SCÈNE IV
Les Mêmes, SUZANNE, SUZANNE, sortant de la ville en courant.
Mon père ! Mon père !
MAUDRU.
Ne crains rien, ma fille; je suis vieux, mais je saurai me défendre.
SUZANNE
Je ne crains rien pour vous., mon père ; c'est la ville entière qui est en péril.
MAUDRU.
Que veux-tu dire?
SUZANNE
Du haut du beffroi on vient de signaler une troupe d'Anglais qui s'avance vers Nogent. On fuit de tous
CÔtés. (Terreur dans la foule ; les femmes et les enfants s'enfuient.)
Venez, mon père, on a confiance dans votre courage. Venez apprendre à vos amis comment on peut défendre du pillage une ville ruinée. (A la fouie terrifiée.) Quoi ! aimez-vous mieux tendre le cou, comme des moutons, à des soldats sans pitié? Manquez-vous d'armes? N'y a~til plus ni fer, ni plomb? Je ne suis qu'une jeune fille, moi; je vous montrerai l'exemple, s'il le faut. Fussentils deux cents, ces damnés, nous tous, hommes et femmes, ceux de la ville et des faubourgs, ne saurions-
JEANNE DÀKC, li
nous leur résister? (stupeur muette.) Mon père, dites-leur donc quelque chose qui les remue.
MAUDRU.
Bien, chère enfant. (Regardant la fouie.) Ignominie et lâcheté ! C'est donc au cœur des femmes que s'allume à présent l'amour du pays !
SUZANNE
Oh ! je le jurerais; les Anglais n'arrivent ici que pour le pillage et pour notre honte. Qui donc nous sauvera, mon père, si nous sommes seuls ?
MAUDRU. .
Viens, ma fille; la ville serait un refuge peu certain pour nous. Elle promet à Pennemi plus de butin que notre chétive maison. Viens, je te cacherai dans une retraite sûre; moi, pauvre, je n'ai rien à craindre.
UN BOURGUIGNON, à part.
Nous verrons ça.
SUZANNE
Oui, j'irai me cacher puisque c'est la dernière défense des abandonnés,
MAUDRU.
Les braves n'ont jamais désespéré; va, j'en sais plusieurs ici dont les couteaux sauront nous faire craindre.
SUZANNE, à part.
Si nous ne pouvons rien, j'ai là un poison qui me délivrera du déshonneur.
MAUDRU.
Viens, ma fille !
(Maudru entre avec elle dans sa maison.)
SCK.1ÎK V.
LES BOURGUIGNONS et LES ARMAGNACS des scènes précédentes, PAYSANS arrivant de différents côtés pour se réfugier dans la ville.
UN BOURGUIGNON, à un paysan.
Eh! Jacques Bonhomme, pourquoi fuis-tu? L'Anglais, c'est notre ami.