‹ Jeanne Dare, drame historique en dix tableauxChapitre 55 sur 73 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

Les Précédents, LA COMTESSE, BERTHE, JEANNE.

LA COMTESSE

Venez, Jeanne; monseigneur l'évêque de Beauvais vous protégera contre vos ennemis. Plus de craintes, maintenant. Ce n'est point à son tribunal que la vengeance de l'Angleterre ira vous chercher. (Au comte.) Merci, oh! merci pour moi, comte.

BERTHE, au COMTE.

Mon frère, vous êtes un noble cœur.

JEANNE, avec inquiétude.

Est-elle anglaise la ville où je serai jugée?

CAUCHON

Oui, Jeanne, c'est Rouen.

JEANNE

Ils sont donc du parti anglais, les juges qu'on me donnera?

CAUCHON

Je le pense. Oh 1 rassurez-vous ; vous ne serez point examinée sur le fait de guerre, mais sur votre foi.

i92 JEANNE DARC.

JEANNE

Mon Dieu ! mon Dieu ! je tremble de tomber dans un piège I L'Angleterre, comme un loup derrière un buisson, n'est- elle point cachée derrière ce tribunal? (Apercevant le moine.) Richard ! lui I ici ! (Au comte avec force.) C'est aux Anglais que je suis livrée et vendue ! Vous ne connaissez pas ce moine I.. Il y a trahison. Ils veulent me faire mourir. Je savais bien qu'il en serait ainsi. (A la comtesse.) Madame, ne m'abandonnez pas. Oh t gardez-moi dans ce château. Par pitié! sauvez-moi! Je suis sur une terre bourguignonne, ici,, et j'appartiens au duc Philippe. Comte, le roi Charles, entendez bien, est riche maintenant. Il m'aime, il ne me laissera pas longtemps en prison ; il me demandera à son cqusin de Bourgogne. Et vous serez honoré, et vous serez noblement récompensé. Non , ne me laissez pas aller hors d'ici. Cela ne se peut pas. Les Anglais me tueraient, vous dis-je !

LA COMTESSE, émue.

Comte, parlez. Dites que cela n'est point. Jurez que vous ne l'avez pas livrée à l'Angleterre.

LE COMTE

Madame, j'ai promis au régent que Jeanne serait remise à un tribunal ecclésiastique. Le duc de Bedfort n'est ici qu'un intermédiaire officieux entre l'Église et moi.

LA COMTESSE

S'il en est temps encore, ô mon époux bien-aimé, sauvez votre honneur des embûches qu'on lui tend. Ces hommes ont menti I C'est l'inimitié de l'Angleterre

qui vous demande une victime. Si les pleurs d'une prisonnière, si la voix de son innocence ne vous touchent points je vous conjure par notre amour, par la tête si chère de nos enfants, retenez encore Jeanne dans cette prison. Elle est notre amie; elle est pure de tout mal. La France vous payera une rançon plus riche que celle de l'Angleterre. Ne la livrez point à ses ennemis; ils seront impitoyables. C'est à genoux que je vous supplie ; répondez. (Elle lui prend la main.) Mon Dieu! je ne vous le demande plus pour elle, ni pour moi,|mais pour vous, mon doux seigneur. Votre blason impérial et royal est sans tache ; y laisserez-vous écrire jpie le comte de Luxembourg a vendu Jeanne Darc à ses boréaux ?

LE COMTE , la relevant.

Madame, je l'ai livrée, sans crainte et sans honte, aux juges de l'Église. Jeanne partira demain.

JEANNE

Non, ils ne m'auront pas, les Anglais! Je serai morte, avant que leur vengeance s'accomplisse. Cessez vos prières, madame; c'est moi qui vous rendrai votre honneur. — Je pleure, parce que c'est fini de moi, et que je ne voudrais pas mourir si jeune. Saintes patronnes, secourez-moi ! Où êtes-vous? Je n'entends plus votre voix si douce. Mon Dieu ! suis-je donc abandonnée de vous ! — Je les vois! Ils préparent le supplice ; c'est un bûcher. Non; pitié! Je ne veux pas qu'ils me fassent mourir. (Montrant Richard.) C'est lui, ce maudit ! il

me pousse à la mort! Adieu, pays de France! ô ma mère, adieu ! Je pardonne à tous ; et vous, Seigneur du ciel, recevez en pitié mon âme!

(Elle franchit le balcon et se précipite dans le fossé.)

FIN DU HtiTIEME TABLEAU,

ttemuhnc labUûii.

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