette exaltation ; J'espère que le temps et la réflexion
Rendront un peu de calme à sa tête en délire. Je laisse, quant à moi, le soin de nous conduire Au Maître universel, dont la puissante main Aux astres, dans le ciel, a tracé leur chemin. Et quel que soit le. chef que son choix nous destine, Confiant en lui seul, d'avance je m'incline Devant celui dont Dieu purifiera les reins Et qui sera sacré par Ponction, à Reims.
(Jacques et Raymond sortent.)