ENSEMBLE
Adieu ?
(Ils s'embrassent longuement.)
ISABEAU, à part, sombre.
Quel étrange pouvoir sur mon cœur elle exerce ! Dans mes desseins toujours cette enfant me traverse.
(Pendant que Jacques et Raymond sortent.) A les perdre d'ailleurs je n'aurais nul profit. Allez, mon temps est court, et Jeanne me suffit.
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Jeanne d'Arc, Isabeau de Bavière ; puis saint Michel, sainte Marguerite et sainte Catherine.
(On entend une lointaine harmonie.)
JEANNE D'ARC, assise.
Me voilà seule ! O ciel, quelle est cette harmonie ?
Venez-vous m^assister, Seigneur, dans Tagonie ?
ISABEAU, à part.
Malgré moi je lui cède ; en vain je me raidis ;
Par un sommeil de plomb mes yeux sont engourdis.
JEANNE, tombant peu à peu en extase.
Michel!...
ISABEAU, s'endormant.
Quel cauchemar !...
JEANNE
Quelle sublime extasej...
Mes fers ne pèsent plus !...
ISABEAU
Ce souvenir m'écrase !...
JEANNE Oh ! que Tespace est pur !...
ISABEAU
Oh! que Pabîme est noir!...
JEANNE C'est le ciel !...
C'est Tenfer!...
JEANNE
O joie I...
ISABEAU
O désespoir !..♦ JEANNE chante.
Aux buissons du chemin l'agneau laisse sa laine ;
Le soleil a brûlé le beau lis virginal ;
L'aquilon, aux forêts, déracine le chêne,
Et de l'onde mon souffle a terni le cristal.
Et moi, le cœur en proie à Tamère tristesse,
Devant ma coupe, hélas ! où déborde le fiel,
En voyant s'effeuiller la fleur de ma jeunesse
Mon regard obscurci se lève vers le ciel.
(Les saints arrivent lentement pendant le solo et se placent derrière Jeanne. Saint Michel tient une couronne qu'il met sur la tête de Jeanne; sainte Marguerite et sainte Catherine lui mettent, Vune, une palme, l'autre, un lis dans les mains. Des anges, à genoux, couvrent ses chaînes de fleurs. Effets de lumière.)
LES VOIX CÉLESTES répondent au solo.
La rose n'a plus d'épine Et le calice est sans fiel.
Quand la terre s'illumine D'un rayon venu du ciel. Douce Jeanne, confiance !
Près de nous, sèche tes pleurs.
Une goutte d'espérance Calme toutes les douleurs.
(L'harmonie continue. Pendant ce temps, Jeanne et Isabeau se parlent sans sortir de leur sommeil.)
Vous n'entraverez point la volonté céleste, Isabeau; votre haine à vous seule est funeste.
ISABEAU Que de sang sur mes mains !
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JEANNE
Lavez-le dans vos pleurs.
ISABEAU Jeanne !
JEANNE
Prions ensemble, unissons nos malheurs.
(Elle chante de nouveau.) Qui dira de mon cœur les mortelles alarmes ?
Je cherche en vain ma voie en cette obscurité. Avide de bonheur, j'ai les yeux pleins de larmes, Et je meurs, en rêvant de l'immortalité.
Qui soutiendra mon cœur dans ce désert stérile ? Mon Dieu seul peut m'aider à porter mon fardeau. Sentant ce poids si lourd, ma vertu si fragile. Je m'appuie à la croix comme un lierre à l'ormeau.