RICHARD, LE SIRE DE FLAVY, LA TREMOUILLE
LA TRÉMOUILLE
Frère Richard, et vous seigneur, soyez les bienvenus.
RICHARD
Monseigneur, je vous ai promis un partisan dévoué ; je tiens ma parole. Le sire de Flavy vient se placer sous votre obéissance.
LA TRÉMOUILLE
Votre zèle, mon frère, est louable et me porte à vous pardonner votre passé. Persévérez, vous m'aiderez à sauver le roi en dépit de lui-même.
RICHARD
En revenant à vous, Monseigneur, je vous montre ma droiture. Le vaillant chevalier qui m'accompagne partage mon dévouement; il est d'ailleurs impatient de venger l'outrage qu'il a si injustement reçu à la face de toute l'armée.
LA TRÉMOUILLE
Je connais la peine que Jeanne a portée contre vous, chevalier.
LE SIRE DE FLAVY
Une peine imméritée, seigneur comte, et qui ne me laisse qu'un nom flétri devant mes frères d'armes. Ah ! mon épée ne se serait pas abaissée sous cet affront sanglant, si pour me venger, je n'avais, pas dû frapper une femme ! Je n'ai perdu mon commandement , que pour avoir suivi trop fidèlement les règles de la guerre.
LA TRÉMOUILLE
Je le sais; mais nous veillons à ce que les armées de France ne deviennent pas des hordes tumultueuses et désordonnées. Nous ne voulons pas que le pays, déjà si malheureux , soit précipité dans les aventures. Sire de Flavy, vous pouvez rassurer, sur ce point , nos chevaliers fidèles. Le sort de la France ne restera pas suspendu à Pépée d'une femme. — Pour vous, seigneur, j'aurai soin que votre commandement vous soit rendu.
RICHARD
La vérité triomphera ! Mais pour désabuser tout le monde, il faut agir avec vigilance. J'oserai même vous
avouer, comte, que vous devez peut-être veiller sur vous-même !
LA TRÉMOUILLE
Que voulez-vous dire ?
Ne vous a-t-on pas annoncé que la Pucelle veut ramener auprès du roi votre plus dangereux rival ?
LA TRÉMOUILLE
Le connétable de Richemont?... 11 ne viendra pas sous sa bannière; et je ne crains rien de lui... — J'ai d'autres inquiétudes, frère Richard ; c'est demain que le conseil doit se prononcer au sujet du sacre du roi , et il y a ici des chevaliers que la victoire d'Orléans peut entraîner dans les hasards les plus périlleux.
RICHARD
Ce voyage peut-il se faire contre votre gré, Monseigneur ? L'absence de Jeanne vous permettra de ramener facilement à votre opinion les insensés qui Pécoutent.
LA TRÉMOUILLE
C'est à vous, frère Richard, à montrer à Monseigneur l'archevêque chancelier le danger que court l'Église entière en présentant, comme une œuvre divine, une histoire qui peut faire la perte de ce royaume et la honte de la chrétienté.
RICHARD
Mon zèle a devancé vos désirs, seigneur comte. J'ai déjà vu plusieurs fois le chancelier Regnault, et son sentiment, irrésolu encore à cause des derniers événements, ne tardera pas, je l'espère , à se rapprocher du mien.
LA TRÉMOUILLE
Je compte sur votre habileté. Ce jour de fêle nous permet de voir tous nos partisans ; employons utilement cette journée, et laissons le roi à ses plaisirs.
(Ils sortent.)