LES DOUVES SAINT-NICOLAS
L*enfant pousse un grand cri, tombe à terre, et ses pleurs Jaillissent à torrent du fond de ses douleurs. Déposant sur le sol son fils Guillaume , Jeanne , Folle de désespoir et qui meurtrit son crâne , Sur Olivier se jette et le prend dans ses bras : — « Dis-moi donc, ô mon fils, que tu ne mourras pas... Comment n'ai-je pas mieux ménagé sa jeune^ âme ? Un enfant ne sait pas souffrir comme une femme. »
Olivier, dont l'angoisse en sanglots débordait , Dans les bras de sa mère Olivier se tordait.
Voyant en vains efforts s'épuiser sa tendresse, Pour calmer de son fils la douloureuse ivresse, Jeanne le laisse à terre et, sur lui se penchant. Elle attend que son cœur s'apaise en s épanchant.
— tt O mon père ! ô mon pèrel Est-ce chose possible? Quoi 1 mort! perdu pour nous! et je vis... C'est horrible: Ne plus jamais le voir ! ne jamais l'embrasser ! Ne plus sentir ses mains sur mes cheveux passer ! Et tous ses beaux exploits que j'espérais entendre ! Oh ! comme je voudrais être encore à l'attendre ! Quand il me regardait, ses yeux étaient si doux! II. 2
Il ne me fera plus monter sur ses genoux.
Mon père ! mon bon père !... Oh! non^ c*est un mensonge!
Il n*a pas pu mourir sans nos adieux... J'y songe :
Ma mère a voulu voir si vraiment je l'aimais...
Non, non ! c'est bien fini !... Jamais ! jamais! ! jamais ! ! ! »
Mon vers vous peindrait mal les tortures de Jeanne : Chaque cri de son fils l'accuse et la condamne; Car Jeanne lui prépare un plus affreux tourment^ Si devant Sauvetour elle tient son serment; £tj sans miséricorde^ Herblain, debout près d'elle^ Lui dit tout bas : « Madame ^ en serviteur fidèle , Je vous avais prédit ce qui vient d'arriver : Il est de ces terreurs qu'on ne doit pas braver. Si la mort de son père à cet excès l'écrase ^ Une douleur de plus et vous brisez le vase :
Vous le verrez mourir là-bas , désespéré. »
— « J'en ai fait le serment ^ Dieu le veut et j'irai... Ah ! ne m'accuse pas de manquer de tendresse : Ces deux pauvres enfants dont tu plains la détresse , Je donnerais ma vie , Herblain , et de grand cœur. Si ma mort les pouvait arracher au malheur;