DIEU
Que elle aye bonne fiance,
Sans soy esbayr nullement.
Pose d’orgues. — Et vient devers la Pucelle gardant les brebi{ de son pere et queusant en linge.
MICHEL
Jeune pucelle bien eureuse,
Le Dieu du ciel vers vous m’envoye ,
Et ne soyez de rien peureuse ,
Prenez en vous parfaicte joye.
Dieu vous mande, c’est chose vraye,
Que y vieult estre avecque vous,
Où vous soyez en quelque voye ;
Si n’ayez point doncques de poux.
Sa voulenté et son plaisir Est que vous aillez à Orléans,
Pour Ariglois en faire saillir Et lever le siégé devant.
Se de vous sont contredisant,
En armes vous les convaincrez ,
Contre vous ne seront puissans,
Mes de tout point les subjugrez.
Puis après, y vous conviendra A Rains mener sacrer le Roy,
Que ainsi Dieu vous conduira,
Et Charles oster hors d’esmoy.
Combien qu’il ait beaucoup desroy Et par le présent fort à faire ,
Dieu le fera paisible en soy ,
Que il a ouy sa priere.
Et au seigneur de Baudricourt,
Vous luy direz que y vous mayne Incontinent, le chemin court,
Que il est vostre cappitaine.
Ainsi que c’est chose certaine,
Devers le Roy vous mènera,
En abitd’omme, toute saine,
Que Dieu toujours vous conduira.
Vers Robert de Baudricourt,
Pour qu’il la fasse conduire en telle manière Vers le Roi, en sa cour.
l’ange MICHEL.
Mon cher seigneur, avec le plus grand zèle Je ferai ce que vous me commandez A l’égard de la pucelle bonne et sage ;
Je lui annoncerai directement sa mission,
J’y vais , sans aucun délai ,
Accomplir votre ordre.