SON VOISIN
Son frère? Allons donc! Est-ce qu'elle a des parents?
MAITRE ELOI
De vrai, leur place serait ici, et personne n'a entendu parler d'eux.
SCEWE IV.
Les Mêmes, MAUDRU, JACQUES DARC, ISABELLE ROMÉE , DURAND.
DURAND
Nous arrivons à temps ; ils sont dans Péglise.
(Il veut entrer dans la cathédrale avec ses compagnons.) UN ARTISAN , les repoussant.
Ohé ! Prenez donc garde. Vous voyez bien qu'on ne peut passer.
MAUDRU.
Il faut que nous entrions cependant. (A Jacques.) Je lui ai promis que vous seriez là pour ce grand jour. Elle veut que vous lui répétiez vous-même le pardon que je lui ai déjà porté de votre part. Nous la reverrons à côlé du roi, vous dis-je.
JACQUES
La revoir ainsi ! J'en suis tout tremblant.
DURAND
Quelle fête de la retrouver après si longue absence! Ah ! je l'ai dit le premier, qu'elle était la Vierge du Bois-Chenu !
ISABELLE ROMÉE
Quatre mois loin d'elle ! Que je l'entende dire, comme autrefois : bonne mère, je vous aime bien !
JACQUES, à Durand.
Et pourtant, frère, je suis inquiet. Oui, malgré moi, je le suis. Dans la route, mes jambes m'emportaient
comme des ailes, et ici je ne sais pourquoi j'ai peur.
DURAND
Encore ! Toujours des craintes ! Merci de nous! Jeannette est toujours notre même enfant aimée du bon Dieu. Les filles de Satan ne s'agenouillent pas devant la Vierge.
ISABELLE ROMÉE
Est-ce qu'on fait tant de grandes choses en pratiquant le mal ?
MAUDRU.
Vous son père, ne pas encore la connaître !
ISABELLE ROMÉE
Moi, je suis toute réjouie d'être venue, comme si j'avais fait un pèlerinage à une sainte du paradis.
MAUDRU.
Et à la cour, montée si haut , elle n'a jamais perdu souvenance de vous.
JACQUES
La volonté de Dieu advienne !
LA FOULE
A genoux ! — Noël ! noël ! — On sacre le roi. Vive le roi ! Vive la Pucelle I — Noël ! noël I
(Chants d'église ; fanfares ; le peuple qui s'était agenouillé se relève.)
UN HOMME DU PEUPLE
La voyez-vous, la Pucelle ?
COMMÈRE SIMONE , se haussant.
Oui ; elle porte bravement sa bannière à côté de l'étendard royal.
UN HOMME DU PEUPLE
Les seigneurs en sont dépités et jaloux ; mais le roi
Fa voulu ainsi. Par ma foi, elle l'a bellement gagné 1
COMMÈRE SIMONE
Bienheureux ses parents ! Bienheureuse surtout sa
mère ! (Aux parents de Jeanne Darc.) Braves gens , qu'avez-
vous donc? vous pleurez.
MAUDRU.
Voici son père I
ISABELLE ROMÉE
Nous sommes ses parents !
(Mouvement dans la foule.) VOIX DIVERSES.
Les parents de Jeanne ! — Et ils ne le disaient pas ! — Qu'on les conduise à Jeanne et au roi 1 — Place ! place ! Le père de la Pucelle ! —Venez. —Place ! place !
COMMÈRE SIMONE, à Isabelle Romée.
C'est une bien douce joie pour tous , vous le voyez.
UN HOMME DU PEUPLE
Ce sera une fête pour notre ville de vous avoir.
(Mouvement à la porte de l'église.) VOIX DIVERSES.
Le cortège va sortir ! — Noël I noël ! noël ! — Vive Jeanne Darc ! Vive le roi ! — Vive la Pucelle !
SCÈM3 V.
Les Mêmes , LE ROI , JEANNE , le cortège. LA FOULE.
Vive le roi ! Vive la Pucelle ! Vive le roi !
LE ROI, s' arrêtant avec Jeanne sous le parvis de Notre-Dame.
Roi de France , nous le sommes ! L'Église, en nous
sacrant, nous a rendu invincible, et nous défions à jamais l'Angleterre. Ducs, barons et preux chevaliers, soyez glorieux de cette journée. Vous nous avez montré que les armées poussent comme l'herbe sur cette terre de vaillance , et que , malgré les revers , la France ne peut périr dans les batailles !
LES SEIGNEURS , levant leurs épées.
Vive le roi Charles VII !
LE ROI, à Jeanne.
A vous surtout, Jeanne, appartient l'honneur de ce couronnement. Le roi de France ne pourra jamais payer vos services. Je veux toutefois, dès maintenant, en présence de ce peuple qui vous aime , vous donner une marque de ma gratitude royale. Le comte Duchâtel vous remettra des lettres de noblesse pour vous, pour votre famille et pour toute sa descendance.
JEANNE
Gentil roi, vous montrez à tous, amis et ennemis, que vous êtes vrai souverain de France ! Mais je n'attends nulle récompense. Je n'ai bataillé que pour obéir à mes voix. Si vous mettez un prix à mes services, ne songez, sire, qu'à mes vieux parents.
(Les parents de Jeanne font un mouvement vers elle.) ISABELLE ROMÉE, étendant les mains et pleurant.
Jeanne ! Jeanne !
JEANNE
Ma mère !
(Elle s'élance dans les bras de sa mère.) JACQUES DARC.
C'est nous, ma fille !
132 JEANNE DARG.
JEANNE
0 mon père, me pardonnez-vous ?