LETTRES PATENTESDE LOUIS XIII
Pour augmentation d’armes aux armoiries de MM. Du Lys, de la ligne de la Pucelle d’Orle'ans. d’après la minute authentique Z 3o8, conservée aux Archives de France.
De la branche cadette de la famille de la Pucelle, l’aîné seul avait pris les armo.ries octroyées à Jeanne et à ses parents par Charles VIL Le puîné, tout en portant le nom de Du Lys, avait adopté, ou, dit-on, conservé des armes parlantes consistant en un arc de fasce chargé de trois flèches entre-croisées! Mais la descendance de cet aîné n'existant plus, les Du Lys de la branche cadette sollicitèrent du roi Louis XIII la permission de reprendre les armes de la Pucelle. Cette autorisation fut l’objet des lettres patentes de Louis XIII en date du 25 octobre 1612, dont le texte suit:
Louys, parla grâce de Dieu roy de France et de Navarre, à tous présents et à venir salut. Nos amés et féaulx Messieurs Charles Du Lis, nostre conseiller et advocat général en nostre cour des aydes à Paris, et Luc du Lis, escuyer sieur de Rainemoulin aussi conseiller notaire et secrétaire de nostre maison et couronne de France et audiencier en nostre chancellerie de Paris, frères, nous ont fait humblement remontrer que , comme durant les guerres et divisions qui furent en ce royaume , sous les rois Charles six et Char¬
les sept, d heureuse mémoire, nos prédécesseurs, les Anglois ayant, par un long espace de temps, usurpé nostre ville de Paris et une grande partie des autres meilleures villes et provinces de nostre royaume, il eust pieu à Dieu, vray protecteur de nostre dit royaume, de susciter des frontières d’iceluy cette magnanime et vertueuse fille nommée Jeanne d’Arc , depuis vulgairement appelée la Pucelle d’Orléans; laquelle, contre l’opinion d un chacun et contre toute apparence humaine, fist miraculeusement, en fort peu
LA FAMILLE DE JEANNE D’ARC
de temps et comme par la main de Dieu, lever le siège que les Anglois tenoient devant nostre ville d’Orléans, et sacrer le dit seigneur roy Charles VII, en nostre ville de Rheims , avec tant de prospérité , que delà en avant, les Anglois furent entièrement débellés et expulsés de notre dit royaume : en recognoissance desquels grands et signalés services rendus à l’ Estât et couronne de France, elle fut non seulement annoblye avec ses père, mère, frères et toute leur postérité tant en ligne masculine que féminine, mais par un privilège spécial du dit seigneur roy Charles VII, lui fut permis ensemble à ses dits frères et à leur postérité , de porter le lis tant en leurs noms qu’en leurs armoiries qui leur furent dès lors octroyées et blasonnées d’un escu d’azur, à deux fleurs de lis d’or, et d’une espée d’argent à la garde dorée, la pointe en haut férue en une couronne d’or : desquels les frères de la dite Pucelle , l’aisné, Jehan Darc dit du Lis , prévost de Vaucouleurs et les descendans d’iceluy, auroient continué de porter les dits noms et armes du Lis jusques à ce aujourd’huy ; et le puisné Pierre Darc aussy dès lors surnommé du Lis, suivant la profession des armes, après estre parvenu à l’ordre et degré de chevalerie , par lettres patentes du duc d’Orléans , données à Orléans le vingt-huictiesme de juillet mil quatre cent quarante-trois, auroit été recogneu et récompensé sous le nom de du Lis, et en qualité de frère germain de la dite Pucelle , des signalés services par lui rendus , et faict d’armes , avec sa dite sœur, et après le déceds d’icelle, tant au dit seigneur roi Charles septiesme qu’au dit duc d’Orléans, depuis l’heureuse délivrance qu’il eut de sa longue prison , soubs les auspices de la dite Pucelle, comme il en appert amplement par plusieurs extraicts de nostre chambre des comptes et autres titres attachés sous le contre scel des présentes; meme que du dit Pierre du Lis , chevalier, frère puisné de ladite Pucelle seroient issus et descendus en droite ligne les dits exposants frères, enfans de Michel du Lis leur père, fils de Jean du Lis, leur ayeul, qui fut fils d'autre Jehan du Lis le jeune, lequel estoit aussi fils puisné du dit Pierre du Lis chevalier, frère encore puisné de ladite Pucelle: lequel Jean du Lis le jeune,
bisayeul des dits exposans , fut nommé et envoyé pour estre l’un des eschevins en la ville d’Arras , par le roy Louys unziesme fils et successeur dudit seigneur roy Charles VII, lorsqu’il voulut faire restablir et repeupler, par ses lettres patentes données à Chartres , au mois de juillet mil quatre cent-quatrevingt-un, vérifiées en notre cour des Aydes , le dixiesme septembre ensuivant, il y demeura jusques en l’année mil quatre cent quatre-vingt-onze, que s’estant la dite ville soustrait de l’obéissance de la couronne de France, par l’entremise de l’archiduc Maximilien, les bons et vrays François qui y avoient esté établis par ledit sieur roy Louys unziesme furent tous pillez et chassez de la dite ville; notamment le dit Jean du Lis, lequel fut contraint de se retirer à Lihoms , en Santerre, sans néanmoins discontinuer la profession des armes ; et se voyant le puisné des puisnés des frères de la dite Pucelle d’Orléans, il se seroit contenté de porter le nom du Lis , retenant les armes du nom et de leur ancienne famille Darc , qui sont d’azur et l’arc d’or mis en fasce chargé de trois flesches entre-croisées les pointes en haut férues, deux d’or ferrées et plumetées d’argent, et une d’ar gent ferrée et plumetée d’or et le chef d’argent au lion passant de gueules ; et d’autant que les dits noms du Lis et armes Darc se trouvent estre passez de père en fils j usques aux dits exposans, qu’iceulx sont recogneuz seuls aujourd’huy représentans le dit Pierre du Lis, leur trisayeul, au moyen de ce que Jean du Lis, de son vivant toujours surnommé la Pucelle, frère germain de la dite Pucelle, seroit décédé sans hoirs, désireroient reprendre les armes du lis octroyées à la dite Pucelle et ses frères , avec celles Darc, que le dit Jehan du Lis le jeune, leur bisayeul, et ses descendans se trouvent avoir retenues et gardées jusques à présent, et qu’il leur fust permis les porter toutes deux ensemble escartellées en même escusson , et timbrées de telle façon qu’il nous plaira leur ordonner, pour marque des actes valeureux de la dite Pucelle et de leurs ancestres; mesme y employer la bannière qu’elle portoiten la guerre, laquelle estoit de thoilles blanches semées de fleurs de lis d’or, avec la figure d’un ange, qui présentoit un lis à Dieu porté par la vierge ,
ÉCLAIRCISSEMENTS
sa mère; ce qu’ils doutent pouvoir faire sans avoir sur ce nos lettres convenables et nécessaires, humblement requérant icelles. Pour ce est-il que nous , recognoissans les grands , mystérieux et signalés services faits à l’Estat et couronne de France par la dite Jehanne Darc, ladite Pucelle d’Orléans et désirans continuer la recognoissanceet gratification qui en a esté fait à elle et à ses frères et leur postérité, et d’ailleurs bien et favorablement traiter les dits exposans , tant en contemplation de leur dite extraction, dont il nous est suffisamment apparu par les titres et extraits attachés soubs nostre dit contrescel , que de plusieurs bons et agréables services qu’ils nous ont rendus , et au défunt roy Henry le Grand, nostre très-honoré seigneur et père, d’heureuse mémoire, non-seulement, en l’exercice de leurs offices, mais en plusieurs autres charges, commissions et négociations, où ils ont été employés , et s’en sont dignement acquittez. A ces causes et autres grandes considérations à ce nous mouvans, de l’advis de la Royne régente, nostre très-honorée dame et mère, et de nostre conseil, avons de nostre certaine science , pleine puissance et autorité royale , par ces présentes signées de nostre main, permis et permettons aux dits exposans d’adjouster les armes du lis à celles Darc , dont ils avoient accoutumé d’user, et icelles porter à l’advenir eux et leur postérité , escartelées au quartier droit de celles du Lis , qui furent accordées à la dite Pucelle d’Orléans et ses frères, ainsi que les ont retenues et portent à présent ceux qui sont recogneus issus et descendans du frère aîné de la dite Pucelle Jehan du Lis, qui fut prévost à Vaucouleur, et au second et troisième quartier
d’icelles Darc , que les dits exposans ont retenues et gardées de père en fils, du dit Jehan du Lis, le jeune, leur bisayeul, qui fut nommé comme dit est , pour eschevin en la ville d’Arras, par le dit sieur roy Louys XI, ainsi qu’elles sont cy-dessus blasonnées , et représentées sous le contrescel des présentes ; comme aussy voulons et permettons que les dits exposans puissent porter leur heaume comblé de bourrelet de chevalerie et noblesse des couleurs armoryales et timbré , sçavoir est : le dit Charles et les siens d’une figure de la dite Pucelle vestue de blanc, portant en sa main droite une couronne d’or soustenue sur la pointe de son espée , et à la gauche sa bannière blanche figurée et représentée comme de son vivant elle la portoit ; et le dit Luc du Lis , puisné et les siens , d’une fleur de lis d’or naissante entre deux pennarts, de même blazon que la bannière de la Pucelle; et que le cri du dit Charles et des siens soit : la Pucelle ! et celuy du dit Luc , sieur de Reinemoulin, soit : les Lys ! sans qu’ils en puissent estre troublez, molestez, ni inquiétez en façon quelconque ny que le dit changement ou escartelleure et addition leur puisse nuire ny estre imputé au préjudice de nos ordonnances : car te! est nostre plaisir, et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours nous avons fait mettre nostre scel à- ces présentes. Donné à Paris, le vingt-cinquiesme jour d’octobre, l’an de grâce mil six cent douze , et de nostre règne le troisiesme. Signé Louys , et sur le reply : par le roy, la royne régente, sa mère , présente, . Brûla rd; scellée sur lacs de soye rouge et verte du grand sceau de cire verte.
REDUCTION DU PRIVILEGE DE NOBLESSE Pour les descendants de la famille d'Arc. Le titre est désormais restreint aux héritiers mâles.
Juin
Les descendans des frères de la Pucelle d’Orléans qui vivent à présent noblement, jouiront à l’avenir des privilèges de noblesse, et leur postérité, de masle en masle vivant noblement, mesme ceux qui pour cet effet ont obtenu nos lettres patentes et arrestz de
nos cours souveraines. Mais ceux qui n’ont vescu et ne vivent à présent noblement , ne jouiront plus à l’avenir d’aucuns privilèges. Les filles et femmes aussi descendues des frères de ladite Pucelle d’Orléans, n’anobliront plus leurs maris à l’avenir.
DESCENDANCE DE JACQUI
Jacquemin
d’Arc,
mort sans alliance.
Jean d’Arc du Lys , écuyer, capitaine de Chartres, prévôt
de Vaucouleurs.