LES DOUVES SAIKT-NICOLAS
Mais je ne suis pas libre et c'est Dieu qui commande;
De notre âme broyée il exige Toffrande.
L'Ange exterminateur vole devant mes pas
Et, malgré mes efforts, il m'entraîne là-bas...
Ne va pas dire, Herblain, que ta maîtresse est folle :
Il est là, je le vois et j'entends sa parole...
Je sais que tu ne peux l'entendre ni le voir :
Il n'apparaît jamais qu'au complet désespoir. »
Herblain était breton et plein de foi chrétienne ,, Mais il doute que Jeanne ait sa raison bien saine... Eh! qu'importe, après tout? car par son dévoûment A Jeanne il est lié mieux que par son serment;
Et, reprenant sa marche, il dit, courbant la tète : — <!fc Que votre volonté. Madame, soit donc faite. »
Pendant cet entretien, en réalité court, Car mon vers lourd se traîne, hélas! quand le temps court. Le front dans les deux mains, Olivier continue D'exhaler ses regrets; et son âme ingénue.
Nourrissant sa douleur de chaque souvenir, Pleure tout le passé, sans prévoir l'avenir.
Poussant un long sanglot, Jeanne de lui s'approche Et prenant , à dessein , presque un ton de reprochç :
— « Fils aîné de Clisson , tu ne demandes pas De quelles mains ton père a reçu le trépas ?
Là-bas j où nous allons, eh bien! tu vas l'apprendre,..
Mais te sens-tu de force, Olivier, à m'entendre?
Si, pauvre et faible enfant, Théritier des Clisson
N'a que des pleurs aux yeux, dans le cœur qu'un frisson;
Si le malheur qui n'a, moi femme, pu m'abattre,
Olivier n'ose pas corps à corps le combattre ,
Ah! malgré mon serment, retournons au bateau.
Et cachons notre honte en notre vieux château...
» Ce que tu dois entendre est une chose horrible , Et ce que tu dois voir est encor plus terrible : As-tu peur, Olivier? Dis, ne me cache rien. »
— a Mère, je n'ai pas peur, non, mais je souffre bien... Partons , je te suivrai , n'importe oîi tu me mènes. Quand tu m'y montrerais des choses surhumaines.
Tu verras que ton fils, incapable d'effroi.
Est digne de son père et digne aussi de toi. »
— a Viens donc, mais pleure, enfant; que ton cœur se soulage :