‹ Jeanne d'ArcChapitre 13 sur 112 · LA PROPHÉTIE DE MERLIN · texte numérisé non relu

LA PROPHÉTIE DE MERLIN

« Une vierge viendra dont le cheval foulera le dos der archers . » Cette prophétie est rappelée par Christine de Pisan

Peinture de M. Raymond Balze; à Paris.

DOMREMY ET VAUCOULEURS

voyage*, le menu peuple, qui de plus en plus croyait en elle, y voulut concourir aussi. Pour s’en aller parmi des hommes de guerre, il lui fallait prendre leur habit. Les gens de Vaucouleurs se chargèrent de l’équiper. Ils lui donnèrent ce qui composait en ce temps le costume militaire : gippon ou justaucorps, espèce de gilet; chausses longues liées au justaucorps par des

Fig. 20. — Départ de Jeanne d’Arc de Vaucouleurs, le 23 février 1429. D’après un bas-relief en bois de om,40 de largeur sur o'",44 de hauteur; sculpture du xve siècle. Communiqué par M. J. Desnoyers, membre de l’Institut.

aiguillettes; tunique ou robe courte tombant jusqu aux genoux; guêtres hautes et éperons, avec le chaperon, le haubert, la lance, et le reste. Un autre aida son oncle à lui acheter un cheval. Déjà tout à l’entour il n était bruit que de la Pucelle, de ses révélations; et le duc de Lorraine , qui était malade, la voulut voir et lui envoya un sauf-conduit. Elle se rendit a son

appel, ne voulant négliger aucun moyen qui pût servir à son voyage. Jean de Metz l’accompagna jusqu’à Toul; elle continua la route avec son oncle et se présenta devant le duc. Le duc la consulta sur sa maladie. Selon un témoin qui prétend le tenir d’elle-même, elle lui dit qu’il se gouvernait mal et ne guérirait pas s’il ne s’amendait; et elle l’exhorta à reprendre « sa bonne femme, » dont il vivait séparé. Dans le procès, Jeanne seborneà direque, consultée par le duc , elle déclara ne rien savoir sur sa maladie , et qu’elle lui

Fig. 21.— Porte de France à Vaucouleurs. État actuel, d’après une photographie. — Suivant une tradition conservée dans le pays, c’est par cette porte que Jeanne sortit, le 23 février 1429, pour se rendre auprès du roi.

exposa en peu de mots l’objet de son voyage , ajoutant que s’il lui voulait donnerson fils et desgens d’armes pour la mener en France, elle prierait Dieu pour sa santé. Le duc évita de s’engager à ce point dans l’affaire, mais il la congédia avec honneur, et lui donna, dit-on, un cheval et de l’argent1.

1 Le cheval acheté par son oncle coûta 1 6 francs. Cette som me peut être regardée comme le prix d’un cheval ordinaire. Dans l’extrait des comptes de Hémon Raguier, on trouve qu’il a été payé pendant la campagne du sacre à M. de Rosiers, de Provins, 3o 1. t. pour deux chevaux ; un cheval donné à Jeanne à Soissons coûta 38 1. 10 s., un autre à Senlis, i37 1. 10 s. ( Ms. Gaignières, n° 772,f" 558 et 55g.) L’an 1529, la livre

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Après avoir mis à profit cette excursion, pour aller à deux lieues de Nancy, faire ses dévotions à Saint-Nicolas, but fameux de pèlerinage, elle revint à Vaucouleurs. Son départ ne pouvait plus être différé. Le sire de Baudricourt, soit qu’il eût pris l’avis de la cour de Bourgogne, soit qu’il dût céder à l’entraînement qui se manifestait autour de lui, n’essaya plus d’y faire obstacle. On dit que le jour où se donna la bataille de Rouvray (journée des Harengs), Jeanne le vint trouver et lui dit: « En nom Dieu (au nom de Dieu : c’est sa manière d’affirmer depuis le commencement de sa mission), en nom Dieu, vous mettez (tardez) trop à m envoyer : car aujourd huy le gentil (noble) dauphin a eu assez près d’Orléans un bien grand dommage-, et sera il taillé (il est en péril) encore de l’avoir plus grand, si ne m’envoyez bientôt vers lui. » Il céda, et dès le lendemain, premier dimanche de carême ( i3 février 1429), elle put se disposer à partir avec sa petite escorte, savoir : Jean de Metz et Bertrand de Poulengy, Jean de Honnecourt et Julien, leurs servants, et deux autres, Colet de Vienne, messager du roi, et Richard l’archer. Plusieurs s’effrayaient de voir Jeanne s’aventurer en si petite compagnie : six hommes armés, c’était assez pour la signaler à l’ennemi, trop peu pour la défendre. Mais Jeanne n avait pas sa confiance dans le secours des hommes. Ce n’était point une armée qu’elle était venue chercher à Vaucouleurs. Elle dissipait ces craintes, elle disait avec assurance qu’elle avait son chemin ouvert , et que si elle rencontrait des hommes d’armes sur sa route, Dieu son seigneur lui frayerait la voie jusqu’au dauphin qu’elle devait faire sacrer : « C’est pour cela, disait-elle, que je suis née. » Le sire de Baudricourt vit la petite troupe au départ; il recommanda aux compagnons de Jeanne de lui faire bonne et sure conduite. Il lui donna, a elle, une epée , et, doutant jusqu’à la fin, il la congédia en disant : « Allez donc, allez, et advienne que pourra! » (i3 février 1429.)

valut en avril, 5 fr. 64 c.; en mai, 5 fr. 49 c. ; en juin, 3 fr. 95 c.; en novembre, 9 fr. 22 c. , valeur intrinsèque. La valeur relative élèverait fort sensiblement ces prix; mais ici les bases d’évaluation sont très-incertaines.

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