‹ Jeanne d'ArcChapitre 4 sur 112 · LETTRE ADRESSÉE AUX ÉDITEURS · texte numérisé non relu

LETTRE ADRESSÉE AUX ÉDITEURS

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ac simili hortari, ut sicuti per aliorum temporum aliarumque artium monumenta alterum ex Ecclesiæ beneficiis obiecistis oculis , sic eamdem gloriam ei confirmare nitamini per artem qua excellitis , alia edendo atque alia opéra quœ , religioni fo vendre dicata, demonstrent scientiam et artes ea auspicante florere. Faustum liujusmodi cœpto idem Sanctissimus Dominus exitum ominatur ; ac intérim superni favoris auspicem paternceque benevolentiœ suce pignus Apostolicam Benedictionem v obis per amanter impertit.

Qiice dum vobis ultro ac libenter pro meo munere nuntio, peculiarisque gratulationis mece ac œstimationis officia exhibeo, omnia vobis secunda et salutaria adprecor ex animo.

Perillustris Domine,

Addictissimus famulus

Franciscus Mercurelli , Sanctiss. Dont, nostr. a Brevibus ad Principes.

Romce, 1 7 februarii 1876.

Perillustri Domino Firmin-Didot e jusque sociis Editoribus Parisiensibus.

dont vous Lui avez fait récemment l’offrande. Elle m’a chargé en même temps, puisque déjà, par les monuments artistiques d’autres époques , vous avez fait ressortir à tous les yeux un des bienfaits de l’Eglise, de vous exhorter à faire tous vos efforts pour lui assurer la même gloire au moyen de l’art dans lequel vous excellez, en mettant au jour beaucoup d’autres œuvres qui , consacrées à la défense de la religion, prouvent que la science et les arts ont fleuri sous ses auspices. Sa Sainteté présage un heureux succès d’une telle entreprise; et, en attendant, comme augure de la céleste faveur et comme gage de Sa paternelle bienveillance , Elle vous accorde trèsaffectueusement Sa bénédiction Apostolique.

En vous transmettant spontanément et volontiers cet avis, suivant le devoir de ma charge , et en vous adressant mes félicitations personnelles avec l’assurance de mon estime, je souhaite de cœur que tout vous succède d’une manière agréable et salutaire.

J’ai l’honneur d’être,

Très- illustre Monsieur, Votre tout dévoué serviteur, Francesco Mercurelli,

Secr,c du T.-S.-P., pour les Brefs aux Princes. Rome, 17 février 1876.

Au très-illustre Monsieur Firmin-Didot et à ses associés, Éditeurs à Paris.

Ornement tiré d’un manuscrit latin du XV* siècle. Bibliothèque de M. Ambroise Firmin-Didot.

PRÉFACE

’i l est un épisode émouvant dans nos annales , c’est assurément la vie de Jeanne d’Arc. La vie de Jeanne d’Arc est comme une légende au milieu de l’histoire ; c’est un miracle placé au seuil des temps modernes comme un défi à ceux qui veulent nier le merveilleux . Jamais matière ne parut plus digne de la haute poésie :

elle réunit en soi les deux conditions de l’épopée, sujet national , action surnatu-

Initiale d'un acte de Louis XI, daté de 1464.

Archives nationales de France. relie. Mais jamais sujet ne tenta plus

malheureusement les poètes. La poésie vit de fictions , et la figure de Jeanne ne comporte aucune parure étrangère. Sa grandeur se sujfit à elle-même; elle est plus belle dans sa simplicité. A ce titre rien né devait attirer davantage, et mieux récompenser le file des historiens. Un fait si plein d’éclat, à une époque déjà féconde en chroniques et en écrits de toute sorte, a agi sur tous les esprits et laissé sa trace dans tous les écrivains du temps ; et les deux procès qui ont poursuivi tour à tour par tant

PRÉFACE

d'interrogatoires et d’enquêtes la condamnation de Jeanne d’ Arc et sa réhabilitation, ont recueilli une masse de témoignages qui, sans cette cause toute providentielle , eussent été perdus pour l histov e. Oi , il y a un double écueil à éviter parmi tant de richesses : cest tout à la fois de trop confondre et de trop distinguer.

Le plus souvent, on a trop confondu. L’histoire a paru si merveilleuse en elle-même, qu’on n’a pas vu grand inconvénient à y joindre la légende. Tout se mêle alors sans que rien laisse voir ce qui est de l'une ou de l’autre. Il semble que l’exposition n’y perde rien ; mais en proposant du même ton au lecteur les choses qui dérivent des traditions les moins autorisées et celles qui s’appuient des témoignages les plus forts, on l’amène nécessairement , même dans les livres les plus éloignés de l’esprit de système, à les recevoir ou à les rejeter de la même sorte. Et pourtant, quand on les jugerait au fond de même nature, encore serai t-il bon d’en signaler et d’en discuter l’origine, afin que chacun pût voir ce qu’il en doit prendre ou laisser. D’ autres fois, au contraire, on établit plus de distinction qu’il ne faut. Les deux procès ont un caractère et un esprit bien opposés; mais on ne peut pas dire qu’ils nous fassent de Jeanne d’Arc deux portraits différents. Le second procès, autant qu’il l’a pu faire, a puisé , s’il est permis de le dire, aux sources du premier. Il en a appelé, non pas les témoins, mais les acteurs, les hommes les plus intéressés à le défendre : Jean Beaupère, le second de Pierre Cauchon ; Thomas de Courcelles , qui mit le procès-verbal en latin; les greffiers, l’huissier, et presque tous les assesseurs encore vivants; et quand bien même les autres dépositions recueillies pourraient être regardées comme produites au nom de l’accusée, elles ne feraient encore que rendre au premier procès un élément qu’on ne peut , sans injustice, retrancher de la cause. Leur appréciation ne ressemblera pas à celle des juges ; mais apprécieront-ils moins justement? Et Jeanne, dans leurs témoignages , sera-t-elle autre qu’on ne la voit quand elle se montre elle-même dans son procès ? Sont-ce les dépositions de Dunois, de Louis de Contes et du duc d’Alençon qui ont subi cette « tournure de commande » et « fourni les traits de cette froide image » des histoires postérieures? Où trouve-t-on Jeanne plus vive, plus pleine de vigueur et d’entrain, soit que, arrivant devant Orléans, et s’en voyant

PRÉFACE

séparée par la Loire, elle interpelle rudement Danois sur le détour que la timidité des chefs a fait prendre, en la trompant, au convoi qu’elle amène; soit que, se réveillant à la nouvelle de l'attaque de Saint-Loup, elle gourmande son page : « Ah! sanglant garçon, vous ne me disieçpas que le sang de France fût répandu! » soit qu’à Jargeau elle entraîne aux murailles, criant au duc d’Alençon qui veut attendre : « Ah! gentil duc , as-tu peur? » Est-elle moins ferme et moins prompte à la réplique dans le témoignage de Seguin, un des examinateurs de Poitiers , que dans le procès-verbal des juges de Rouen?...

On il a donc pas le droit de dire que les deux procès, à les prendre, je ne dis pas dans les articles de V accusation ou dans ceux de la défense , mais dans les interrogatoires du premier et dans les enquêtes du second [et c’est là qu’il faut les voir), offrent de Jeanne d’Arc deux portraits différents. Si divers qu’ils soient par leurs conclusions, loin de se contredire à cet égard, ils se complètent et ils servent à titre égal à représenter la Pucelle dans toute sa vérité. Nous réunirons leurs matériaux , non pas aveuglément sans doute , mais en disant où nous puisons , et sans oublier que, si l’un a été suscité par les amis de Jeanne, l’autre [on paraît trop ne point s’en souvenir ) est l’œuvre de ses ennemis ; et, d’autre part, nous chercherons à distinguer ce qui est de la légende et ce qui est de l’histoire, non pour supprimer la première, mais pour l’ admettre à son vrai titre, sans farder la seconde des fausses couleurs quelle en pourrait recevoir.

Cette nouvelle édition contient les éléments suivants , qui ne se trouvaient point dans les éditions précédentes :

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