‹ Jeanne Dare, drame historique en dix tableauxChapitre 30 sur 73 · HIÉRÔME · texte numérisé non relu

HIÉRÔME

C'est la requête que vous m'avez demandée pour ma place. Une habile adresse, vrai Dieu! jugez (il se

dispose à lire.)

RICHARD, prenant le parchemin.

Bien ; mais pour obtenir une place, il faut la mériter et nous sommes loin de compte.

HIÉROME.

Mon révérend maître , mon mérite éclate à tous les regards et rayonne dans toute ma personne ; cette robe

resplendissante (H étale ses habits aux yeux de Richard.)

RICHARD

Il s'agit bien de tes habits et de tes rêves. As-tu quelques nouvelles de Jeanne et de l'armée ?

Il y en a de toutes sortes; pour ses amis, elles sont bonnes ; pour ses ennemis, mauvaises ; mais pour savoir la vérité, je puis consulter le ciel.

RICHARD

Trêve de paroles inutiles. J'ai à me plaindre de toi : tu viens chercher des fêtes, quand il faut agir.

HIÉROME.

Pourtant je n'oublie pas ici les services que je puis vous rendre, et ce matin encore, consulté par monseigneur le surintendant la Trémouille, sur l'étoile de Jeanne, j'ai répondu : — Son signe dans le ciel, Monseigneur, n'est pas une étoile, mais une comète impétueuse et sans frein qu'un choc brisera en mille pièces I — N'est-ce pas le moyen de plaire au favori du roi ?

RICHARD

Sans doute ; mais interrogé quelques instants apr^ par Madame Agnès sur le même sujet, tu réponds : — L'astre de Jeanne est, Madame, une étoile de prédilection, douce et bienfaisante comme celle qui conduisit autrefois les rois mages aux pieds de Jésus. — Ce double langage, Hiérôme, nuit à la sainte cause de l'Eglise

et du roi ; il fait soupçonner une cabale, là où il n'y a qu'un pieux devoir.

HIÉROME.

Nous avons ainsi des protecteurs des deux côtés.

RICHARD

Dis plutôt des ennemis. Servir tout le monde, c'est ne contenter personne. Malheureux ! il est perdu, l'astrologue qui fait de sa science la complaisante sybille des temples païens.

Maître, vous avez toujours raison; je le reconnais humblement, chacune de vos paroles est un oracle...

RICHARD

Laisse-là tes louanges. Je ne fais appel qu'à ton bon vouloir.

HIÉROME.

Ne suis-je pas à vos ordres ?

RICHARD

Il faut quitter la cour où ta présence est inutile ; je t'avais défendu d'y séjourner. Tu rejoindras l'armée où tes paroles ont l'empire qu'elles méritent. Unis la voix de l'astrologie à celle de l'Église, et mettons un terme aux extravagances de ces malheureux temps. — Le §ire de Flavy te prend sous sa protection puissante.

LE SIRE DE FLAVY

Nous saurons ménager à messire Hiérôme les honneurs dus à son savoir.

HIÉROME, bas à Richard.

Et ma place ?

RICHARD

Je ferai signer ta requête.

HIÉROME.

Allons 5 je partirai. Mais ne m'oubliez pas, maître : astrologue assermenté du roi, à cent vingt livres par an... (montrant ses riches habits) Cent vingt livres ne sont pas trop ; les métiers chôment en temps de guerre, et ce drap coûte quatre écus Faune !... (il sort.)

LE SIRE DE FLAVY

Ce drôle, avec ses airs de prophète, peut rendre d'utiles services à notre cause auprès du populaire et des soldats.

RICHARD

Je le connais et je Pai vu à Fœuvre. — Mais voici Monseigneur le comte la Trémouille.

SCÈWE II.

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