‹ Jeanne d'ArcChapitre 39 sur 112 · LE SIÈGE DE COMPÏÈGNE · texte numérisé non relu

LE SIÈGE DE COMPÏÈGNE

Jeanne débuta à Lagny par un coup de main propre à réveiller parmi les siens toutes les espérances. Les Anglais, au nombre de trois à quatre cents, étaient allés, sous la conduite d’un gentilhomme nommé Franquet d’Arras, faire le ravage dans le pays d’alentour. Ils revenaient, rapportant leur butin, quand la Pucelle, informée de leur retour, fit monter ses gens à cheval, et vint en force à peu près égale leur disputer le passage. Les Anglais mirent pied à terre , s’établirent derrière une haie ; mais les Français les assaillirent à pied et à cheval, et firent si bien que tous leurs ennemis furent tués ou pris. Au nombre des prisonniers était leur chef, Franquet d’Arras. Ce Franquet, si vrai gentilhomme qu’il fût, n’était pas seulement un ennemi, c’était un brigand, particulièrement odieux au pays par ses meurtres et ses rapines. Le bailli de Senlis et les gens de justice de Lagny le réclamèrent comme leur justiciable. Jeanne eût voulu le sauver

pour l’échanger contre un homme de Paris, qui tenait 1 hôtel de lOurs; mais, ayant su que cet homme était mort, et le bailli lui reprochant de faire grand tort à la justice, elle ne fit plus obstacle à ce qu’elle suivît son cours.

Ce retour de la Pucelle sur le théâtre de la guerre eut un grand retentissement dans Paris; et le succès qui le signalait devait ajouter encore à l’impression de terreur qu’elle avait faite au loin, en Angleterre. Au témoignage de Thomas Basin, des Anglais affirmaient par serment qu’à son nom seul, ou à la vue de son étendard, ils n’avaient plus le courage de se défendre, ni la force de bander leurs arcs et de frapper l’ennemi. Et cette terreur superstitieuse est attestée par des actes publics. Les Anglais paraissaient se décider à envoyer enfin leur jeune roi se faire sacrer en France. Plusieurs fois le bruit de son arrivée avait été répandu à Paris. L’administration l’avait salué par des feux de joie, « ce dont le menu peuple n’étôit pas bien content, dit le Bourgeois, pour la bûche qui tant étoit chère. » Cette fois pourtant la chose était sérieuse : l’argent nécessaire avait été ordonnancé, les vaisseaux requis, les troupes louées. Or, les provisions faites, les soldats et les capitaines qui s’étaient engagés à se mettre, le Ier mai, à la disposition du roi pour le suivre en F rance , restaient chez eux , sans tenir compte de leur marché, ni des périls du prince qui venait de passer le détroit presque seul (23 avril 1430). Le roi s’en plaint dans un édit adressé le 3 mai par Glocester aux vicomtes de Londres, en leur enjoignant de rechercher les réfractaires et de les expédier à Sandwich ou à Douvres et de là en France, sous peine de dégradation ou d’emprisonnement. La Pucelle n’est pas nommée dans le décret, mais elle l’est dans une rubrique du temps qui en exprime toute la pensée et en marque la cause : « Proclamation contre les capitaines et les soldats retardataires terrifiés par les enchantements de la Pucelle. »

Mais la face des choses allait changer.

Il y avait dans le nord de la France une ville qui était alors pour Philippe le Bon comme la clef du royaume : c’était Compiègne. Placée aux portes de l’Ile-de-France, elle la fermait ou l’ouvrait aux Bourguignons, selon qu’elle était au roi ou au duc. Elle était au roi, et l’imprévoyant Charles VII avait été sur le point de la donner au duc pour de vaines espérances de paix. Elle lui aurait été remise, on l’a vu, par une clause secrète de ia suspension d’armes du 28 août pour lui rester pendant la trêve,

fig. 1 i3. — Décapitation de Franquet d'Arras, partisan des Anglais, condamné pour ses meurtres et ses rapines. A droite, se livre le combat de Lagny, où les Anglais sont repoussés. Franquet y est fait prisonnier. La Pucelle, à cheval, demande grâce au bailli de Senlis; mais celui-ci, après les remontrances faites à Jeanne, ordonne l’exécution de la sentence. — Dessin à la plume des Chroniques de Monstrelet, ms. exécuté à Gênes, en i5io, et conservé à la biblioth. nat., fonds fr., n° 2o36i.

si les bourgeois ne s’étaient refusés à l’arrangement; et le comte de Clermont, par une lettre du 20 octobre 142g, promettait encore au duc de la lui livrer, dès que le roi en aurait le pouvoir, ou de lui en laisser faire le siège. Le roi, cherchant à satisfaire le duc sans qu’il en vînt à ces extrémités, lui avait livré Pont-Sainte-Maxence ; mais le duc voulait Compiègne, et, n’ayant pu l’avoir ni par cet accord ni par la corruption, il songeait à la prendre de force. La trêve à peine expirée (17 avril 1430), il se mit en campagne, et, pour n’avoir rien qui le gênât aux alentours pendant le siège de la ville, il réduisit Gournai-sur-Aronde, et vint assiéger Choisy-sur- Aisne, que Guillaume de Flavy, capitaine de Compiègne, avait confié à Louis de Flavy, son parent.

Le i3 mai, la Pucelle vint à Compiègne, où elle fut reçue avec honneur, logée chez Marie le Boucher, la femme du procureur du roi ; et elle redoubla par sa présence l’ardeur et la confiance des habitants. Le chancelier Régnault de Chartres, le comte de Vendôme, lieutenant du roi dans ces parages, et plusieurs autres chefs, se trouvaient réunis dans la ville. On résolut d’aller au secours de Choisy, qui ne pouvait plus longtemps se défendre. Montgommeri et ses Anglais occupaient Pont-l’Évêque (près Noyon), et le duc de Bourgogne avait laissé Brimeu, Saveuse et leurs gens à Noyon pour garder derrière lui, avec eux, le passage de l’Oise. La Pucelle, Jacques de Chabanne, Poton de Xaintrailles, Valperga et plusieurs autres capitaines, attaquèrent Pont-l’Evêque, et ils allaient y forcer la troupe anglaise, quand les seigneurs postés à Noyon vinrent l’aider à repousser les assaillants. L’Oise étant défendue, on imagina de tenter une nouvelle attaque sur les derrières du duc de Bourgogne, en allant passer l’Aisne à Soissons. Mais le capitaine qu’on devait croire ami, puisqu’il gardait la place pour le comte de Clermont, en refusa l’entrée aux troupes : il n’y voulut admettre que le chancelier, Vendôme et la Pucelle, avec peu de monde ; et, dès qu’ils furent partis, il se démasqua en vendant la ville au duc de Bourgogne : il le vint rejoindre devant Choisy, qui fut pris et rasé.

Dès ce moment, le siège de Compiègne ne pouvait plus lontemps se faire attendre. Jeanne y revint, sans s’y enfermer pourtant; car elle se multipliait pour réchaufferie zèle de ceux qui soutenaient encore la cause du roi. Elle était à Crespy (2 3 mai), quand elle apprit que le duc de Bourgogne et le

Fig.Ji 14. — | Église d’Élaincourt-Sainte-Catherine, près Compïègne. xne siècle. État actuel, d’après une photographie. — Cette église étant dédiée à l’une de ses patronnes, Jeanne (suivant une tradition conservée dans le pays) s'y rendit en pèlerinage à la fin d’avril ou au commencement de mai 1430.

comte d’Arundel étaient venus s’établir devant la place. Sa résolution fut bientôt prise. Sur le minuit, elle réunit trois à quatre cents combattants ; et comme on lui disait qu’elle avait bien peu de monde pour traverser le camp des ennemis : « Nous sommes assez, dit-elle. J’irai voir mes bons amis de Compiègne. » Et au soleil levant elle entrait dans la ville sans perte ni dommage (24 mai).

La ville de Compiègne, placée sur la rive gauche de l’Oise, domine la rivière et la vallée, qui s’étend de l’autre côté en une prairie basse et humide, large d’un quart de lieue, avant d’atteindre à l’escarpement du bord de Picardie. La ville y communique par un pont et une chaussée qui se prolonge au-dessus de la prairie jusqu’au versant de la colline. La place était donc forte par elle-même; et un boulevard, faisant tête de pont, lui assurait le libre accès de l’autre bord. Les ennemis qui l’assiégeaient étaient bien loin de l’avoir investie. Ils ne tenaient que la rive de l’Oise opposée à la ville : le duc de Bourgogne était à Coudun, sur l’Aronde, à une lieue au nord; Jean de Luxembourg un peu plus près, à Clairoix, au confluent de l’Aronde et de l’Oise, au nord-est; et Baudon de Noyelle, avec un corps détaché, à Margny, à l’issue de la chaussée devant la place ; à l’ouest, Montgommeri et les Anglais occupaient Venette.

A peine arrivée, la Pucelle voulut chasser l’ennemi de ses positions. Déloger brusquement les Bourguignons de Margny, les poursuivre et les accabler à Clairoix, pour se porter ensuite à Venette contre les Anglais, telle devait être la suite de ses opérations. D’après ce plan, elle courait un double péril : elle poussait les Bourguignons vaincus sur leur principal corps de bataille, et elle tournait le dos aux Anglais. Mais elle pensait que le corps de Margny, dispersé, jetterait plus de confusion à Clairoix qu’il n’y trouverait d’appui, et elle comptait sur ceux de Compiègne pour arrêter les Anglais à la chaussée, s’ils osaient sortir de Venette afin de l’attaquer sur les derrières.

Le plan s’exécuta d’abord comme elle l’avait conçu. Le 24 mai, vers cinq heures du soir, elle sortit avec cinq ou six cents hommes à pied et à cheval. Flavy était resté dans Compiègne pour garder la ville ; il avait fait réunir sur l’Oise quelques bateaux couverts, garnis d’achers et d’arbalétriers, pour protéger au besoin la retraite des assaillants. Jean de Luxembourg, qui commandait à Clairoix, se trouvait alors à Margny, observant la place : il

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fi* surpris avec les autres, et repoussé vivement sur Clairoix; mais ceux qu’il y avait laissés accoururent à son aide, et la lutte se soutint dans la prairie avec des alternatives qui en retardaient le résultat. Les Anglais entreprirent d’en profiter. La chose était prévue, et les archers disposés par Guillaume de Flavy derrière les épaulements du boulevard du pont, devaient leur rendre le passage de la chaussée fort difficile. Mais ce mouvement intimida ceux qui combattaient aux derniers rangs dans la troupe de la Pucelle. Ils craignirent d’être coupés de la place, et, fuyant pour s’y mettre a couvert , ils suscitèrent le mal qu’ils redoutaient. Les Anglais , en effet, encourages par leur fuite, se portèrent avec plus d’ardeur vers la chaussée , et s’y logèrent sans péril , protégés par les fuyards eux-mêmes contre ceux du boulevard, qui ne pouvaient plus tirer sans frapper indistinctement amis et ennemis; et, d’autre part, les Bourguignons attaquaient plus vigoureusement ceux qui tenaient encore avec la Pucelle.

Déjà ceux-ci commençaient à plier, et ils la pressaient de regagner la ville. Elle résistait : « Taisez-vous, leur disait-elle; il ne tiendra qu’à vous qu’ils ne soient déconfits. Ne pensez que de férir sur eux. » Mais, quoi qu elle dit, ils voulurent pourvoir autrement à leur salut, et elle fut bien forcée de les suivre , marchant la dernière et soutenant l’effort des assaillants. Malheureusement, ceux contre lesquels elle luttait n’étaient pas les seuls à craindre. Beaucoup d’autres , témoins de sa retraite, se portèrent en foule vers le pont pour lui en disputer le passage; et Flavy, appréhendant qu’ils n entrassent avec les siens dans Compiègne , fit lever le pont de la ville et baisser la herse. Les gens de pied furent recueillis, pour la plupart, sur les bateaux rangés, comme il a été dit, le long de la rivière. La Pucelle demeura dehors, acculée à la levée de la chaussée et au fossé du boulevard, avec le petit nombre de chevaliers qui s’étaient attachés à sa fortune. Elle était vivement pressée; cinq ou six hommes d’armes s’étaient jetés sur elle en même temps, criant :

« Rendez-vous à moi et me baillez la foi.

J ai juré et baillé ma foi à un autre qu’à vous, dit-elle, et je lui en tiendrai mon serment. »

Mais vainement résistait-elle en face : elle fut tirée par ses longs habits à bas de son cheval et prise par un archer du bâtard de Wandonne, un des

chevaliers de Jean de Luxembourg. Son frère Pierre, son écuyer d Aulon, et Poton de Xaintrailles, qui ne l’avaient pas quittée , eurent le même sort.

Ainsi fut prise la Pucelle , aux portes mêmes de la ville qu’elle voulait défendre, abandonnée de ceux qu’elle était venue sauver : c’est le commencement de sa passion1. Fut-elle livrée aussi par un des siens, et cette politique funeste, qu’elle avait eu tant de peine à vaincre jusqua Reims, et qui, depuis Paris, la tenait en échec, a-t-elle triomphé d’elle par un acte formel de trahison ? On l’a dit, et on l’a voulu établir par le témoignage même de la Pucelle. On lit, en effet, dans le Miroir des femmes vertueuses, petit livre du commencement du xvie siècle, qu’un matin, la Pucelle, à Compiègne, ayant fait dire la messe et communié dans l’église Saint-Jacques, se retira près d’un pilier de l’Église, et, trouvant là plusieurs gens de la ville et une centaine d’enfants rassemblés pour la voir, leur dit : «'Mes enfants et chers amis, je vous signifie que l’on m’a vendue et trahie, et que de brief (bientôt) serai livrée à la mort. Si (ainsi) vous supplie que vous priiez Dieu pour moi’, car jamais n’aurai plus de puissance de faire service au roi ne au royaume de France. »

La scène peut difficilement se rapporter au dernier séjour de Jeanne à Gompiègne; car Jeanne, entrée le matin dans cette ville, fit son attaque et fut prise le soir. Elle savait quelle devait être prise, mais elle ne savait ni quand ni comment : elle a déclaré elle-même que , si elle eut su qu elle dût l’être à cette sortie , elle n’y serait point allée. Ces paroles peuvent donc avoir été comme un épanchement de la tristesse qu’elle avait dans le cœur en songeant à sa captivité prochaine; et la scène a paru se placer assez convenablement quelques semaines plus tôt, quand Jeanne, voulant passer l’Aisne à Soissons, pour tomber sur le duc de Bourgogne au siège de Ghoisy, se vit arrêté par la trahison du capitaine de la place , et qu’elle revint tout affligée dans Compiègne. Le jour où elle fut prise, elle redoutait si peu d’y être trahie, qu’elle y était venue exprès le matin même; et Flavy était le dernier dont elle eût à craindre une trahison, car elle venait librement défendre la ville qui était sa fortune , et qu’il défendit lui-même avec

1 Passion de Jeanne: Le rapprochement que ce mot implique a déjà été fait par l’Abréviateur du procès de Jeanne d’Arc, quand il dit de ses juges : « Ne se monstrèrent pas moins affectés à faire mourir la dicte Pucelle, que Cayphe et Anne et les scribes et pharisées se monstrèrent affectés à faire mourir Nostre-Seigneur. » (J. Quicherat, Procès de Jeanne d’Arc, t. IV, p. 265.)

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tant de vigueur pendant six mois. Ajoutons que la Pucelle ne l’en soupçonna pas plus après qu’avant sa captivité : son idée fixe dans sa prison, idée qui prévalut en elle jusque sur l’autorité de ses voix, était d’en sortir au péril même de la vie , pour aller sauver la ville où Flavy semblait près de succomber.

C’est donc à tort que l’on a rapporté à la trahison de cet homme la captivité de la Pucelle. Il ne suffit pas qu’il ait été pupille de Régnault de Chartres et lieutenant de la Trémouille pour l’accuser d’un crime qui,

F-ig. 1 15. — « Comment la Pucelle fut prise devant Compïègne. » Ms. fr., n° 5o54, daté de 1484, à la biblioth. nat. — Cinq ou six hommes d’armes s’étaient jetés sur elle en lui criant: « Rendez-vous à moi et me baillez la foi. » Jeannerépondit: « J’ai juré et baillé ma foi à un autre qu’à vous, et je lui en tiendrai mon serment. » Mais, tirée par ses longs habits à bas de son cheval, elle fut faite prisonnière. Son frère Pierre, son écuyer d’Aulon et Poton de Xaintrailles, qui ne l’avaient pas quittée, eurent le même sort.

accompli dans ces conditions, atteindrait à un degré d’énormité inouï, puisqu’il y impliquerait le concert du favori du roi et du chancelier de France. Et l’on ne peut davantage rapporter la trahison à l’amour de l'or. Flavy avait résisté aux tentatives de corruption du duc de Bourgogne, qui voulait avoir Compiègne; et si, dans un procès, l’avocat de son adversaire a pu contester sa vertu en ce point, s’il répondait à son défenseur : « N’est à croire qu’il en refusât 3o,ooo écus, vu qu’il ferma les portes à Jehanne la Pucelle, par quoi fut prise, et dit-on que pour fermer lesdites portes il eut plusieurs lingots d’or:, » c’est là une réplique d’avocat, dont

l’assertion se couvre d’un on dit et demeure dénuée de toute preuve, tandis que l’autre a pour garantie un fait incontestable : Compiègne défendue pendant six mois, au milieu des plus dures extrémités, et à la fin sauvée, avant toute chose , par sa persévérance. S’il avait traité avec le duc de Bourgogne pour livrer Jeanne, la ville, on peut le croire, eût été comprise dans le marché.

Il faut donc se défier de cet entraînement à trouver à toute grande catastrophe un grand coupable. L’histoire, parce qu’elle ne juge que des morts, ne doit pas être moins réservée dans ses condamnations. Flavy répugnait peu au crime : les suites sanglantes de son histoire le prouvent*, et toutefois, si corrompu qu’il ait été, on ne peut l’accuser ni comme auteur principal d’une trahison qui devait avoir pour première fin la perte de Compiègne (car il a sauvé Compiègne), ni comme instrument d’un complot dont la réalité même reste à prouver. Mais, s’il n’a point livré la Puceile, est-il complètement innocent de sa perte? Évidemment, en cette occasion , il se montra moins préoccupé de la sauver que de garder sa ville. Or, la Puceile était d’assez grande importance pour que tout fût à risquer, même Compiègne, afin de la sauver*, et une sortie énergique de la garnison aurait suffi peut-être pour dégager le pont, ne fût-ce qu’un seul moment, et donner à 1a. Puceile le temps de rentrer dans la place. Ainsi elle fut victime, sinon de la trahison, au moins d’un abandon inspiré par le plus aveugle égoïsme; et, à cet égard, l’événement de Compiègne répond trop bien à cette funeste politique qui, depuis si longtemps, minait sourdement ou entravait l’œuvre de Jeanne d’Arc. Ce n’est donc pas entièrement sans raison qu’un annaliste de Metz contemporain (pour le reste assez mal informé) rapportait sa captivité, comme l’échec de Paris, à la jalousie de la Trémouille : « Et fut dit qu’il n’estoit mie bien loyaux audit roy, son seigneur, et qu’il avoit envie des faicts qu’elle faisoit et fut coupable de sa prise. » Jeanne d’Arc ne fut livrée par personne, mais elle fut constamment trahie par tous ceux qui la devaient le plus soutenir.

Ce coup, dont elle ne doit point se relever, est-il un suprême démenti à la vérité de sa mission? Ce serait bien mal la comprendre. Jeanne d’Arc a pu révéler des choses qui lui étaient inspirées; mais, pas plus que les prophètes, elle ne s'est jamais donnée comme sachant tous les secrets de

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