‹ Jeanne d'Arc: Tragédie en cinq actes et en vers avec choeursChapitre 31 sur 38 · TOUS LES ASSISTANTS · texte numérisé non relu

TOUS LES ASSISTANTS

Ecoutez-nous, Seigneur.'

L'ARCHEVÊQUE

C'est votre serviteur !

TOUS

Soyez son espérance!

L'ARCHEVÊQUE Sa tour dans les combats,

TOUS

Sa force, sa puissance.

L'ARCHEVÊQUE Exaucez ma prière.

TOUS

Ecoutez notre cri.

L'ARCHEVÊQUE

La paix soit avec vous.

TOUS

Comme avec votre esprit.

(LWrchevêque prend le Saint-Chrême dans la sainte Ampoule et fait Vonction sur le front du roi.)

L'ARCHEVÊQUE

Coule, sainte onction, coule, pieux symbole ; Imprime sur ce front la céleste auréole Du Christ, le premier oint et le roi triomphant. Sois vivante toi-même au cœur de son enfant.

Sois flambeau ! car la nuit, sur sa route, est profonde ; Sois rosée ! en vertus rends son âme féconde ; Sois parfum ! que sa grâce attire l'orphelin ; De son cœur que la veuve apprenne le chemin.

Sois remède, aliment, douceur, force, allégresse ! Sur l'athlète royal coule jusqu'à l'ivresse 1 Pour les sacrés combats, ô puissante onction, Que ta douce vertu l'inonde comme Aaron.

Par ton divin contact, qu'il soit Roi, qu'il ordonne, Qu'il juge, qu'il châtie, et surtout qu'il pardonne ! (Tous se relèvent.)

LE CHŒUR

Que Dieu sauve le Roi !

C'est le chant d'Israël qu'emprunte la Patrie. Quand ce cri désormais s'élèvera vers toi.

Exauce la France qui prie.

L'ARCHEVÊQUE, remettant l'épée.

Recevez ce fer menaçant Pour frapper le coupable et sauver Tinnocent.

Sur les ennemis de sa gloire Que le Dieu des combats vous donne la victoire.

LE CHŒUR Que Dieu sauve le Roi, etc.

L'ARCHEVÊQUE, remettant le sceptre.

Prenez le sceptre du pasteur ; Du troupeau qui vous suit soyez le protecteur; Et que votre houlette, à travers le bocage.

Le préserve des loups, de la faim, de Torage.

LE CHŒUR Que Dieu sauve le Roi, etc.

L'ARCHEVÊQUE, remettant le diadème.

Recevez la couronne d'or :

De vos sujets qu'elle soit le trésor.

C'est un reflet divin de la Toute-Puissance; Du peuple qui vous sert soyez la Providence.

LE CHŒUR Que Dieu sauve le Roi, etc.

L'ARCHEVÊQUE, remettant le manteau royal.

Recevez le manteau royal ; De la grandeur des rois c'est le fidèle emblcme.

Par vos vertus soyez vous-même Le plus bel ornement d'un trône sans rival.

Faites fleurir partout l'équité, la justice ; Du Dieu qui vous sauva portez haut l'étendard ;

Que la France de Jeanne d'Arc, Devienne, au souvenir de sa libératrice, La plus belle patrie, après celle du ciel.

JEANNE d'auC (

Montez sur cet auguste trône Et recevez Thommage solennel D'une cour dont la foi déjà vous environne.

(Le roi monte sur le trône et chaque chevalier vient lui rendre

hommage en fléchissant un genou devant lui

et en baisant sa main.)

LE CHŒUR

Que Dieu sauve le Roi !

C'est le chant d'Israël qu'emprunte la Patrie. Quand ce cri désormais s'élèvera vers toi, Exauce la France qui prie.

UNE VOIX

Vois en ce jour l'ennemi terrassé S'enfuir au loin, glacé par l'épouvante.

Et de ton peuple, un instant abaissé.

Se relever la foi toute-puissante.

LAHIRE

Dieu met le comble à ses bienfaits,

Aujourd'hui, dans son temple.

Par des prodiges sans exemple.

Bien humblement je reconnais Qu'il a plus fait pour vous, Messire, Que n'eût fait Lahire en sonjieu.

Si Lahire était Dieu Et Dieu, Lahire.

LE CHŒUR Que Dieu sauve le Roi, etc.

Les précédents, un huissier, puis un envoyé du duc de Bourgogne.

L'HUISSIER Un courrier de Dijon!

LE ROI, inquiet, à part.

Que vient-il annoncer?

JEANNE D'ARC, joyeuse, à part.

La réponse à mon pli.

LE ROI, à l'huissier Priez-le d'avancer.

(U envoyé entre et remet une lettre à Jeanne d'Arc)

JEANNE D'ARC, lisant la lettre.

« O Jeanne, triomphez ; je me rends à vos larmes ; Je cède à vos vertus plus encor qu'à vos armes. Je vois, dans votre appel, Jeanne, un ordre du ciel ; J'obéis et reviens à mon roi naturel.

Devant vous déposant désormais ma rancune.

Je n'ai qu'une patrie et n'en veux servir qu'une. Je ramène avec moi mes anciens partisans :

Liège, le Luxembourg, Namur, les deux Brabants. Moi qui ne craignais rien, devant qui tout recule, Pour la première fois, Jeanne, je capitule ; L'invincible soldat peut bien, sans déshonneur, Etre, grâces à vous, le vaincu du Seigneur.

Succomber devant lui, c'est ma plus belle gloire; Une telle défaite égale une victoire.

Oui, dans les qualité de Philippe le Bon, Je veux faire oublier le traître Bourguignon. Dites que je pardonne aux bourreaux de mon père. Que je veux employer, à chasser l'Angleterre,

Le bras qui Ta servie, et qu'enfin notre roi N'aura point de sujet plus fidèle que moi. »

(Elle ferme la lettre et s'adressant au roi :) Sire, au nom du Seigneur qui brise cette intrigue. Je vous livre le cœur de cet enfant prodigue.

LE ROI

Au nom du même Dieu, Jeanne, présent ici,

Au nom de mes sujets, de la France, merci !

C'est à vous après lui que je dois ma couronne.

Mon peuple son salut, et le pays son trône.

J'ennoblis, en retour, votre pauvre maison :

Que le lis de la France orne votre blason !

Il ne saurait avoir une plus belle place.

Qu'au lis de votre cœur désormais il s'enlace !

Sous le regard de Dieu, qui daigne les bénir.

Puisse leur doux éclat de plus en plus s'unir !

Qu'on les grave tous deux sur la môme bannière !

Comme deux astres d'or qui mêlent leur lumière,

Je veux que ces deux fleurs confondent leurs parfums.

Dans leurs chastes couleurs, dans leurs attraits communs.

Notre honneur trouvera son plus parfait symbole ;

Qu'il demeure aussi pur que leur blanche corolle !

Et que notre pays, dans ses droits rétablis,

Soit, une fois de plus, le royaume des lis.

Plus humbles sont mes vœux : ma mission s'achève.

Jusqu'à ce jour. Seigneur, j'ai vécu dans un rêve,

De. mon cœur et du ciel suivant l'impulsion :

Je combattais, et Dieu bénissait l'action.

Ignorante, à Dunois j'enseignais la victoire ;

Je sauvais Orléans et j'étonnais la Loire.

Enfant, je répandais, avec mon seul drapeau.

Libre au milieu des camps comme avec mon troupeau,

La terreur d'un côté, de l'autre, l'assurance;

J'abaissais l'Angleterre et relevais la France.

Mais mon rêve est fini, car vous voilà sacré;

Mes voix ne parlent plus, et Dieu s'est retiré;

Puisque vous êtes roi, je redeviens bergère.

Laissez-moi retourner auprès de mon vieux père.

La France désormais n'a plus besoin de moi :

Vous avez reconquis et son cœur et sa foi ;

Le sceptre est dans vos mains, rendez-moi ma houlette.

LE ROI

Non, la victoire, hélas ! n'est pas encor complète :

Compiègne, Sftint-Denis, Paris, Lagny, Beauvais

Ne sont point désarmés. Jeanne, tant qu'un Anglais

Foulera de son pied le sol de notre France,

Le pays ne saurait chanter sa délivrance.

Par son nouvel élu Dieu vous parle aujourd'hui :

Jeanne, une œuvre imparfaite est indigne de lui.

La volonté du ciel est facile à comprendre :

Il montre l'instrument, c'est à nous de le prendre.

Du Dieu qui vous parla, Jeanne, je tiens mon droit ;

Vous guidiez le Dauphin, obéissez au Roi.

L'édifice s'élève, arrivons jusqu'au faîte ;

Vous l'avez commencée, achevez la conquête.

Ah ! si je n'écoutais. Seigneur, que mon attrait.

Vos pompes, vos trésors, rien ne me retiendrait.

J'irais chercher la paix, là-bas, dans ma chaumière,

Retrouver mes agneaux au fond de la bruyère.

Inutiles regrets 1 Je ne suis plus à moi :

Pour de nouveaux combats, ô Jeanne, lève- toi.

Oui, la France elle aussi. Seigneur, est une mère :

Aux ordres de son roi j'obéis la première.

Puissent, dans le danger, sur mon rude chemin,

Marguerite et Michel me guider par la main !...

Mais déjà je l'entends : ô céleste délire !

Catherine m'appelle...

LE ROI

A la gloire ?

Au martyre i

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