‹ Jeanne Dare, drame historique en dix tableauxChapitre 39 sur 73 · UN MARCHAND · texte numérisé non relu

UN MARCHAND

Par ma foi ! vienne qui voudra; je suis en garde de ce

côté. J'ai des couleurs à contenter tous les princes de la

terre. (H montre sa maison aux tentures bariolées.) PREMIER VOISIN.

Il ne s'agit pas, cette fois , de recevoir un prince en voyage, mais le vrai roi de France que Dieu va bénir.

COMMÈRE SIMONE

C'est une plus grande joie encore de voir la sainte qui le conduit.

DEUXIÈME VOISIN

La Pucelle^ une sainte? Oui, comme le diable en sait faire.

COMMÈRE SIMONE

S'il y a sorcellerie , dites plutôt que c'est avec les Anglais qu'est le diable.

DEUXIÈME VOISIN

Les charmeresses cachent le pacte qu'elles ont signé avec le démon. Allez, ce n'est pas elle qui fait seule de pareils prodiges. Moi, j'en crois plutôt ceux qui soutiennent qu'elle a vendu son âme pour être reine de France.

PREMIER VOISIN

Reine de France I... Elle aurait bien gagné sa couronne!...

COMMÈRE SIMONE

Sainte Vierge!... Jeanne une charmeresse ! Enragé bourguignon, c'est de honte que tu dis ces méchantes paroles !

DEUXIÈME VOISIN

On vend son âme pour bien moins ! Vous la verrez, elle marchera tout à l'heure à côté du roi. Et d'ailleurs les soldats qui l'ont vue à la bataille nous ont bien dit

i?6 JEANNE DARC.

que c'est une furie de l'enfer , et que tout en elle est magie.

(On entend des fanfares ; grand mouvement sur la place.) VOIX DIVERSES.

Le cortège ! — Place ! ■— ■ Les voici ! — Noël I Noël ! — < Rangez-vous ! ~ Vive la Pucelle !...

Les Précédents, LE ROI, JEANNE à sa droite. Le cortège royal avec la pompe accoutumée du sacre. La foule se précipite vers Jeanne.

UNE FEMME DU PEUPLE, lui présentant un jeune enfant.

Jeanne, bénissez mon enfant.

JEANNE

0 le doux enfant ! (Elle l'embrasse.) Il sera béni , s'il aime Dieu et la France.

(La foule l'arrête pour toucher ses mains et ses vêtements). DUNOIS, à part.

J^e pur et gracieux visage ! Il est beau de lui-même, et nul en le voyant ne peut songer à mal.

JEANNE, à ceux qui l'entourent.

Bonnes gens , détrompez-vous. Je ne suis point une sainte, et ce que je fais n'est point chose surnaturelle. C'est Dieu qu'il faut remercier de nous avoir rendu notre roi.

(Elle se dirige vers l'église.) LA FOULE.

Vive Jeanne Darc ! vive la Pucelle !

JEANNE , à part, en regardant autour d'elle.

0 mon père, 6 ma mère, où êtes- vous donc?

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