CHŒUR DE VOIX CÉLESTES
Doux parfum de l'âme Dont le pur dictame Embaume les sens, Le Seigneur contemple Ton pieux exemple.
Il est de son temple Le plus pur encens.
{En ce moment, un rayon de soleil vient frapper la rosace du fond. En même temps que l* Archevêque le montre, tout ému, la voix de Thibaut se fait entendre dans le lointain.)
L'ARCHEVÊQUE, montrant le rayon.
Le rayon du soleil !
THIBAUT, en dehors du théâtre.
La colline s'éclaire !
La Pucelle paraît majestueuse et fière !
Chassant, sur son chemin, l'Anglais comme un troupeau. J'aperçois son coursier, son heaume, son drapeau ; J'entends les hosannah, la marche triomphale. Et le pas des guerriers et l'escorte royale.
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L'Archevêque, Jeanne d'Arc, Charles VII, Richement, Lahire, Tanneguy du Ghâtel et toute la suite de Chaînes VII et de Jeanne d'Arc.
(On entend d'abord les sons lointains de la symphonie, dont le bruit approche peu à peu; le murmure des acclamations populaires grandit; le canon gronde au loin, les cloches sonnent.
En même temps, le théâtre s'éclaire; V Archevêque revêt ses ornements pontificaux ; des enfants entrent par la petite porte de droite portant la croix, les encensoirs, les flambeaux, la crosse et la mitre de Vévêque, la sainte ampoule.
Par la porte opposée, d'autres enfants paraissent, portant sur de riches coussins les insignes de la royauté, le sceptre, la couronne, répée et le manteau royal. .
A leur suite, Jeanne d'Arc, tenant d'une main sa bannière et donnant l'autre main à Charles VII qu'elle introduit dans le temple.
Viennent ensuite, tous les officiers de la suite du roi, les serviteurs, le peuple.)
L'ARCHEVÊQUE, venant à la rencontre de Charles VU. Gloire au nouveau David, à Félu de ton cœur ! Béni celui qui vient en ton nom, ô Seigneur!
Le tumulte des camps sous ces voûtes expire;
C'est ici de la paix la demeure et Tempire.
Le bruit du fer fait place aux suaves accents,
Et Todeur de la poudre au parfum de Tencens.
De même, à ton autel, les haines font silence,
C'est ton plus beau triomphe, ô mon Dieu ; ta puissance
A fait aussi des cœurs tomber tous les remparts.
Le même chant d'amour monte de toutes parts ;
La France se relève et plus belle, et plus forte
Et nul ne rougit plus du nom français qu'il porte.
L'Armagnac dans ses bras reçoit le Bourguignon,
La Trémouille, à son tour, embrasse Richemont,
Et le roi bienheureux, que partout on acclame,
Ne voit dans ses sujets et qu'un cœur et qu'une âme.
Pour cette œuvre, Seigneur, une enfant t'a suffi :
Une simple bergère a bravé le défi
Des puissants conjurés contre toi ; sa main fière
Contre tous, sans faiblir, a tenu ta bannière.
A l'heure, où de ses dons je recueille les fruits.
Au milieu des soldats que ma main a conduits,
Je veux chanter au Dieu qui protège la France
Le cantique éternel de ma reconnaissance :
Mon âme te bénit, ô toi dont la bonté
De ta pauvre servante a vu l'humilité.
Tous les peuples bientôt proclameront ma gloire ;
Mais c'est ton bras puissant qui donne la victoire.
A ton nom trois fois saint, l'Anglais, ce roi d'un jour^
De son trône usurpé tombe sans nul retour,
Et tu rends sa couronne au prince légitime
Dont déjà le malheur avait fait sa victime.
Tu te souviens. Seigneur, de Louis, de Clovis,
Et tu rends sa splendeur au royaume des lis.
(A l'Archevêque :) Et maintenant, Seigneur, déposez la couronne Sur ce front que le ciel a marqué pour le trône ; Qu'il reçoive de vous le sceptre et l'onction, Et j'aurai terminé ma sainte mission.
(A Charles VII :) Et vous, pasteur du peuple, écoutez la bergère : - Roi, voilà votre maître; offrez votre prière. Pour mériter l'honneur de paître son troupeau. Courbez-vous devant lui comme un fidèle agneau. (Charles VII se présente devant l* Archevêque.)
L'ARCHEVÊQUE Quel est celui qui vient ? Savez-vous s'il est digne ?
JEANNE D'ARC Par le doigt du malheur le ciel vous le désigne.
L'ARCHEVÊQUE Plus illustre est le rang, plus grand est le danger.
CHARLES VII
Ces ruines, ce sang, mes aïeux, l'étranger, Me Pont appris. Seigneur.
L'ARCHEVÊQUE
Les rois sont les arbitres De leur peuple : au pouvoir, Prince, quels sont vos titres ?
CHARLES VII Ma famille, mon nom...
JEANNE D'ARC Ses vertus,
CHARLES VII
Mes malheurs,
JEANNE D'ARC Surtout le choix du Dieu dont Tœil scrute les cœurs.
L'ARCHEVÊQUE Et du choix du Seigneur quel signe peut m'instruire?
CHARLES VII Demandez à l'Anglais.
L'ARCHEVÊQUE Quel bras put vous conduire ?...
CHARLES VII, montrant Jeanne d'Arc.
Le bras de cette enfant qui fait cesser nos deuils Et m*a tracé ma voie à travers mille écueils.
L'ARCHEVÊQUE ■Qu'attendez-vous du ciel, Seigneur ?
CHARLES VII
Une couronne
Est un hochet d'enfant que sa main ôte ou donne :
Je demande à celui par qui régnent les rois
De sceller de son sceau ma puissance et mes droits.
L'ARCHEVÊQUE Et ces droits quels sont-ils?
CHARLES VII
Faire aimer la justice.
Récompenser le bien et châtier le vice.
L'ARCHEVÊQUE A quoi sert le pouvoir ?
Un roi doit l'employer A défendre son peuple, à chasser l'étranger.
L'ARCHEVÊQUE Et ses devoirs ?
CHARLES VII
Du peuple il doit être le père.
L'ARCHEVÊQUE Le serez-vous, Seigneur ?
CHARLES VII
Je le veux et l'espère.
L'ARCHEVÊQUE
Avant de recevoir ce suprême bienfait, Au Dieu de qui descend tout don, tout bien parfait^ Et qui de notre France a fermé la blessure, Jurez de demeurer fidèle.
CHARLES VII Je le jure !
L'ARCHEVÊQUE
Approchez donc, mon fils, par ce Dieu dont la main
Dans le sang de l'Anglais vous traça ce chemin,
Où vos augustes pas sont autant de prodiges.
Où vous avez laissé de si profonds vestiges.
Où, sur chaque muraille, et le fer, et le feu
Ont si visiblement gravé le nom de Dieu,
Où, de nos ennemis le Seigneur qui nous venge,
(Désignant Jeanne d'Arc :) Comme aux jours de Clovis nous envoya son ange. Approchez-vous du Dieu qui vous appelle à lui, Vous, le proscrit d'hier et le roi d'aujourd'hui ; Hier, roi sans sujets, sans trône, sans asile, Malheureux qu'on oublie, et vaincu qu'on exile, Roi de Bourge, en un mot, à qui le même jour Rend le sceptre, l'honneur, la France et notre amour. Venez laver ici l'afifront de nos défaites; Oubliez tous nos deuils dans l'éclat de ces fêtes; Dans l'onction, sacrée éteignez les conflits Et régnez sur les cœurs d'un peuple reconquis.
CHARLES VII
Régner? qu'avez-vous dit ? est-il vrai? quel baptême ! Du fond d'un tel abîme atteindre au rang suprême! Au moment de toucher le but, mon cœur troublé Revoit, comme un remords, les maux de l'exilé. Moi que dès le berceau visita l'indigence.
Qui ne connus jamais de loi que la souffrance. Ni d'autre majesté que celle du malheur.
Qui me vaut aujourd'hui cette gloire, Seigneur, D'être, sur tout un peuple, un rayon de Dieu même? Moi qu'a déjà meurtri l'ombre du diadème.
Comment pourrai-je, hélas ! en porter tout le poids ? Moi, le petit enfant que l'on vit autrefois, Aux mains de du^Châtel, échapper par miracle Au fer du Bourguignon ; qui donnai le spectacle De Paris à Melun, de Melun à Chinon, D'un roi forcé de fuir devant l'Anglais ; non, non,
Pour un pareil fardeau trop faible est mon épaule ; Le sceptre est une chaîne et le trône une geôle ; Le diadème d'or devrait-il me tenter, Ma tête, sans péril ne saurait le porter.
Ah! de grâce, arrêtez, épargnez ma faiblesse.
L'ARCHEVÊQUE Non, le ciel, au contraire, exalte qui s'abaisse; Jamais plus clairement sa voix n'avait parlé, Et le Dieu de Clovis s'est encor révélé.
Une telle victoire efface votre outrage.
Vos aïeux s'appelaient et l'Auguste et le Sage, Le Saint, le Bon, le Beau, le Hardi, le Pieux, Je vous proclame ici, vous, le Victorieux.
CHARLES VII Si c'est son bon plaisir, que sa grâce m'assiste. (Charles VII se met à genoux devant V Archevêque, et tous les assistants l'imitent. L'Archevêque, seul debout, reçoit la crosse et la mitre, lève la main sur la tête du roi et dit solennellement :)
L'ARCHEVÊQUE
Roi du ciel. Dieu vivant, par lequel tout subsiste,
Vous aussi, glorieux Patrons de ce pays,
Clotilde, Geneviève, et Denis et Louis,
Apôtres, Confesseurs, Vierges, Martyrs, Prophètes,
Elus, qui triomphez des humaines tempêtes,
Bénissez, par mes mains, par ma voix, par mon cœur,
L'élu du ciel. Prions.