‹ Jeanne d'ArcChapitre 25 sur 112 · OX S · texte numérisé non relu

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prince tout-puissant dans les batailles.

et qu’on songeât à bien besogner cette année : » car elle avait beaucoup à faire. Après le sacre, elle avait encore, disait-elle, au rapport du duc d Alençon , à chasser les Anglais, à délivrer le duc d’Orléans. Si 1 on croyait à sa mission, c’était bien le cas de faire, selon l’avis de Jacques Gelu : imposer silence à toutes les objections et la suivre. Mais ceux qui ne la voulaient pas suivre affectaient de croire que ce n’était pas si clairement l’ordre de Dieu.

Un jour, la Pucelle, impatiente de ces lenteurs, vint avec Dunois au château de Loches, et fut menée à la chambre de retrait, où le prince était conversant avec Christophe d’Harcourt, l’eveque de Castres, son confesseur, et le seigneur de Trêves (Robert le Maçon), ancien chancelier de France. Elle frappe à la porte, et dès qu’elle est introduite, elle se jette aux pieds du roi, et embrassant ses genoux :

« Gentil Dauphin, dit-elle, ne tenez plus tant et de si longs conseils, mais venez au plus tôt à Reims pour recevoir votre digne couronne. »

Christophe d’Harcourt lui demanda si ses voix lui avaient dit cela.

« Oui, répondit-elle, je suis fort aiguillonnée touchant cette chose.

— Ne voudriez- vous pas, ajouta d’Harcourt, nous dire ici, devant le roi, comment font vos voix quand elles vous parlent?

— Je conçois bien, dit-elle en rougissant, ce que vous voulez savoir, et vous le dirai volontiers. »

Et comme le roi, la voyant émue, lui demandait s’il lui plaisait de s’expliquer devant les assistants, elle répondit qu’elle le voulait bien, et raconta comment, lorsqu’elle s’affligeait des doutes que l’on opposait à sa mission, elle se retirait à part et priait Dieu, se plaignant de ce qu’on ne la voulait pas croire; et, sa prière faite, elle entendait une voix qui lui disait : « Fille Dé (de Dieu), va, va, va, je serai à ton aide, va! » et quand cette voix lui venait, elle était bien réjouie et elle eût voulu être toujours en cet état.

En rapportant les paroles de ses voix, elle rayonnait d’une joie divine et levait les yeux au ciel.

Ces paroles prenaient leur autorité des merveilles qu’elle venait d’accomplir. Le roi et personne autour de lui ne le devaient méconnaître : mais pouvait-on aller à Reims, en laissant les Anglais derrière soi sur la Loire, à Baugency, à Meun, à Jargeau? Les Anglais, en effet, chassés de devant Orléans, s’étaient repliés sur ces villes. Talbot avait occupé Meun; Suffolk,

Fig. 42. — Le château de Loches. Son enceinte, de près de 2 kilomètres de circonférence, est entourée de fossés creusés dans le roc. En allant de gauche à droite, on voit : 1 église collégiale de Saint-Ours, bâtie de g65 à ii65; le vieux château, du xne siècle; et la tour Saint-Antoine, construite ;en 1529. État actuel, d'après une photographie de M. Yvon-Abel, à

Loches. C’est dans le vieux château que Jeanne vint d’Orléans trouver Charles VII et lui dit, pour vaincre ses hésitations : « Gentil Dauphin, ne tenez plus tant et de si longs

conseils, mais venez au plus tôt à Reims pour recevoir votre digne couronne. »

Jargeau, et naguère, après la levée du siège d’Orléans, quand Dunois, Boussac, Graville, Xaintrailles, voulant profiter de l’impression que Jeanne avait produite, et peut-être de son absence, s’étaient portés sur Jargeau dans l’espoir d’enlever la place, ils y avaient dû renoncer. Les Anglais tenaient donc toujours , et il y avait à craindre que cette marche aventureuse vers le Nord ne leur abandonnât le Midi. D’ailleurs, pour rassembler les princes et les seigneurs qui devaient accompagner le roi au sacre, il fallait du temps : le pouvait-on mieux employer qu’en enlevant aux Anglais leurs dernières positions sur la Loire? Jeanne adopta le projet; selon Perceval de Gagny, ce fut même elle qui le proposa. On réunit, à l’aide des capitaines revenus d’Orléans, une petite armée qui fut placée sous les ordres du jeune duc d’Alençon. Libéré enfin de sa rançon au prix des plus durs sacrifices, il brûlait de venger son ancien échec et de regagner, au service du roi, l’équivalent de ce qu’il y avait perdu. Le roi répondit à ses désirs en lui donnant le commandement de cette expédition; mais il plaçait auprès de lui la Pucelle, avec la recommandation expresse qu’il ne fît rien sans son avis.

Jeanne avait pris dès lors un ascendant auquel personne ne pouvait plus se soustraire, et elle l’exerçait avec un naturel qui, dans cette âme simple et sans prétention, témoigne bien de la source où elle puisait tant d’autorité.

Gui de Laval, dans une lettre écrite le 8 juin 1429, au milieu des derniers préparatifs de la campagne, en fait à sa mère et à son aïeule un tableau animé, où la Pucelle est peinte au vif dans toute la grâce et la séduction de son rôle, traitant familièrement avec les plus hauts personnages, donnant* tour à tour le signal des prises d’armes ou des processions. Le roi était venu à Saint- Aignan (Berri), et Jeanne d’Arc s’était rendue à Selles, à quatre lieues de là, où toutes les troupes devaient se réunir pour entrer en campagne. Gui de Laval étant venu rejoindre le roi, le prince lui fit un excellent accueil, voulut qu’il vît Jeanne, et, comme il se rendait lui-même à Selles, il la fit venir au-devant de lui. « Et fit, dit le jeune comte, ladite Pucelle, très-bonne chère à mon frère et à moi, armée de toutes pièces, sauf la tête, et tenant la lance en main. Et après que fûmes descendus à Selles, j’allai à son logis la voir; et fit venir le vin, et me dit qu’elle m’en feroit bientôt boire à Paris; et ce semble chose toute divine de son fait, et de la voir et de l ouïr. » Puis, racontant comment le même soir (6 juin) elle partit pour

Fig. 43. — Carte pour servir à l’intelligence des faits militaires qui ont précédé et suivi le siège d'Orléans, dans un rayon de quinze à vingt lieues

de cette ville. D’après l 'Histoire du siège d’Orléans, par Jollois. In-40, Paris, 1 833.

Romorantin avec une portion des troupes : « Et la vis monter à cheval, armée tout en blanc, sauf la tête, une petite hache en sa main, sur un grand coursier noir, qui à l’huis de son logis se démenoit très-fort, et ne souffroit qu’elle montât. Et lors elle dit : « Menez-le à la croix, » qui étoit devant l’église auprès, au chemin. Et alors elle monta, sans qu’il se mût, comme s’il fût lié. Et lors se tourna vers l’huis de l’église qui étoit bien prochain , et dit en assez bonne voix de femme : « Vous, les prêtres et gens d’église, « faites procession et prières à Dieu. » Et lors se retourna à son chemin, en disant : « Tirez avant, tirez avant, » son étendard ployé que portoit un gracieux page, et avoit sa hache petite en la main. »

Cette lettre témoigne en même temps de l’enthousiasme et du zèle que la Pucelle inspirait. Tout le monde voulait l’accompagner : « ne oncques gens n’allèrent de meilleure volonté en besogne. » La cour manquait d’argent, et on n’avait rien à attendre d’elle, mais on savait y suppléer : on se ruinait pour combattre avec Jeanne. « Pour ce, continue le prince, vous, madame ma mère, qui avez mon sceau, n’épargnez point ma terre par vente ni par engage, là où nos personnes sont à être sauvées, ou aussi par défaut abaissées, et par aventure en voie de périr. » La dame de Laval, par un sentiment bien pardonnable à une mère, en envoyant ses deux fils à la cour, aurait voulu qu’ils demeurassent auprès du roi : elle avait écrit en ce sens à la Trémouille son parent, et peut-être aussi à la Pucelle. Jeanne, entrant dans ses vues, voulait faire patienter le jeune comte, lui disant que, lorsque le roi prendrait le chemin de Reims, il irait avec lui. « Mais jà Dieu ne veuille, s’écrie-t-il tout bouillant d’ardeur, que je le fasse et que je ne aille. Et autretant (tout autant) en dit mon frère et comme Monseigneur d’Alençon : Abandonné seroit celui qui demeureroit ! »

On était dans le mouvement du départ. Le duc d’Alençon venait d’arriver avec sa compagnie l’avant-veille (lundi 6 juin); le seigneur de Rais était attendu dans la journée (mercredi 8), et, ce même jour, Alençon, Dunois et Gaucourt devaient quitter Selles pour rejoindre Jeanne, qui, dès le 6, avait pris les devants. On disait même que le roi partirait le lendemain pour se rapprocher de l’armée. « Et on espère, continuait Gui de Laval, qu’avant qu'il soit dix jours, la chose sera bien avancée de côté ou d’autre. Mais tous ont si bonne espérance en Dieu que je crois qu’il nous aidera. »

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Il ne se trompait pas, même pour le temps. Il écrivait le 8 : le 18, après deux sièges et une bataille, la campagne était terminée.

Le mercredi après-midi, Vendôme, Boussac et autres avaient rejoint le

Fig. 44. — Église de Selles-sur-Cher, xie et xme siècle. D’après une photographié de M. Biaise, à Tours. — Jeanne se rendit à Selles, où se réunissaient les troupes qui devaient entrer en campagne. Son cheval se démenant très-fort et ne souffrant pas qu’elle montât, elle dit : « Menez-le à la croix. » (Cette croix était située en face de l’église actuelle.) Et alors elle monta sans que le coursier bougeât comme s’il eût été lié.

général en chef; la Hire était proche : « Et ainsi, disait Laval dans une addition à sa lettre, on besognera bientôt. Dieu veuille que ce soit à notre désir ! » Le lendemain (9 juin), la petite armée rentrait dans Orléans, où elle fut reçue avec une joie extrême, et surtout la Pucelle, « de laquelle voir, dit encore le Journal du siège, ne se pouvoient saouler. » Ils en partirent

le 1 1 , au nombre de huit mille hommes, dont six cents lances amenées par le duc d’Alençon, six cents par Dunois, Florent d’Illiers et quelques autres, et le reste du commun, c’est-à-dire du peuple d’Orléans et lieux voisins; et ils s’avancèrent vers Jargeau, que défendait le comte de Suffolk avec six à sept cents hommes d’élite, bien résolus et pourvus de canons. Les Français n’avaient point laissé leur artillerie en arrière; mais à peine venus, et, selon le témoignage du duc d’Alençon, avant même d’être arrivés, plusieurs voulaient rebrousser chemin. On disait que Falstolf venait au secours de la ville avec une nombreuse troupe. Et, en effet, Bedford, apprenant l’expédition préparée contre ses places de la Loire, l’avait fait partir de Paris avec cinq mille hommes, et levait partout d’autres soldats qui le devaient rejoindre. Falstolf s’avançait avec lenteur. Il s’arrêta quatre jours à Étampes, quatre jours à Janville, voulant avoir tous ses renforts avant d’attaquer une armée conduite par la Pucelle. Mais dans l’armée de la Pucelle il y en avait encore qui ne s’étaient point désaccoutumés de craindre les Anglais, et il leur semblait périlleux de les attendre devant une place occupée par leurs troupes. Plusieurs partirent, et Jeanne ne retint les autres qu’en leur affirmant que Dieu conduisait l’entreprise : « Si je n’en étois sûre, disaitelle, j’aimerois mieux garder les brebis que de m’exposer à tant de périls. » Jeanne voulait, dès l’arrivée, loger l’armée dans les faubourgs. Tandis que les gens d’armes cherchaient un abri, les gens du commun, pensant que rien ne pouvait résister à la Pucelle, se jetèrent dans les fossés, et, sans attendre qu’elle fût à leur tête, attaquèrent la place. Les Anglais firent une sortie, et les forçaient à se replier en désordre, quand Jeanne, prenant son étendard, vint leur rendre courage, et l’on fit tant que cette même nuit on s’établit dans les faubourgs, comme elle l’avait voulu.

• Avant de commencer l’attaque en règle de la ville, Jeanne, selon son habitude, voulut faire sommation à ses défenseurs. Elle leur enjoignait de s’en aller en leur petite cotte, la vie sauve, sinon qu’on les prendrait d’assaut. Les Anglais demandaient quinze jours de suspension d’armes : c’était plus qu’il n’en fallait pour donner à leurs renforts le temps d’arriver. On répondit qu’on les laisserait partir avec leurs chevaux, mais dans l’heure même. Suffolk tenta quelque autre moyen de traiter ou de traîner en longueur en parlant à la Hire; mais on rappela la Hire, et l’attaque fut résolue.

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Pendant le reste de la nuit, on s’occupa des travaux préparatoires. Dès le matin, les canons et les bombardes étaient en batterie, et à neuf heures, quoique ce fût dimanche, Jeanne fit sonner les trompettes et cria au duc d’Alençon : « Avant, gentil duc, à l’assaut! » Le duc trouvait que c’était trop tôt commencer; mais Jeanne lui dit : « Ne doutez point, c’est l’heure quand il plaît à Dieu ; il faut besogner quand Dieu veut. Travaillez, et Dieu travaillera. » Et elle ajoutait : « Ah ! gentil duc, as-tu peur? Ne sais-tu pas que j’ai promis à ta femme de te ramener sain et sauf? » Et en effet, quand le duc d’Alençon avait quitté sa femme pour venir avec Jeanne à l’armée,

pig. 4.5, Sceau armorié et contre-sceaux du duc d’Alençon. Archives nationales de France. Jeanne,

dès son arrivée à Chinon, avait salué dans le jeune duc l’un des soutiens du trône, « et faisoit pour lui ce qu’elle n’eust fait pour ung autre. » Le roi avait confié au duc la charge de la Pucelle, avec ordre de lui obéir en tout.

la duchesse avait exprimé ses craintes à la Pucelle : le duc sortait à peine de captivité, et il avait tant dépensé pour sa rançon! Mais Jeanne lui avait dit : « Ne craignez point, madame, je vous le rendrai sain et sauf, et en tel point qu’il est ou mieux encore. »

Elle tint parole, et dans cet assaut même un mot d’elle lui sauva la vie. Comme il observait l’attaque d’un endroit découvert : « Retirez-vous, dit-elle, car voici un engin qui vous tuera ; » et elle lui montrait un canon aux murs de la ville. Il se retira, et un moment après, le seigneur de Lude était tué à cette même place d’un coup parti de la pièce désignée.

Les Anglais soutinrent l’assaut avec vigueur. Parmi eux, il y en avait un,

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grand et fort, qui se tenait à découvert sur les murailles, accablant les assaillants de boulets et renversant les échelles et les hommes. Mais là, comme à l’assaut des Augustins, il y avait parmi les Français le fameux canonnier de Lorraine. Le duc d’Alençon lui montra le redoutable Anglais, et d’un coup de sa coulevrine Jean le renversa mort dans la ville. Comme l’attaque durait depuis trois ou quatre heures, Jeanne, et le duc d’Alençon lui-même, tout commandant qu’il était, descendirent dans le fossé et coururent aux murailles. Suffolk comprit le péril; il voulut parler au duc, mais ne fut plus écouté. Déjà la Pucelle montait à l’échelle, tenant en main son étendard, quand cette bannière fut atteinte, et elle-même frappée à la tête d’une pierre qui se brisa sur son casque. Elle tomba par terre, mais elle se releva criant aux hommes d’armes : « Amis, amis, sus! sus! notre Sire a condamné les Anglais. Ils sont nôtres à cette heure. Ayez bon courage! » Et les Français, excités par ces paroles, escaladèrent hardiment les murs et prirent la ville. Suffolk et les Anglais se replièrent vers le pont, et l’un des deux frères du capitaine fut tué dans cette retraite ; les autres ne purent tenir davantage. Suffolk, vivement pressé par un écuyer d’Auvergne, nommé Guillaume Régnault, lui demanda s’il était gentilhomme.

« Oui, dit-il.

« — Etes-vous chevalier?

« — Non. »

Le comte le fit chevalier et se rendit à lui.

Quatre à cinq cents hommes avaient péri dans l’assaut; le reste fut pris à rançon, et dans le nombre l’autre frère de Suffolk. La ville, l’église même où les Anglais avaient serré leurs biens, tout fut pillé. Le lundi, Jeanne et le duc d’Alençon, après avoir pourvu à la garde de Jargeau, revinrent à Orléans, et l’on peut se figurer l’accueil qu’ils y reçurent. Après avoir mandé au roi, leur victoire, ils y restèrent les deux jours suivants, ralliant à eux tous ceux qui n’avaient pas eu le temps de les rejoindre au premier siège : les seigneurs de Laval et de Lohéac, ces deux jeunes frères dont on a vu la lettre à leur mère et à leur aïeule ; Chauvigny, la Tour d’Auvergne, le vidame de Chartres. Le mardi, la Pucelle appela son beau duc, comme elle nommait Alençon, et lui dit : « Je veux demain, après-midi, aller voir ceux de Meun : faites que la compagnie soit prête à partir à cette heure. »

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Tout le monde fut prêt. On vint àMeun. On attaqua vivement et on prit le pont que les Anglais avaient solidement fortifié, et on l’occupa laissant pour le moment la ville. On était, sur ce point, maître du passage : on avait hâte d en faire autant à Baugency.

Fig. 46. — Prise de Jargeau. L'attaque durant depuis trois ou quatre heures, Jeanne monte à l’échelle, criant aux hommes d’armes : « Amis, amis, sus! notre Sire (Dieu) a condamné les Anglais. Ils sont nôtres à cette heure : ayez bon courage! » Les Français escaladent les murs et prennent la ville. • — Bas-relief deM. Foyatier, à Paris. xixe siècle.

A Baugency, à leur approche , les Anglais désemparèrent la ville pour.se retrancher dans le château et sur le pont. Ce ne fut point cependant sans laisser derrière eux quelques soldats déterminés à vendre chèrement la place qu’ils abandonnaient. Mais les Français , arrivant le jeudi matin, les refoulèrent dans le château où les autres s’étaient retirés, et disposèrent leurs

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canons et leurs bombardes pour les forcer dans cette dernière retraite.

Le siège fut marqué par un incident qui faillit diviser, par le contre-coup des intrigues de la cour, l’armée si bien unie contre les Anglais.

Richemont, retiré dans sa seigneurie de Parthenay, ne se résignait point à l’inaction où le condamnait l’ingrate et misérable jalousie de la Trémouille. Après L’arrivée de la Pucelle, quand on alla au secours d’Orléans, il voulut en être, et leva une troupe qui ne comptait pas moins de quatre cents lances et de huit cents archers. Mais, comme il était à Loudun, le roi lui fit dire de s’en retourner; que, s’il passait outre, on le combattrait. Le connétable dut s’arrêter, et il put d’ailleurs apprendre bientôt qu’Orléans avait été délivré sans son aide. Mais, quand il sut qu’on recommençait une campagne sur la Loire, il reprit sa marche; il passa le fleuve à Amboise, dont le capitaine, plus homme de bien qu’homme de cour, n’entreprit point de l’arrêter, et, apprenant qu’on faisait le siège de Baugency, il y alla.

L’arrivée de Richemont était fort mal vue des chefs. Alençon avait reçu les ordres du roi; il déclara à Jeanne que, si le connétable venait, lui-même s’en irait. Le succès était donc compromis par une démarche faite pour l’assurer; mais il n’y avait au fond de tout cela, on le savait, que la jalousie d’un courtisan, point de haine personnelle aux chefs; il ne fallait pour les rapprocher qu’un prétexte et du bon vouloir. Le prétexte fut l’ennemi , dont la venue était annoncée; et le bon vouloir, c’est Jeanne qui l’inspira. Elle qui cherchait si peu l’aide des hommes, elle dit au duc d'Alençon qu’il fallait s’aider; et elle régla les formes de l’accord : car elle seule paraissait avoir assez decrédit pour le faire goûter de Charles VIL A la prière du connétable et des seigneurs, elle se chargea donc de ménager la paix de Richemont avec ce prince. Le connétable jura devant elle et devant les seigneurs qu’il servirait toujours loyalement le roi , et le duc d’Alençon et les autres chefs se portèrent garants de sa réconciliation.

La troupe anglaise dont l’arrivée hâta la conclusion de cet accord était

celle que Falstolf avait voulu amener au secours de Jargeau. Il avait appris

pendant son séjour àJanville la perte de cette place; et Talbot, venant de la Loire, avait pu lui faire connaître presque en même temps que le pont de Meun était pris, et Baugency à la veille d’être forcé. Falstolf était d’avis qu’on en laissât la garnison capituler, représentant que depuis les affaires

Fig- 47.

Attaque du pont de Meun. Partie supérieure d’un vitrail de l’église de Notre-Dame de Cléry, près Meün, exécuté en i8y5 parM. L. Ottin, à Paris.

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