DIEU
Qu’elle ait bonne confiance Et ne s’épouvante aucunement.
Une pause. Les orgues jouent. L’Ange vient vers la Pucelle qui est en train de garder les brebis de son père et de coudre du linge.
MICHEL
Jeune pucelle bien heureuse,
Le Dieu du ciel vers vous m’envoie ,
Ne prenez aucune frayeur.
Ayez en vous parfaite joie.
Dieu vous mande , c’est chose vraie,
Qu’il veut être avec vous ,
Partout où vous serez, où vous irez;
Ainsi n’ayez donc point de peur.
Sa volonté et son plaisir Est que vous alliez à Orléans,
Pour en rejeter au loin les Anglais Et leur faire lever le siège qu’ils ont mis devant.
S’ils osent vous contredire ,
Vous les convaincrez par les armes,
Contre vous ils n’auront aucune force,
Mais au contraire vous les dompterez de tout point.
Puis après il conviendra
Qu’à Reims vous meniez sacrer le Roi ,
En tout cela Dieu vous conduira ,
Vous tirerez Charles de ses angoisses.
Quoique ses affaires soient en grand désarroi Et que pour le présent il ait fort à faire , Dieu lui rendra l’âme paisible,
Car il a prêté l’oreille à sa prière.
Au seigneur de Baudricourt Vous direz ceci , qu’il vous mène Sur-le-champ, par le chemin le plus court, Car de cette seigneurie où vous êtes il est capitaine.
C’est une chose tout à fait certaine Que vers le Roi il vous mènera En habit d’homme, saine et sauve,
Car Dieu toujours vous conduira.
JEANNE D’ARC DANS LES LETTRES